LE SPHINX
C'est l'automne qui fait s'éplorer les nuages, Mélancolise l'eau, rend graves les terrains, Et qui, si somptueux avec leurs tons chagrins. Dit le suprême adieu des languissants feuillages.
Déjà l'engoulevent tourne autour des calvaires, Un orage sournois, terne et silencieux, Couve, à peine trahi par le vague anxieux
Qui s'épand du ciel bas sur les lointains sévères.
Le soleil a fini d'ensanglanter les teintes Des arbres claquant lourds ainsi que des drapeaux Le Roi Ténèbres vient, couronné de crapauds, Dans la confusion des formes et des plaintes.
Mais, bénédiction sur l'englouti des choses. Sorcière lumineuse adoucissant la nuit, La lune dont, soudain, l'onde obscure a relui, Pleure ses rayons frais, verts, violets, bleus, roses.
Au même instant fraîchit la campagne sereine Où sont diamantés les profondeurs, les coins. Le vent d'orage meurt, devient ni plus ni moins Qu'un fantôme de bruit, qu'une vapeur d'haleine.
En vain, l'ombre a versé la cendre de ses urnes. Toujours plus, l'astre froid s'éclaircit par degrés; Jusqu'aux saules pleureurs se dessinent prostrés Dans l'émanation des marais taciturnes.