Bibliothèque de Verdun, ms. 513. Arch. Nat., G
avaient été remplis des débats éclatants qui suivirent la bulle Unigenitus. Les opposants avaient recruté tant de partisans parmi les bénédictins dont les clameurs augmentaient le vacarme général qu'une intervention royale fut nécessaire.
Un Chapitre fut tenu sous la présidence de l'évêque de Toul le 8 novembre 1730 à Saint-Mansuy et une ordonnance fut signifiée aux vannistes d'avoir à souscrire le formulaire et de recevoir de cœur et d'esprit les bulles Vineam Domini et Unigenitus. Les moines qui ne se soumettaient pas étaient inhabiles à être promus à une dignité quelconque.
L'acte officiel sembla clore les discussions, mais l'hérésie s'était mêlée si intimement à la vie du xvin^siècle qu'elle ne disparaîtra pas malgré cette opération chirurgicale; son action se poursuivra dans les individus. Il faudra étudier séparément sa poussée désormais dissimulée à Saint- Vanne.
Le calme apparent fut troublé en 1744. La question des Constitutions et du régime une fois de plus remise sur le tapis, suscita de nombreux factums et aboutit à la décision, ratifiée par le roi, de ne tenir désormais que des chapitres triennaux, gain sur les chapitres annuels.
En 1768, le chapitre ordonna « d'attendre l'impression d'un bréviaire de Saint-Maur, on ne se servira ni de celui de Nancy, ni de celui de Senones ^ ».
L'année suivante, siégea la fameuse Commission des réguliers, le plus puissant agent de destruction qu'aient jamais eu à craindre les ordres religieux et que diri-
1. Il s'agissait du « Breviarium monasticum juxta regulam S. P. Benêdicti et ad mentem Pauli V pontificis maximi. » Senoniis, in principatu Salniensi apud, J. Pariset, 1764, 2 vol., in-8°.
Trois factums sur ce bréviaire, parus en 1766 et 1767 (Fonds Lorrain, Bibliothèque de Nancy), avaient sans doute approfondi son esprit. Ils avaient attiré l'attention du chapitre et motivé son interdiction.
g-eait avec une persévérance digne d'une cause meilleure Loménie de Brienne ^. Son action a été signalée sur la Congrégation de Saint-Maur où deux partis, se renversant tour à tour, minaient la règle par ces divisions. Celui que Tarchevêque favorisait n'était pas le plus attaché à l'observance. Cette influence s'exerça également à Saint- Vanne où le même prélat préside comme commissaire royal les chapitres de 1771 et de 1774, et nous retrouverons chez les vannistes, quoique plus atténués, les deux partis de Saint-Maur.
Il n'est pas encore l'heure, faute de précisions, d'indiquer leur composition, leur renversement à tour de rôle. Aucun document n'existe sur ce sujet et ce sera seulement par une étude fouillée de chaque religieux, par des faits à côté qu'on pourra l'atteindre. Ainsi, la présence active de Dom Thirrry de Viaixnes au chapitre de 1720 prouve sa couleur nettement janséniste ^. Plus près de la Révolution, les Nouvelles ecclésiastiques enregistrent en 1769 le calme de la CongrégatioYi ^. Il est aisé de comprendre ce que cela signifie. L'influence de Dom Berthod, visiteur en 1782, celle de son ami Grappin signalent les tendances également jansénistes du régime qui précéda immédiatement ceux de 1786 et de 1789. Le parti contraire devait surtout se signaler par sa prudence experte et sa neutralité.
La Commission des réguliers, qui me permit cette notation rapide, intéressa directement Saint-Vanne. Elle fixa les vœux à Vk^Q de vingt et un ans accomplis, ordonna qu'il y eut au moins dix religieux par abbaye, condition imposée d'existence. Le Chapitre du 24 avril 1771 ratifia les corrections qui en découlaient pour les Constitutions.
1. Picot, Mémoires pour servir A Vhistoire ecclésiastique, Paris, 1816, 4 in-8% IV, 542.