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Les bénédictins de Saint-Vanne et la Révolution

Retracer ranéantissement d'une Congrégation par la Révolution, la suivre, constituée encore., tandis qu'elle agonise sous les coups des lois et des décrets, fouiller ensuite l'existence des religieux jusqu'à leur mort est un travail qui peut paraître, de prime abord, factice et inutile. 11 semble, à la réflexion, qu'il se puisse aisément défendre.

La Congrégation bénédictine de Saint-Vanne était composée de monastères isolés, mais un lien spirituel si étroit les unissait qu'ils ne formaient qu'un tout indissoluble. Chaque abbave avait eu, à l'origine, son histoire, son atmosphère, ses coutumes propres. La réforme de Dom Didier de la Cour, au début du xvii® siècle, en infusant à nouveau, chez les bénédictins de France, la vie spirituelle alors déchue, avait supprimé les différences locales. Une similitude de fait existait cependant entre les monastères, même avant cette réforme, que constituaient l'identité des destinées, d'état, de milieu, de périls. J'en fais abstraction. La Congrégation avait fait plus, elle avait unifié les disparates, remplacé par

\me âme commune lindividuelle, et les deux siècles de son existence qui s'achevaient en 1789, avaient identifié la manière de vivre dans les maisons que ne pouvaient altérer quelques coutumes extérieures locales et traditionnelles, aimées des populations voisines et intellig-emment respectées.

Ainsi, quoique les bâtiments des abbayes participaient à la vie du Corps, formaient le cadre souvent splendide dans lequel elle se développait : ■églises gothiques ou renaissance^ cloîtres du mo jen âge ou: majestueuses perspectives des xvii^ et xviiii^ siècles, quoique les archives^ les bibliotbèqiaes étaient l'objet d'efîorts et de soucis p©ur la Gongrég-ation, aucune de ces réalités pleines de: souvenirs mais extérieures ne nous retiendra. Qu'est-ce que <^ela dans la tourmente d'idées qui balaya les hommes de 1789 et bouleversa leur vie?

D'ailleurs, le roulement des religieux dans les monastères, en les rendant indépendants de ces biens temporels, accroissait le lien spirituel qui Les imissait. M est inutile de prouver davantage l'exaelitudede ee point de vue, quand l'on constate que la communauté des destinées des évêques de France, arrachés de leur siège par la Révolution, a incité à rassembler Thistoire de leurs existences et que le lien qui liait entre eux les conventionnels, iiutrement factice que celui des religieux d'un même ordre, a suffi pour que l'on recherchât le résuMat et l'aboutissement de- leurs destinées.

Ces religieux formaient une grande faraille dont

les liens étaient les mêmes que dans toute cellule humaine. Leur solidarité et leur étroite dépendance morale sont indiscutables.

Cette étude repose donc sur la réalité. Son intérêt n'a pas besoin d'être justifié. La question religieuse est l'une des plus importantes de l'histoire de la Révolution. Elle a déjà été étudiée sous bien des faces. Cependant, le point de vue des réguliers qui en font partie intégrante a été négligé. La destruction de ces importantes Congrégations qui formaient une des armatures de l'ancienne France est encore imprécise. L'attitude de la Révolution vis-à-vis d'elles est connue, mais la répercussion des décrets sur les ordres eux-mêmes — à part le fait brutal de leur suppression — la marche (le la désagrégation, les réactions des individus sont à peu près insoupçonnées.

Cette tentative qui porte sur la Congrégation bénédictine de Saint- Vanne n'est pas sans péril. Tracer a priori l'état de ce corps sans remonter les deux siècles d'existence dont l'époque que nous abordons n'est que l'aboutissement est plutôt illogique. Cela revient à tirer une conclusion avant tout raisonnement. Et l'étude qui va suivre doit aider elle-même à éclairer l'état des esprits de la Congrégation. C'est un cercle vicieux.

Heureusement, assez de faits restent, surgis précisément sous la poussée des événements révolutionnaires, dont la lueur concluante accusera la portée de bien des actes, comme l'histoire des

individus — poussière humaine — sera facilitée par les nombreux documents, suscités par cet exceptionnel bouleversement, où beaucoup mirent à nu leur âme. C'est ce qui fait la possibilité de ce travail, et ce sont ces projections d'âme qui, réunies et mesurées, éclaireront peut-être à leur tour quelques coins encore ignorés de la Révolution.

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