‹ Les bénédictins de Saint-Vanne et la RévolutionChapitre 78 sur 124 · LE PRELUDE DE LA TERREUR · texte numérisé non relu

LE PRELUDE DE LA TERREUR

L'Éf^lise constitutionnelle, installée, forte de l'appui des autorités, jouissait avec magnanimité et condescendance de son triomphe. La bonne volonté était générale d'éviter les heurts et d'essayer de tout concilier. Elle satisfaisait les scrupuleux dociles aux directions des évêques en permettant aux prêtres insermentés l'accès des églises et le libre exercice du culte. Mais cet accord ne dura qu'un moment. Rapidement, les fidèles virent clair dans la conduite à tenir; de plus, la tolérance se refusa bientôt des deux côtés à la fois, et le curé constitutionnel, là où il n'était pas seul à diriger sa paroisse, n'eut souvent pour assister à sa messe que des bancs vides ou des patriotes dont la ferveur occasionnelle n'était qu'une démonstration de civisme.

La fuite de Louis XVI à Varennes le 22 juin, son retour forcé à Paris lui avaient enlevé le reste de son prestige. Le roi dut prêter le serment à la Constitution le 14 septembre. C'était plus qu'une abdication. La Législative, arrivée aux affaires le l®*" octobre accentua l'orientation déjà si rapide, et le 29 novembre paraissait un décret contre les prêtres insermentés.

DomBridot, curé de Saint-Nicolas-du-Port, en subira le contre-coup. C'est ce religieux qui avait monté des métiers à bas que ses ouvriers avaient voulu détruire. Il avait prêté le serment à la Constitution civile du

Glerg-é le 23 janvier 1791, mais en exceptant formellement de celle-ci « les objets qui dépendent de la puissance spirituelle de TÉg-lise, tant qu'elle ne les aura pas rég"lés elle-même et acceptés ». Prié de revenir prêter à nouveau le sermerjt intégral après le décret qui interdisait les restrictions, il s'en défendit en arg-uant que ce décret n'avait pas d'effet rétroactif et finit par refuser catégoriquement^.

Le cas était prévu et après avoir pu exercer quelque temps ses fonctions curiales, il dut les abandonner à l'intrus, non sans avoir lutté. l)om Bridot avait composé un long mémoire sur le serment qui servit sans doute à assurer sa conviction personnelle ^. Le bénédictin avait pu rester à Saint-Nicolas-du-Port. De nombreux vannistes y habitaient. Beaucoup d'ailleurs séjournaient au prieuré avant la Révolution. Tous connaissaient la ville et savaient y trouver bon accueil. Les habitants étaient « accoutumés à n'être éclairés que par les ci-devant jésuites et bénédictins qui la peuplaient ». Ce sont les termes d'un rapport de police-*, issu du décret du 29 novembre. Ce morceau de littérature révolutionnaire précise agréablement la situation.

La ville de Saint-Nicolas pullule de ces prêtres non assermentés qui vient (sic) on ne scait d'où, qui font on scait quoi, pour fermenter le trouble dans les consciences, se soustrayant à nos recherches, ils tiennent des conciliabules où leur rage s'alimente par la lecture des journaux anticonstitutionnels, tourbe de noirs vautours qui voudraient faire de nous des cadavres.

De trop crédules citoyens, d'ailleurs fort honnêtes, des mères de famille abandonnent en foule l'autel curial, le seul autel que la patrie consacre à la religion

Page 1