‹ Les BêtesChapitre 11 sur 49 · LE SPHINX · texte numérisé non relu

LE SPHINX

Alors, l'errant secret des lueurs incertaines,

Le grand sphijix Atropos prend son lugubre essor,

Fauve esprit du trépas par la tête de mort

Peinte et comme imprimée au bas de ses antennes.

D'un vieux jardin désert dormant dans la féerie, Il anime l'horreur au gré de son bourdon, Il y règne ! Tout seul, il peuple l'abandon De ce parc imitant une forêt fleurie.

D'abord, aux larges vols, l'espace le convie, Puis un fouillis l'arrête entre deux noirs étangs, Là, fatal, il a l'air de flotter sur le temps. Glorifiant la mort en menaçant la vie.

L'héliotrope et lui se pâment de vertige. Mainte épine s'évente avec ce tournoyant Qui pompe le rosier, ronce aussi, mais ayant Une chair embaumante au fin bout de sa tige.

Le groupe desséché des hauts pavots le hante. En funèbre avec eux, il est à l'unisson, Comme s'il comprenait qu'ici-bas le poison Sert le plus sûrement la mort qu'il représente.

La lune montre aux fleurs le tissu de ses ailes, Moitié d'un jaune éteint, moitié d'un brun fané, Argent, soie et velours, d'aspect si suranné Que la tombe y revoit ses couleurs éternelles.

Enfin, après qu'autour des béantes corolles, 11 a flûteusement marmonné des paroles,

Le fatidique radieux S'abat au pied des joncs, boit les larmes des cieux

Dans un nimbe de lucioles.

Et la nue, où du bleu lacté se désenterre, Regarde herbe et roseaux, le sphinx et les rayons. Ensemble harmoniser leurs palpitations Avec la môme extase et le même mystère.

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