LA CHENILLE
Là, dans la terre, comme un mort, Y dormant de la même sorte.
Entre le ver et le cloporte, La chenille attend son essor.
Cette humble et misérable chose Couve, pour la gloire des airs, Des buissons, des chemins déserts.
Sa magique métamorphose.
Elle deviendra fleur instable, Le vivant écrin délectable Du caillou, du roc, du sillon.
Elle sera, mutine et folle, Cette petite âme qui vole.
Grâce et silence : un papillon
La maison close a pris l'air grave Maîtres et gens sont tous partis.
A présent, vivent déblottis Les frais habitants de la cave.
Confits dans la paix des futailles, Des bouteilles et des tessons, Vers, crapauds, rats et limaçons Ne se livrent pas de batailles !
Noir comme un drap de funérailles Estleur jour ordinaire, ils sont Les seuls bruits et les seuls frissons De ces souterraines murailles.
Lt chaque hôte du creux domaine.
En sécurité se promène,
A bon vivre, extase et sommeil.
Tandis que la grosse araignée Pour eux, dans la nuit, renfrognée, Tisse un fantôme de soleil.
LES GUEPES
De tout parfum errant, voulant toujours s'instruire, Elles cherchent la fleur qui vient de l'engendrer, Y vont pour la respirer.
Les fourmis pour la détruire.
Pas trop matineuses, les guêpes Rentrent à leur cireux manoir Dès que la nuit au voile noir Sur la nature étend son crêpe.
Mais avec l'astre roi, la flore des rivages, Les fleurettes des bois, les plantes du rocher, Attirent par essaims ces abeilles sauvages Que l'apprivoisement ne peut pas enrucher.
Lorsque la terre épand ses vertes banderolles Où la chair végétale est fille du soleil. Elles ont festin double, aromal et vermeil, Pompent le sang des fruits et l'âme des corolles,
Surtout l'automne, autour des hottes, des corbeilles Qu'allument les raisins embrasés de rayons. Elles arment leur vol de prestes aiguillons Qui les font, en venin, grandes sœurs des abeilles.
Mais dans les jardins clos si leur passage vibre, C'est pour être aussitôt fou, fugace, emporté Aux recoins toujours neufs d'espace illimité. Dans le loisir errant du bourdonnement libre.