LE CONCORDAT. LES REHABILITATIONS
La réorganisation du culte fut un soulagement pour toute la France. Elle ne laissait pas toutefois de soulever des complications dont la répercussion se fera sentir longtemps après leur solution apparente.
Les négociations du premier consul avec le pape et son légat, le Cardinal Caprara, butaient contre nombre de pierres d'achoppement. Les refus par les anciens évêques entêtés dans le Gallicanisme, de donner leur démission comme la rétractation des constitutionnels, rivés à leur serment, rétractation que Pie VI n'obtint en définitive de quelques-uns ^ que deux ans après, avaient notablement retardé la conclusion.
Le Concordat fut enfin promulgué, et le pays put se livrer à la joie de célébrer en paix et sans ambages son culte national.
Les nouveaux évêques, recrutés partie parmi les évêques légitimes, partie parmi les constitutionnels, auxquels on avait fait la part belle — menace à Pie VI — partie par de nouvelles préconisations, s'appliquèrent à réformer leur clergé et firent entrer dans les cadres, après enquête de mœurs et entente avec le
1. Toute cette question des négociations qui précédèrent le Concordat n'est pas de mon sujet. Voir cependant ci-après le cas particulier de Le Coz, archevêque de Besançon (p. 240, note 1), qui jette un jour net sur les idées des constitutionnels et fait comprendre Doni Grappin.
Ministre des cultes Portalis, tous les prêtres disponibles.
Peu de temps après la sig'nature du Concordat, Portalis avait prescrit aux préfets de faire une enquête sur les prêtres u méritant la confiance du Gouvernement ». Les tendances diverses des préfets leur fit interpréter cette instruction dans un sens souvent bien difTérent. Quelques-uns même se récusèrent, avouant leurincom-i pétence par peur d'eng-ager leur responsabilité. Telles quelles, ces listes arbitraires et incomplètes fournissent un état assez précis de la situation des bénédictins.
Dans la Meuse, le préfet donne sa confiance, sans plus, à Dom Didelot, curé de Broussey-en-Blois (orthodoxe et indifïerent); à Dom Dépinois, secrétaire de l'évêché (donc constitutionnel) ; à Dom Gossin, curé d'Osches (n'avait pas exercé pendant la Révolution) ; à Dom Aubry (n'avait pas exercé), desservant à Gommercy ; à Dom Berg-nier, curé de Villecloye (orthodoxe).
Le préfet de la Moselle signale Dom Bertrand» vicaire de Tévêque constitutionnel, avec celte note u On l'accuse d'être très intolérant contre les prêtres insoumis, il a de l'esprit, des connaissances et peut être fort utile », tandis que dans le Haut-Rhin, Dom Charles Clavey, curé de Danjoutin, actif délég-ué de l'évêque de Besançon, « paroît tenir aux principes qui appartiennent aux déportés, d'ailleurs tranquille, ne donne lieu à aucune plainte » ; mais en même temps, les nombreux constitutionnels, Dom Grég-oire Boyet, Dom Silbermann, Dom André Baudel, de Munster : Dom Gros, de Neubrisach; Dom Huevert, de Mûhlbach, sont désignés comme se conduisant bien. « Ils ont su par leur soumission aux lois, leur bonne conduite et leur moralité se concilier l'estime générale des habitants et des autorités. »
Le même éclectisme se retrouve dans les Vosg^es où
les meilleurs renseignements sur Dom Léonard, futur compagnon de Dom Lombard en 1802, « prêtre très instruit de Senones » voisinent avec d'autres non moinsflatteurs sur Tobstiné constitutionnel Dom Pierre- Toussaint, curé d'Hurbache, « de mœurs irréprochables »'. Les préfets ne s'avançaient pas outremesure. Le Gouvernement n'avait certainement rien à craindre de tous ces religieux qui n'aspiraient qu'à la paix et à Tordre, et étaient tout disposés à soutenir avec enthousiasme qui les leur apporterait. Dans la pratique, ces renseignements ne serviront pas à grand' chose; ce sont les évoques qui vont organiser euxmêmes leur clergé avec la collaboration étroite du ministre des cultes, mais en allant plus au fond des nécessités locales.
La nomination des curés dans les paroisses était fort délicate. Outre les ménagements à garder envers le pouvoir civil, particulièrement chatouilleux, il fallait tenir compte des désirs et des opinions des popu lations auxquelles il était impossible d'imposer certains^ sujets. Enfin les deux clergés, réconciliés à la surface, subsistaient intégralement. Les « bons prêtres » insermentés, qui avaient soufTert persécution et exil, durent rentrer dans le rang, après avoir joui de la liberté illimitée que leur donnaient les mandats des anciens évêques, dont les pouvoirs subsistèrent jusqu'au moment où leur démission fut requise par le pape; le coup fut dur pour ceux qui perdaient cette indépendance presque absolue, surtout pour retomber sous le joug d'un constitutionnel.
L'histoire du diocèse de Besançon donne une idée exacte des dissensions graves et cruelles qui troublèrent la restauration du culte.
Dans le Doubs et les départements limitrophes : le