Cf. plus loin, p
En 1774, les dettes des monastères de la province de Champagne inquiétèrent le Chapitre qui y pourvut.
Il fut en outre prescrit « aux maîtres des novices de la Congrégation de se conformer à l'ancien usage pour là communion de leurs élèves aux principales fêtes de Tannée ». Mesure spirituelle des plus importantes qui indique enfin une réaction contre les restrictions jansénistes, anciennement implantées. L'impression d'un nouveau bréviaire était ordonnée *. En 1783, il est en usage.
L'année 1782 avait été marquée par une mesure extraordinaire. Dans la diète annuelle, tenue à Saint- Léopold de Nancy, le 18 avril 1782, il fut décidé que Dom Jacques Conscience, prieur de Saint-Arnould de Metz, serait déposé pour n'avoir pas acquitté en entier
1. La critique des textes et le Jansénisme firent éclore au Avin« siècle, dans la plupart des diocèses de France, des éditions nouvelles d'un bréviaire du diocèse complètement refondu. Naturellement les bénédictins ne furent pas en retard pour étudier, de leur côté, des modifications profondes à leur bréviaire. Je me borne à indiquer la bibliographie du sujet.
Après l'avortement des éditions de Nancy et de Senones, la ('ongrégation s'empara de la question et dut confier à Dom Berthod le soin d'étudier le nouveau bréviaire. Dom Didelot et Dom Lequeux paraissent y avoir collaboré. (Cf. Lettres inédites sur la réforme du bréviaire, les premiers évêques de Bâle, publiées par A. M. P. Ingold ; suivies d'un appendice contenant 5 lettres de Dom Didelot à Dom Gerbert, Paris, Picard, 1895, in-8», 30 pp.). Dès 1771, les trois religieux avaient édité un Spécimen breviarii monastici ad mentem regulae P. Benedicti, Nanceii, J. Haener, 1771, 2 vol., in-b°. L'œuvre définitive parut en 1777, Breviarium monasticum juxta regulam S. Patris Benedicti ad usum Cong. S. Vitoni et Hydulphi, Nancy, Haener, 1777, i vol. in-8°. Ce ne fut naturellement qu'après un sérieux passage au crible des théologiens qu'il fut mis en usage presque six ans après en 1783. Je ne m'aventurerai pas à discuter ses tendances jansénistes cependant probables. Les Nouvelles ecclésiastiques annoncent en effet à deux reprises l'étude d'un bréviaire de Saint-Maur sur le plan de celui de Saint-Vanne (13 nov. 1786, p. 181 ; 1788, p. 80). Ce dernier devait être cher à leur cœur.
la taxe de sa maison, imposée par le Rég-ime. D'accord avec ses religieux, celui-ci s'insurg-ea et porta l'affaire au Parlement de Metz. Son factum ^ est dirigé contre Dom Pierre Tiroux, visiteur de la Province de Champagne. 11 prétend exercer sa place publiquement et le tenir d'une autorité légitime: le Chapitre général.
Dans une diète, comme dans un Chapitre général, ce sont les supérieurs qui arrangent, qui terminent les affaires de leur Province, Les membres de ces assemblées ont entre eux sur ce point, la plus douce, la plus molle complaisance. C'est en vérité le R. P. Dom Tiroux qui, à la diète dernière, a eu l'honneur d'enfanter tous les beaux projets qui regardoient la province de Champagne, c'est lui seul qui en a été l'auteur.
Les supérieurs se pourvurent au Conseil du roi pour qu'il cassât l'arrêt provisoire du Parlement de Metz prononcé en faveur du prieur de Saint-Arnould. L'on finit par étouffer l'affaire : il suffit d'indiquer la possibilité du débat pour le juger. Il est d'ailleurs minime en face de l'incident fameux qui se produisit l'année suivante et fît scandale.
Le Chapitre du 10 mai 1783 accorda l'autorisation de faire gras à vingt-cinq maisons de la Congrégation. L'on sait que le maigre était perpétuel.
Le Président général Dom Etienne Pierre, qui venait d'être élu, ne protesta pas sur-le-champ. Il prit le temps de réfléchir, car, au mois de septembre seulement, il publia une lettre adressée à ses confrères (15 pp. in-4°) datée du monastère de Novy au diocèse de Reims, dont il était prieur titulaire. Il porte un blAme formel sur la mitigation et représente aux religieux que la loi de l'abstinence est une loi sacrée, sévèrement imposée par la règle de saint Benoît, expressémentconfirmée parles Constitutions anciennes et modernes :
l. Bibliothèque de Naucy.
Une telle innovation, dit-il, établie, sans cause nécessaire, sans autorité suffisante et dans la circonstance qui devait le plus en détourner, a surpris et affligé tous nos confrères qui conservent quelqu'amour pour leur état. Elle nous a caiLsé en particulier une douleur amère; et nous avons senti aussitôt l'obligation où nous mettoit notre charge d'opposer à ce renversement des règles une réclamation publique qui, en tranquillisant notre conscience, réveille celle de nos Frères qui ont eu part à cette irrégularité.
