‹ Les BêtesChapitre 2 sur 49 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

de son étramjeté et de sa rêverie avec Les Apparitions, et son don de patiente observation rustique et sociale avec Paysages et Paysans. A ces beaux livres sont venus s'ajouter les proses, aussi poétiques que les vers, de En errant et des Ruminations, ce dernier recueil rassemblé, revu et corrigé par l'auteur, mais paru après sa mort, deuil cruel pour ses amis et pour les lettres représentées par Maurice Rollinat avec tant d'autorité et de dignité. Nous avons la bonne fortune de pouvoir, grâce à la collaboration de Gustave Geffroij, compléter la publication de ses oeuvres par deux volumes. Voici le premier, où Von a rassemblé un certain nombre de pièces pour lesquelles Rollinat avait indiqué ce titre : Les Bêtes. On y trouvera toutes les descriptions attentives, spirituelles, pathétiques, que ce poète subtil et ce savant artiste pouvait faire d'après les insectes, papillons, sphinx, chenilles, guêpes, fourmis, cirons, et les animaux familiers qui vivaient aux alentours et au dedans de sa maison des champs, entre les deux Creuse, à rentrée du village de Fresselines : les lézards et les rats, les chats et les chiens (on ne lira pas sans

AVERTISSEMENT Vîl

émotion La Mort de Pistolet), l'âne et la vache, — les poissons de la rivière mystérieuse, — les oiseaux de la basse-cour et de l'espace, du creux des haies et du tronc des arbres, jusqu'au vol de r aigle cpii plane superbement à la fin de ces pages.

On a cru devoir ajouter à la fin de ce beau livre quelques notes, des pièces commencées, ébauchées, ce que Rollinat notait au cours de ses promenades et de ses rêveries : ses lecteurs fidèles trouveront là, croyons-nous, des renseignements intéressants sur la méthode de travail du poète.

Ce livre sera suivi d'un dernier livre, où seront rassemblées des pièces diverses, de toutes les époques et de tous les genres, des traductions de poésies d'Edgar Poe, enfin ce qui peut constituer la fin de F œuvre du poète et de Vami dont nous gardons et honorons la mémoire.

UÉDITEUR

LE JUGEiMENT DES BÊTES

Par l'œil où quelquefois transpire Un peu du sphinx de leur esprit, Par le presque humain de leur cri, Les animaux semblent nous dire :

Vous ne savez que nos dehors,

Mais rien du dedans de nous-mêmes.

Pour vous nous sommes des problèmes

Comme les objets et les morts.

Notre monotone figure N'offre à vos observations Que d'égales expressions D'une signifiance obscure.

C'est l'énigme du sentiment

Qui luit au fond de nos prunelles,

Si fatalement éternelles

De calme et d'inétonnement.

Mais nous avons nos deuils, nos troubles. Qui sait? peut-être nos remords!

Deux esprits luttent dans nos corps.

Autant que vous, nous sommes doubles.

Nul animal ne se prévaut, Tout comme vous, d'avoir une âme, Pourtant il a dans son cerveau De la comédie et du drame.

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