‹ Les BêtesChapitre 16 sur 49 · LE BATEAU DES COCCINELLES · texte numérisé non relu

LE BATEAU DES COCCINELLES

Les coccinelles passent l'onde Sans leur petit vol nonchalant.

Le lac aux bords boisés, où leur espèce abonde, Leur a fourni mieux qu'un chaland.

Ce bateau sûr, rapide ou lent, Et le plus merveilleux du monde.

C'est un cygne : s'y rassemblant.

Elles voguent en chœur dans la lumière blonde Qu'évente le zéphir tremblant.

Au gré de l'hinneur vagabonde Du bel oiseau flexible et blanc Qui coupe, creuse et va troublant, La grande nappe toute ronde, Les coccinelles passent l'onde.

LEZARD D'HIVER

En ce beau jour d'hiver qui joue au temps d'été. Par l'extase de l'eau qu'un flamboiement irise, Par l'azur cru du ciel, le velours de la brise, Un tout petit lézard quitte sa cavité.

Presque illusionné, malgré l'herbe âpre et grise.

Se semblant à lui-même un peu ressuscité,

11 refrôle en stupeur de son train glissoté,

Un arbrisseau qui pèle, une mousse qui frise.

Mais vite refîgé, tout roide, il reste à jeun

Devant les moucherons qui dansent comme en juin,

Et si bien sa torpeur léthargique l'emporte,

Qu'à mon pas, lui qu'un rien fait fuir si diligent,

11 demeure engourdi sur une feuille morte

Où la fiente d'oiseaux a mis son blanc d'argent.

Passe un pauvre à bissac qui dit : « L'ciel vous conserve ! »

Puis avec un accent bonhomique et narquois

Il ajoute en lorgnant la bête que j'observe :

« Y a pas ! Faut q'ça croupisse à l'époque des temps froids

r s'est trompé d'saison ! C'est que'qjeune ! Si d'hazard

Les morts rentr' pour un temps dans leur personne ancienne,

M'est avis qui doiv' êtr' caillés comme ce lézard,

Qu^nd c'est la premier' fois qu'i r'viennent ! »

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