‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 16 sur 124 · Nouvelles ecclésiastiques, année 1772, p · texte numérisé non relu

Nouvelles ecclésiastiques, année 1772, p

3. Journal de Dom Jean François, 1760-1772. Metz, 1913, in-S" (publication de l'Académie de Metz).

du xviii^ siècle, n'aurait pas permis FindilTérence aux bénédictins. Le terrain préparé va faciliter soneniprise. Quelques individus, décidés jansénistes, jalonnent sa route à Saint-Vanne, centre de Fhérésie, leur vie en éclairera les alentours.

L'un des plus remarquables est certainement Dom Thierry de Viaixnes. Exilé dès 1689 pour ses opinions, détenu deux fois à Vincennes, plusieurs fois relégué dans des monastères désignés par l'autorité civile, forcé de s'enfuir en Hollande en 1721, à demi fou, disait-on pour pallier à ses incartades, ce religieux a laissé des lettres qui le peignent tout vif. Enthousiaste du Père Quesnel, son ami et son correspondant, son prosélytismeentraînantet vivant, joint à une dialectique passionnée, poussait ouvertement ses confrères dans la résistance à la bulle Unigenilus et à la lutte pour la « Vérité »).

Grâce à lui, la cause avait recruté des partisans nombreux chez les vannistes. Les actes d'appel se multiplièrent depuis celui de Saint-Pierre-au-Mont de Ghâlons, dès le 16 mars 1717. Aussi, au chapitre de 1717:

Tous les capitulans de Champagne, tant supérieurs que députés, y donnèrent tête baissée et avec joie, ceux de la province de Lorraine n'avoient pas moins de zèle et y étoient très disposés,

mais les Pères de la Province de Franche-Comté :

se sentent encore du génie espagnol et veulent toujours être terre d'obédience, immédiatement soumise au pape que la plupart regardent comme infaillible... non seulement ils reçoivent la Bulle, mais ils vouloient la faire accepter par le Chapitre, et menacèrent, en cas de refus, de présenter une supplique au pape, pour demander qu'il les séparât de notre Congrégation janséniste et opposée à sa bulle. On les en a empêchés en n'appelant pas et on n'a

pas cru devoir s'exposer à une séparation d'un membre aussy considérable d'un aussy petit corps que le nôtre qui n'a guère plus que 50 maisons K

Dom de Viaixnes ajoute que le Chapitre favorisa tous les jansénistes le plus qu'il était possible et approuva tous les actes d'appel.

En 1721, Dom Thierry passant dans plusieurs abbayes de Ghampag-ne semble avoir plus de peine pour ramener ses confrères un peu moins ardents « à leur devoir » et les faire appeler de nouveau. Ses efforts furent cependant couronnés de succès. Le 28 octobre t727, une adresse signée de 99 prêtres du diocèse de Troyes,dont cinq bénédictins deMontier-la- Gelle, huit de Montiéramey, félicite Bossuet, évêque de Troyes, le neveu de l'Aigle, de ses écrits contre la bulle \

L'hérésie se frayait lentement un chemin. La partie saine de la Gongrég^ation, qui avait empêché en 1717 que les choses allassent plus loin, était débordée et se laissait g-agner. Les Gomtois seront les plus ardents jansénistes à la fin du siècle. La mesure était comble, au point qu'une intervention épiscopale et royale fut nécessaire. Ge fut l'œuvre du Ghapitre général de 1730 à Toul, fameux dans les fastes delà Gongrégation, dont la décision fut sig-nalée plus haut. Il fut suivi d'une visite pour l'application du décret. Beaucoup de religieux intransigeants furent atteints pour leur vie par ces prescriptions qui proclamaient déchu de toute dignité le moine intraitable.

Tout se tut, non sans peine, mais la Gongrégation avait été trop profondément gangrenée et atteinte dans son âme même pour se débarrasser complètement des

1. Hérelle, Correspondance inédite de Dom Thierry de Viaixnes, Arcis-sur-Aube, 1880, 1 br. in-S", 55 p. Extrait de la Revue de Champagneet deBrie, année 1880, p. 18 du tirage à part.

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