Arch. Nat. G
mansuétude de la République, confiance étayée par la tranquillité dont ils avaient joui au maximum de la Terreur et qui leur donna une hardiesse plus grande^ réaction des éléments révolutionnaires qui n'avaient jamais donné toute leur mesure, tous ces motifs valent pour cette constatation.
A côté de Théroïsme suscité par la persécution durant cette période troublée, je ne puis taire la contrepartie. Cette fois la pression et les dangers n'obtiennent plus les capitulations de la Terreur, et s'il y a encore quelques mariages, ce sont des raisons toutes différentes qui les motivent, c'est la chute finale de religieux mûrs pour la faute. Dom Dedet avoue s'être marié <.< par crainte », il est vrai, et aussi « pour autres causes ». Il semble que ce soit le cas de Dom Gaucher et de Dom Wickerain. Le mariage de Dom Amyot à Arcis était une suite naturelle de ses opinions révolutionnaires; celui de Dom Cognard fut contracté «pour reconnaître une fille née en 1794».
Il faut tenir compte à tous ces prêtres, et, à plus forte raison, à tous leurs confrères fort nombreux qui prêtèrent le serment de haine à la royauté, de toutes les circonstances atténuantes. Ils finissaient par suivre l'opinion commune, par être envahis par toutes les nuées ambiantes qui obscurcissaient la vérité même.
Ils participaient de l'état de la pensée française péri dant tout ce gouvernement du Directoire : le mépris et la haine pour la religion dominaient les Directeurs et l'administration. C'était le ressort fondamental du régime. On la considérait comme une secte presque éteinte, bientôt supprimée, dont les erreurs grossières étaient funestes, méritaient l'injure et la destruction, sentiment officiel que toutes les réalités démentaient. Religion si peu moribonde qu'elle avait été visée depuis dix ans par-dessus tout, parce qu'ennemie née de tous les dogmes et de tous les principes de la Révo-
îution. Visée d'abord par la Constitution civile du clerg-é qui fondait une Eglise d'l^]tat, sournoise contrefaçon de la véritable, mais qui rappelant par trop celle-ci fut bientôt suspecte, visée par les fêtes de la Raison, épisode passager d'un temps de folie ; visée ensuite par le concept dépouillé de Tr^tre Suprême, religion philosophique de Robespierre ; visée enfin par l'essai de réorganisation du déisme après Thermidor, devant la répugnance causée par le matérialisme pur.
A cette fin du Directoire, certaines administrations ■encourageaient les mesures tracassières des municipalités locales, patronnaient le culte théophilanthropique <|u'essayait de lancer le Directeur La Révellière- Lépeaux. Ces fêtes civiques sombraient dans l'indifférence des populations lasses de tout, mais qui sentaient -confusément renaître le besoin d'une religion. La situation du culte était déplorable. On l'aurait cru tombé complètement. Les derniers efforts de l'Eglise constitutionnelle pendant l'accalmie avaient été rapidement ruinés. Une pénurie de prêtres et de ressources s'avérait dans toutes les paroisses, des offices incertains, une confusion de pouvoirs générale.
La transformation était proche. L'année 1799 passait. Bonaparte revenait victorieux delà campagne d'Egypte. La victoire de Zurich le 25 septembre lui préparait Notre-Dame. La capitulation des Anglais en Hollande le 18 octobre venait ensuite. Puis ce fut le coup d'Etat <lu 18 brumaire et le Consulat.
Tout ne s'organisa pas sur-le-champ, il y eut encore «ne promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIII (28 décembre 1799) qui empêcha certains prêtres de rentrer en France. L'on reprit les discussions sur sa légitimité. Pendant ce temps, les déportés traînaient -aux îles de Ré etd'Oléron. Bonaparte ne se pressait pas ■de les délivrer. Il n'avait pas encore compris l'importance de la question religieuse et ne s'y intéressait
^uère ; d'autre part, il ne se souciait pas de s'attirer i'antipalhie du paati anticatholique, alors tout-puissant, dont il avait besoin. Ces prêtres ne seront libérés qu'à partir de janvier 1800, et seulement par g^râce «spéciale. L'on conservera les lois et les textes prescripteurs à l'ég-ard du culte catholique ; l'administration ne cessera de soulever pendant toute cette année toutes sortes de difficultés pour son exercice * — comme l'éprouva Dom Rollet — malg-réune certaine liberté de fait. Les évêques du dehors ne perdaient pas notion de leur charge et s'appliquaient à reconstituer les cadres de leurs diocèses ; mais impuissants à agir, ils bornaient leur action à peu de chose ; ils attendaient l'issue que tout laissait prévoir.
L'Eglise constitutionnelle, sur place, organisée en diocèses avec ses évêques, ses pasteurs, encouragée par l'idée qu'elle pourrait être reconnue par le Gouvernement et grâce à lui par le pape, s'agitait et s'efforçait de recueillir des adhésions et des prêtres. Quelquesuns purent croire, même après tant d'enseignements, à son avenir et s'y rallier, tant il y eut d'occasions d'escompter un résultat temporel que l'Eglise catholique n'offrait pas et de choir piteusement dans le schisme.
Le peuple ne savait plus guère ce que signifiaient ces distinclions de prêtres constitutionnels et réfractaires. Il voulait son curé pour lui dire la raesse, les vêpres et lui fournir les sacrements. Le reste importait peu. Aussi les espoirs étaient-ils vivaces dans ce clergé.
Lors de la première accalmie, les constitutionnels avaient tenté de se réorganiser. Ils s'étaient fréquemment réunis et avaient même assemblé un concile.
1. Dom Laurent Grandcolas, rentré à Nancy, fut reconduit sans pitié à la frontière le 11 floréal an IX (Arch. dép. de M.-et-M.,
Maudru avait consacré Berdolet, nouvel évêque du Haut-Rhin, élu le 27 avril 1796. De nombreux bénédictins figuraient parmi le clergé de ce dernier et le 26 mai 1800 se retrouvent au synode de Soultz K Dom Gasman, administrateur de Walheim, Dom Fr. Joseph GroU, archiprêtre du canton et curé d'Hiningue, Dom Payn du Perron, desservant de Bretten, s'y font représenter par Dom Silbermann, ancien curé de Munster, archiprêtre du canton de Massevaux. Des synodes métropolitains identiques sont tenus dans tous les diocèses : Meuse, Meurthe, Haute-Marne, etc. Ils préparaient le second concile national qui devait se tenir en juin 1801 à Paris dont les organisateurs escomptaient d'avance pour leur parti les résultats magnifiques. Il s'ouvrit le 29 juin. Dom Grappin accompagnait l'évêque du Doubs et y tenait une place importante. Les travaux étaient à peine commencés que ces prêtres reçurent l'ordre de se séparer. Le Concordat venait d'être signé le 15 juillet par le Cardinal Caprara, légat du Souverain Pontife, et Bonaparte, premier consul ^.
1. Frayhier, Hist. du clergé cathol. d'Alsace, Golmar, 1877^ in-8°. Ce ne sera qu'en 1815 que l'autorité ecclésiastique obtiendra la rétractation du serment de ces constitutionnels tenaces.