‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 106 sur 124 · Arch. Nat., F · texte numérisé non relu

Arch. Nat., F

Jura et les Vosges, réunis lors du Concordat en un seul diocèse confié à Farchevêque de Besançon, beaucoup de prêtres jureurs, long-uement travaillés par les missionnaires, s'étaient rétractés et les purs constitutionnels ne formaient plus qu'une minorité. La persécution y avait été active, surtout sous le Directoire, et l'antagonisme assez grand. Ce fut précisément Le Goz, ancien évêque constitutionnel, jureur impénitent et breton têtu, qui fut nommé par la volonté de Bonaparte et malgré le pape, grâce à un subterfuge pour la rétractation imposée ^ .

La récompense était amère, car, loin de tenir une balance égale entre les deux catégories de prêtres, comme ses opinions antérieures auraient dû lui en faire un devoir, il favorisa plutôt, avec l'aide de Dom Grappin, nommé vicaire général, les assermentés. La déception des prêtres réfractaires fut immense, et ils ne montrèrent pas l'obéissance et l'abnégation qui auraient été de circonstance, mais ils pensaient avoir

1. Sur la rétractation des évcques constitutionnels, cf. Paul Dudon, Pie VII et les évêques constitutionnels (Etudes des PP. de la G'* de Jésus, 1905, p. 17-50) et la lettre suivante de l'abbé Dégola à Dom Grappin (mss. 624 de Besançon).

Paris, 23 décembre 180i.

« MM. de Besançon et Strasbourg (Le Goz et Saurine) ont constamment refusé leur signature. Voici celle qu'ils ont substitué : « Jai abandonné sincèrement la Gonstitution civile du clergé. Je suis soumis aux jugemens du St-Siège et de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine ainsi que l'a toujours entendu l'Église de France. »

Mon ami, cette formule allait être rejettée, lorsqu'on la lit conuoître à l'Empereur qui dit qu'elle étoit parfaitement catholique et qu'il falloit finir là ces contestations. Il ajouta des éloges des deux évêques. cy-dessus. En conséquence, le pape en fut content et il les admit à son audience. »

L'on n'a aucune raison de siispecter le témoignage de l'abbé Dégola, partisan de Le Goz. Bien au contraire I

assez fait. Ils n'avaient pas tout à fait tort. Le Cardinal Gaprara, lors des absolutions, se verra contraint de passer par-dessus Le Goz intransigeant et rebelle et de donner des pouvoirs à l'ancien suffragant de Besançon Franchet de Rans, évêque de Rhosy.

Dom Grappin eut probablement égard aux désirs de ses anciens confrères : Dom Baverey fut nommé à Giters son pays natal, Dom Gerneçon à Raynans, Dom Joseph Glerc à Ronchaux, Dom Golombot à Busy.

Les bénédictins encore valides et heureux de trouver cet emploi de leurs facultés et de leur temps furent naturellement acceptés. Dans le diocèse de Nancy toutefois, Dom Bridot, Dom J.-B. Bouclainville et Dom Fleurant sont considérés « comme des prêtres qu'il y aurait inconvénient à employer ». Exclusion plutôt rare.

A part Dom Grappin, aucun bénédictin n'occupa dans d'autres diocèses une situation prépondérante. L'on avait bien g-lissé parmi les listes des évêques possibles le nom de Dom F'rançois Garrois, du diocèse d'Arras. La iiche de ce vanniste qui ne fut même pas prise en considération porte qu'il était le frère du Général Garrois. G'était son seul titre de recommandation^. Ce constitutionnel n'avait aucune chance. 11 fut sans doute tout heureux de retrouver une cure comme tous ses confrères. Du reste, la répartition faite un peu au petit bonheur à ces premières années de l'Empire fut constamment modifiée, suivant les cas, et probablement aussi suivant les convenances personnelles des curés.

Durant ces années qui suivirent le Concordat, la levée des censures encourues et les dispenses de vœux que nécessitait pour les religieux leur retour à la vie séculière furent demandées au Cardinal Gaprara. Les évêques avaient bien tous les pouvoirs pour donner

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