LE ROUGE-GORGE
Le petit oiseau de la font Saint-George Ne picore plus sur le sol tout blanc.
Transi par le froid, hérissé, tremblant. Frileusement il se rengorge.
Voici qu'il aperçoit tout au fond d'une gorge, Un grand carreau qui flambe, il s'y dirige lent. Oh ! le beau soleil jaune et rouge étincelant ! La chaleur règne ici, bien sur on en regorge,\ Donc il tape du bec à la vitre en volant,
Le maréchal alors quitte sa forge, Le fait entrer, le flatte et tout en lui parlant.
Le gave de blé, de chenevis, d'orge.
Comme il serait bien là ! Pas de chien turbulent.
Ni de chat dont la griffe égorge.
Rien qu'un bon vieux tout seul, tranquille et cajolant, ^lais fidèle, le soir, la terre dégelant, Le pauvre petit rouge-gorge S'en revint à la font Saint-George.
LES HOCHEQUEUES
Leur plumage aimant souffle et pluie Et se délectant des chaleurs Harmonise en ses trois couleurs La neige, la cendre et la suie.
Silencieux dans leur roidcur,
Ils auraient un air de tristesse,
Mais leur queue avec tant d'ardeur
Dit que la joie est leur hôtesse !
Ne leur faisant le corps si long Que pour mieux exprimer leur âme, Oui ! leur queue atteste et proclame Leur libre bonheur vagabond!
Bougeant sans cesse elle reflète
Leur perpétuel insouci,
Le rire et le sourire aussi
De leur humeur toujours follette.
D'un sempiternel mécanique Va ce svelte organe enchanté, Rendant l'éclat de leur gaieté Qui sans trêve s'y communique,
Quelle grâce ont ces hochements Près des moulins, des ponts en arche ! Ils affinent leurs mouvements, Délicatisent leur démarche.
LES HOCHEQUEUES 175
Ces doux oiseaux errants pour le plaisir des yeux Adoucissent l'horreur des ravines sauvages, Yoltigeoteurs de l'onde et danseurs des rivages, Ils sont les rassurants du songeur anxieux.
Tandis que, vue un soir en tel creux insalubre. Une bergeronnette au plumage de mort, Noire et le masque blanc va hochant si lugubre. Qu'elle a tout l'air de vous jeter un mauvais sort.
Fous d'espace, les hochequeues.
Au long de l'eau, mutins, fringants.
Alternent de vols zigzaguants Leurs petits pas qui font des lieues.
Loin des villes et des banlieues, Au val du lierre et du brigand.
Sur l'affilé, sur le piquant.
Ils musardent, les hochequeues !
Ils se grisent d'air pur et quand Apparaît au ciel, à la queue Du soleil mort, s'effîlochant,
La lune rose, blême et bleue, Alors, mais toujours en voguant, Rentrent au nid les hochequeues.
Bergeronnettes, lavandières, Dès l'aube, au premier chant du coq, Suivent les bœufs tirant le soc, Sont leurs compagnes familières.
Imi capote, à l'abri d'un roc, La pastoure, dans ses bruyères,' S'amuse à voir sauter, ploc-ploc, Bergeronnettes, lavandières.
LES HOCHEQUEUES 177
J'admire onduleux, sur les piei-res, Leur petit corps si peu mastoc Dont la queue aux prestes manières Bat la fraîcheur dans la lumière,
Eventé le sable et les rocs.
Quelles sont les grâces des blocs Et les sylphides des rivières ?
Bergeronnettes, lavandières.