‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 37 sur 124 · Arch. dcp. de Meurthe-et-Moselle L. 24iO · texte numérisé non relu

Arch. dcp. de Meurthe-et-Moselle L. 24iO

2. Docninents rares ou inédils de V histoire des V'osc/es. Paris,

1S76, t. IV, p. 2iO et sq.

son innocence, et le dénonciateur, sans doute Thomme à qui avait été confié le panier au trésor, qui craignait la responsabilité et avait organisé une mise en scène de vol, en fut pour ses frais ^ .

Ce sont là les derniers échos de la grande peur. Les bénédictins se prémunissaient par ailleurs contre Thostilité grandissante par des charités renouvelées qu'à Metz ils ont soin de faire publier dans les Affiches des Évêchés et Lorraine.

Le 8 janvier 1789, ce journal annonçaitque les bénédictins de Metz avaient encore augmenté les charités qu'ils faisaient annuellement dans les villages dont ils sont seigneurs ou décimateurs. « lis avaient encore ajouté aux aumônes abondantes qu'ils faisaient dans Metz, 1.000 livres de pain qu'ils distribuaient chaque semaine aux pauvres de cette ville », et le 30 juillet, les bénédictins des quatre maisons de Metz offrirent 1.200 livres pour les pauvres.

La misère que les rigueurs de l'hiver avaient accrue rendait ces charités nécessaires et les religieux l'avaient compris. L'opinion ne leur revenait pas pour cela plus favorable, car elle les considérait comme dues et se montrait de plus en plus frondeuse. Deux témoignages isolés contre les bénédictins sont des témoins probants de l'état d'esprit des campagnes.

Le premier est un mémoire adressé par les habitants de Flavigny à Necker. Il date de juin 1789 et sa teneur fournit les motifs probables de la mutinerie de juillet que réprima Dom Debras.

C'est un amer réquisitoire. Depuis la rédaction de leur cahier de doléances, les bénédictins « inhumainement et sans égard à la cherté des vivres font exécuter ceux de leurs vassaux en retard à défaut de moyens de

1 . Godefroy (J.-E). Les derniers jours de Vabbaye de Montierla-Celle, dans la Révolution dans l'Aube, 1910, p. 6 à 9.

payer les redevances seigneurialles, dans la vue sans doute de les intimider et de les empêcher de se plaindre ».

Ils affectent déjà de beaucoup venter leur bienfaisance qui, dans la réalité, consiste en très peu de choses, il existe d'ailleurs un fond considérable destiné aux aumônes et dont ils ont l'administration, il s'en faut cependant beaucoup que les revenus soient absorbés en entier; les habitants infortunés de Flavigny, pour éviter les pièges que leurs seigneurs leur ont tendus de tous tems, sont conseillés d'adresser à Votre Grandeur un extrait de leurs doléances contenant uniquement leurs réclamations contre les usurpations et la dureté de leurs religieux seigneurs. »

Ils demandaient la suppression des banalités, des corvées seigneuriales, des novéaux. u La remise de ces droits insupportables et peut-être mal fondés les soulageroient. Les religieux seigneurs peuvent s'en passer en vivant dans leur état. » L'équité du meilleur des rois les a (( rassurés contre les menaces qu'on leur a fait de tout temps de les écraser par un procès s'ils avaient l'audace de se plaindre, événement qu'ils ont éprouvé puisqu'ils payent encore annuellement le capital de 100 louis d'or restant des frais d'un procès contre leurs religieux seigneurs qui se montaient à 8.000 livres *.

Enfin la lettre du curé de Manoncourt en Woëvre et Avrainville, dont la paroisse appartenait aux religieux de Saint-Evre, adressée au président de l'Assemblée nationale concorde de façon inquiétante. Elle est datée du 3 septembre 1789.

Monseigneur,

Permettez-moi, si le sort des religieux bénédictins n'est pas encore décidé, de vous faire quelques observations sur leurconduite. La première c'est que les prieurs et procureurs sont grandement suspectés de faire leur

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