CHAPITRE
LES ABBES COMMENDATAIRES
La Gong^régation bénédictine de Saint- Vanne et de Saint-Hydulphe ', fondée au début du xvii*' siècle par Dom Didier de la Cour^, bénédictin lorrain et réformateur de l'ordre de Saint-Benoît en France, comprenait à la iîn du xvin® siècle, cinquante monastères, divisés pour l'administration en trois provinces : Lorraine, Champagne, Franche-Comté. Elle ne s'étendait pas au delà des limites réelles de ces divisions territoriales. Seules, l'abbaye de Senones, comptée en Lorraine, était située dans la principauté de Salm, territoire étrang^er, et l'abbaye de Munster, en Alsace, près de Colmar, mais sa proximité la faisait également compter en Lorraine.
1. Aucun travail d'ensemble n'est encore paru sur l'histoire de la Congrégation. Les sources en sont des plus copieuses et il ne peut être question de les énumérer ici. La bibliographie qui accompagne cet ouvrage — à laquelle je renvoie dès à présent pour complément des références portées en note que j'ai voulu restreindre autant que possible — encore qu'elle concerne d'abord la Révolution, en indique quelques-unes et particulièrement les ouvrages généraux. Cependant, je citerais tout spécialement Dom Calmet dans son Histoire de Lorraine et sa Bibliothèque lorraine, qui donne des renseignements succincts, mais précis et précieux, et pour les sources : Dom Beaunier, Recueil historique des Archevêchés, évêchés, abbayes et prieurés de France. Nouv. édit., Paris, 1906. Volume d'introduction.
2. Dom E. Didier-Laurent : Dom Didier de la Cour de La Vallée et la réforme des Bénédictins de Lorraine, 1550-1623 (Mémoires de la Soc. d'Archéol. lorraine et du Musée historique Wrain, 1903, pp. 265-502).
Cescinquante maisons' étaient d'importance variable. Il faut y distinguer les abbayes proprement dites, les prieurés et les communautés.
Une courte indication est nécessaire sur le statut monastique et en particulier sur celui de ces antiques ^ibbayes bénédictines, à la fin du xvni^ siècle.
Toutes les abbayes devaient avoir à leur tête, suivant la règ-le de saint Benoît, un abbé, toujours un des religieux et élu par eux. Dès le xiv® siècle, leur opulence -avait amené le pape à prélever un revenu sur ces charges et souvent à nommer lui-même Tabbé, généralement régulier, mais pris en dehors du monastère qu'il était appelé à diriger. Cette nomination, fort irrégulière et controversée, d'abord précisée parla Pragmatique Sanction, était passée au roi avec le concordat de François I®"^. Les revenus des monastères avaient été scindés en deux parties et formaient deux menses, celle de Tabbé, appelé commendataire, et celle de la communauté. La mense abbatiale constituait un bénéfice alloué à un cadet de noblesse qui trouvait ainsi une situation. La mense régulière aidait à vivre la communauté, dirigée par un prieur, seule raison d'être de Tabbaye.
Les abbayes pouvaient être régulières. La mense -abbatiale était attribuée alors à un bénédictin. Le cas est rare dans la Congrégation de Saint- Vanne. Il demandera à être étudié.
Les pî'ieurés étaient des abbayes en réduction. Quelques-uns, assez opulents, entretenaient à la fois un bénéficier et une communauté. Ils ne dilTéraient des abbayes que par le taux du revenu de l'une et l'autre mense, forcément moins important.
Mais la majeure partie des prieurés, petits essaims envoyés pour gérer des biens éloignés d'une abbaye
1. Voir la liste à f Appendice qui détaille les abbés commen- <lataires el les supérieurs en fonction.
mère, n'eiitrefeenait qu'un bénéficier. La modicité du revenu supprimait les convoitises. Il arriva souventque be bénéfice à la nomination des abbés commendataires •étail attribué à un moine qui en reversait l'e produit à la Gong^régation. Cette situation souleva des difficultés qui seront examinées elles aussi.
Une communauté était un monastère de fondation récente (xvii®^ ou xvni" siècle) par ou pour la Gongréj^ation, de revenu modique, mais pouvant entretenir, j^f-râce à une seule mense régulière, un certain nombre de religieux. G'était la seule forme logique et admis- >ible au point de vue monastique, comme le démontre amplement le simple exposé des résultats produits par l'intrusion des commendataires.
Les abbayes étaient au nombre de trente-trois, sur lesquelles cinq étaient rég^ulières K II faut déduire, de plus, des abbayes en commende, celle de Faverney, qui était régulière, mais dont la mense abbatiale fut, à la demande des religieux, supprimée le 28 octobre 1770 peu avant la mort de Dom Jérôme Goquelin survenue le P'' septembre 1771 ^ et celle de Saint-Michel-en- Thiérache en économats.
Sur les vingt-cinq commendataires, il y avait douze évêques et un ancien évêque.
C'étaient ^ : Louis-Joseph de Montmorency-Laval, €ardinal-évêque de Metz, abbé de Saint-Arnould ; Tart'hevêque de Bourges : Jean-Auguste Cbastenet de Puységur, nommé en 1789 abbé de Saint-Vincent de Metz ; Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre,
1. Saint-Airy de Verdun, Saint-Léopold de Nancv, Munster, Senones et Moyenmoutier.