Le Chapitre n'aurait jamais dû introduire un changement si opposé à la règle de saint Benoît:
C'est par l'attention à remettre en honneur cette observation si étroitement liée à notre profession, que la Congrégation de Saint- Vanne s'est rendue si remarquable dès son berceau, qu'elle est devenue en peu de temps un modèle de réforme pour les autres corps, la mère des Congrégations de Saint-Maur, de Cluny et de tant d'autres, qui toutes ont pris pour base du rétablissement de la régularité l'abstinence de la chère selon la Règle de saint Benoît.
Dom Etienne Pierre fournit ensuite un curieux aperçu de la façon dont a été décidée la réforme. Il expose les règles pour que celle-ci soit valable :
Il faut que la question soit décidée dans le Comité du deffinitoire et que de 7 membres, 5 soient de l'avis du changement... On doit :
1° Discuter les motifs de la dispense avec toute l'attention et la sévérité possibles dans le Definitoire ; on ne s'en est pas seulement occupé. Plusieurs membres n'en ont pas été informés et leurs noms ont été inscrits à leur insçu dans la liste de ceux qui jugeaient le gras nécessaire.
2" On doit prendre des informations préalables pour s'assurer des besoins des maisons occasionnés parla disette ou le prix excessif des nourritures maigres. Eh ! qui doute que l'on ait exagéré et la disette et le besoin ? A qui persuadera-t-on que les maisons de Moûtié-Ramé, Moûtier-la-
Celle et plusieurs autres manquent de poissons, placées sur les bords de rivières très abondantes ?
3*» On doit en délibérer dans le Chapitre, recueillir les voix, en réunir les deux tiers et la demande n'y a pas même été discutée.
4° Enfin, tout doit se traiter g-ravement par suffrages secrets et tout a été déterminé dans un petit comité clandestin, en sorte que trois défmiteurs assurent qu'ils n'ont pas même été consultés sur la généralité de cette dispense.
Comment donc cette dispense a-t-elle été accordée ?
On aura peine à le croire, sans cause, sans examen, sans information sur les allégations proposées. A la simple demande des Prieurs, dont les uns se sont faits inscrire, les autres se sont inscrits eux-mêmes comme demandant cette permission. Et si, dans le nombre, quelques-uns l'ont fait par des motifs personnels de relâchement, la plupart s'y sont prêtés par politique, l'un pour ne pas voir, dit-il, sa maison déserte, l'antre pour avoir la paix dans sa communauté, quelques-uns par une économie déplacée qu'ils auraient mieux fait de porter sur d'autres objets.
L'on a abusé de rautorité de Dom Pierre ; la dispense est nulle. Et le Président termine en citant un des savants cardinaux bénédictins, le cardinal de Vitry, à qui la vue des relâchements introduits dans les monastères faisait craindre la chute de Tordre et qui semblait désespérer de son rétablissement :
Voudrions-nous donner lieu aux mêmes gémissemens et nous exposer aux mêmes suites ? La Providence a préservé notre ordre des malheurs que présageoit ce pieux cardinal.
Dom Pierre se flatte que la mollesse trop générale de certains ordres, accoutumés de longue main au relâchement, ne soit pas devenue assez commune dans la Congrégation pour qu'elle ait à redouter sa destruction. Il finit par conjurer ses confrères de n'attribuer la sainte liberté avec laquelle il leur écrit
qu'au zèfe qui ranime pour leur salut, et par leur rappeler l'obligation que sa place lui impose de n'accepter qu'autant qu'il est en lui des innovations dangereuses qui bientôt en entraîneraient d'autres et aboutiraient infailliblement à la ruine de la Congrégation *.
Cette protestation était parfaite, mais par trop tardive. 11 est certain que la mesure avait scandalisé. C'est seulement en entendant le tapage que Dom Pierre agit. J'aurais mauvaise grâce à insister sur la peinture curieuse des couloirs du Chapitre, des intrigues qui s'y agitaient, qui confirment les déductions logiques qu'imposaient les défiances averties des Constitutions. Mais la sanction de Dom Pierre ne suffit pas : au chapitre suivant, tenu à Saint-Mihiel, le 5 juin 1786:
« A 7 heures du matin, à l'issue de la messe, les définiteurs se sont assemblés et après avoir fait la prière d'usage, Monseigneur Févêque de Saint-Diez ^a dit qu'après avoir notifié hier à l'Assemblée générale du Chapitre le mécontentement et les ordres du roi relativement à Fabstinence prescrite par la Constitulion, il croyoit convenable de la part de la Congrégation de donner à Sa Majesté une [)reuve de soumission et de regret en s'occupant avant toutes choses de la révocation du règlement fait par les définiteurs du chapitre dernier... [Ce qui fut fait], et, en conséquence, il a été unanimement arrêté que cette dispense, inscrite dans le Règlement appelé le Bloc servant à inscrire