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LE NID DE MARGOT

Sous le ciel azuré, brumeux, noir ou livide, Pourrissant au fin bout du svelte peuplier, Le grand nid de margot croupit, morne à bâiller L'ennui de sa vieillesse et l'horreur de son vide.

A l'abandon, frôlé là depuis des années Du vol indifférent d'oiseaux de tous climats, Dans la pluie et le vent, les soleils, les frimas. Il arbore sa coupe aux épines damnées*

Mais une fois, avec ce cri dont on l'appelle, Un coucou solitaire, en palpitant de l'aile, Y dépose ses œufs par un calme soir brun;

Et transformé bientôt en un berceau d'emprunt,

Sous la chaude couvée inquiète et ravie.

Le vieux nid de margot retrouve encore la vie.

Dans un gros chêne court qui pèle et se prosterne, Le bon vieux chat-huant tout le jour assoupi, Spectacle ténébreux, reste roide accroupi, Parfois de ses yeux ronds éclairant sa caverne.

En ce creux où le ver avec la mouche alterne,

Dur d'oreille, il n'entend ni le chien qui glapit,

Ni le pivert criard qui cogne et déguerpit,

11 goûte la paix close et le silence interne.

A l'aube et vers le soir dont il flaire l'instant, 11 quitte son tronc d'arbre et cherche en voletant La grenouille verdâtre et le mulot gris sombre.

Le sybarite oiseau qui veut longtemps vieillir Ne quitte son repos que pour aller cueillir Tout le frais du matin, toute la fleur de l'ombre.

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