LES GUÊPES
Elles viennent et vont, s'arrêtent, retourniquent, Dans ces bons vieuxormeaux^chênes et châtaigniers, Labyrinthes moussus, dédales renfrognés, A couloirs ténébreux, frais, qui se communiquent.
Toutes ces cavités, les basses et les hautes. Où couve en son travail le morne ennui du temps. En des bois vermoulus, champignonneux, suintants. Récèlent, engourdis, de mystérieux hôtes.
Il arrive qu'ainsi telle énorme vipère Montre aux guêpes, soudain, son pelotonnement. Puis ce sont deux hiboux côte à côte dormant. Tout au pied, un crapaud et quelquefois la paire.
Fuyant la toile ronde étroitement tissue Où se pend l'araignée au fin bout de son fil. Leur prudence conduit leur tâtement subtil Qui craint qu'un rat mulot ne garde leur issue.
Le suc de chaque fleur, malgré leur jeu futile, Est à peine flairé par elles qu'il est bu. C'est pour l'art, pour le seul plaisir que leur tribu Dans les trous d*arbre accroît tant de miel inutile.
Qu'à se multiplier, les mouches sociales Vivent dans des vergers et sous des toits pointus. Elles, que mènent seuls leurs caprices têtus. Célèbrent dans les bois leurs fêtes nuptiales.
Hélas ! on les entend frappoter aux croisées, Un coup méchant les broie à l'angle du carreau, Qu'importe ! Elles ont eu tant de bonheur en trop, Tant de sauvage extase avant d'être écrasées !
D'ailleurs, si les humains sont leurs mauvais génies, Leur voltigeant désir est le choyé du ciel; Et, s'allaitant des fleurs, sur leur couche de miel. Parla nature encore leurs larves sont bénies.