LA MERE OIE
Las des chiendents sableux et des rochers en cônes. Voici que la mère oie et son troupeau d*oisons Quittent la triste berge âpre en toutes saisons, Dont 1 herbe leur a fait de si maigres aumônes.
Alors sur la rivière où le feuillu des aunes
^lêle aux glouglous de l'eau ses soupireux frissons,
Vogue miniaturesque, entre arbres et buissons,
Un canot blanc cerné de petits bateaux jaunes.
A la nuit, les oisons vers leur grand poulailler Remontent tous à pic, au long du fin sentier, La mère oie, en avant, guetteuse tutélaire.
Qui, mesurant sa marche à leur cheminement, Siffle, torve, à plein bec, si vipéreusement Qu'on dirait un aspic, sibilant sa colère.
L'HIROxNDELLE
Dans le rectangle en brique, an bout de la toiture, Une hirondelle, avec tout son art enchanté, A fait un nid bien clos pour la sécurité Et le mûrissement de sa progéniture.
Son labeur a peiné pour qu'elle y soit à l'aise !
En a-t-elle glané des fétus et des brins !
Des bouts d'herbe et d'écorce et de chanvre et de crins !
Et que de va-et-vients pour son crépi de glaise !
De la patte ou du bec qui pince, emmanche, coupe, A-t-elle assez donné, en large et en profond, Le roidi du dessus et le moelleux du fond, Un berceau rondelet poli comme une coupe !
Elle défie ainsi l'ogre aux yeux verts qui huile Son pas rampant au bord des gouttières de plomb, Etq^antau tiercelet, elle sait tout au long Qu'il perche sur le roc et jamais sur la tuile.
Elle n'ignore pas, en étant coutumière, I^a vénération de l'homme pour son nid... Certes, elle a reconnu qu'elle est l'oiseau béni, Aimé du vieux château, comme de la chaumière.
Mais quand même son œil inspectant s'écarquille Au possible danger quii menace ses œufs : Elle applique ses soins toujours plus anxieux Lorsqu'enfin sa couvée a brisé sa coquille.
l'hirondelle 197
Oh ! comme ils sont frileux, les beaux petits tout nus, Comme il va leur falloir la tiédeur de ses plumes î Son sang, à cette idée inquiète, s'allume, Brille pour réchaufferies mignonnets menus.
Désormais, toute entière au vœu de la nature,
Elle occupe son temps de sa maternité.
Ne quittant le cher fruit de sa fécondité
Que jDour manger en hâte et chercher la pâture.
Dans sa brève sortie, elle fend les déserts, Sans halte dans le vide elle flotte et tournoie, Car, aimant à chasser l'insecte au haut des airs. C'est toujours en plein vol qu'elle happe sa proie.
Rapportant vermisseau, chenille, moucheron,
Quelle allégresse au nid qui rejasc et rebouge
Lorsque ses oiselets, leurs petits becs en rond
Ouvrent au frais butin leur gorge avide et rouge !
Comme elle les soustrait à la rosée en larmes, Aux rayons trop dardés, au vent trop descendu! A plat sur ses petits de tout son corps tendu Leur faisant sans lourdeur un couvercle de charmes.
A leur piaulement doux qui lui dit leur tendresse, Elle mêle un murmure au rythme de son cœur Qui toctoque si chaud sur eux que tous en chœur, Vers sa tête en éveil soulèvent leur caresse.
Pour lors, en attendant qu'elle instruise leurs ailes, Leur enseigne le vol hardi, capricieux, Auras de l'eau, de l'herbe ou montantvers lescieux, Léger comme celui des svcltes demoiselles.
A tous ces petits becs, qui ne veulent qu'apprendre Et qui savent déjà grattocher le duvet, Le sien montre, d'après la mimique qu'il fait, A picorer, piocher, à s'aiguiser, à prendre.