L'OGRE
Le désœuvrement des fourmis Les fait touristes de l'écorce Où s'exercent, narguant Tentorse, Leurs grimpements bien affermis.
Partout, jusqu'au plus haut des arbres endormis, A l'aise, sans qu'elle s'efforce.
Chacune va, calme en sa force,
Ignorant le vertige et les dangers frémis.
Mais au gouffre vivant leur destin est promis,
L'ogre pivert, le plus fin de leurs ennemis,
Est là guettant, caché sous une branche torse.
Voici que hors du bec, toute entière il a mis
La friande longueur de sa langue retorse.
Ne pensant pas qu'alors leurs jours soient compromis.
Des insectes errants y suivent les fourmis,
Et quand ils sont en chœur, bien grouillants[sur l'amorce.
L'oiseau rentrant sa langue, heureux du mal commis,
Engloutit d'un goulu que l'appétit renforce,
Tous les pauvres petits touristes de l'écorce.