‹ Les bibelots du diable feerievaudeville en trois actes et seize tableauxChapitre 45 sur 102 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

JEAN LEBLANC. '

Le fait est que m’sieur vot’ papa s’est mis à galoper d’une force qu’il n’y a aucun chameau capable de le distancer.

RISETTE

C’est à n’y rien comprendre, et faut qu’il y ait de la sorcellerie là-dessous... Au reste, tout est changé dans le pays, jusqu’aux bergers qui deviennent des seigneurs...

Les bergers ?...

RISETTE

Oui, mamzelle... Vous savez ben le petit Toby, qui était si malheureux?...

JEAN LEBLANC

Même que je l’ai vu maintes fois manger les petits fruits rouges qui viennent aux rosiers sur les routes... que ça a un autre nom que je ne sais pas... que ça gratte... ça gratte...

Eh bien? -, • ’ . .

RISETTE

Eh ben, je l’ai vu tantôt qu’était mis comme un prince; et,

S as plus tard que tout à l’heure, je l’ai retrouvé sur la place u village, oùsque toutes les jeunes filles l’entouraient.

Les jeunes filles?...

Oui, et qu’elles le trouvaient ben avenant, et quelles disaient que c’était le plus beau gas ne notre endroit.

Qu’est-ce que tu m’apprends là?

RISETTB.

Air de la Boulangère. '

Tout’s les jeun’s flU’s, pour le r’tenir,

L’embrassaient par douzaine.

L’embrassaient?...

RISETTE

Ça leur f’sait plaisir.

FLORINB.

Plaisir?..,

SI

RISETTE

J’en sois certaine.

Mais Tobyî...

RISETTE

Je crois, quant à lui,

Que ça n’ faisait pas d’ peine à Toby,

Que ça n' lui f sait pas d’peine î

Ah ! c'est affreux, c’est indigne... moi qui l’aimais quand il était pauvre... à peine est-il riche... Et je garderais son rameau... Oh! non, non ! (Elle ironie sur la chaise et ta prendre le rameau à ia cheminée.)

JEAN LEBLANC, bas & Risette.

Dis donc, ça a l’air de la contrarier ce que t’as dit là.

RISETTE

Tu crois?

JEAN LEBLANC

Tiens, la v’ià qui grimpe sur les chaises... Règle générale : quand on grimpe sur les chaises, ça prouve qu'on est contrarié...

FLORINE, qui a décroché lo rameau.

Ah! il est riche et il m’oublie..-. Eh bien, moi aussi...

Serai riche, je serai noble... (Arrachant arec dépit une dei feuilles du

rameau.) Et quant à son cadeau, v'ia le cas que j'en fais!... (Elle

jette le rameau par la fenêtre, puis elle y jette encore arec colère la feuille

qu’eiie avait arrachée, en disant :) Oh ! je voudrais être déjà chez le seigneur de Vertuchoux!

Le théâtre change et représente les jardins du château, avec un pigeonnier au fond et un pavillon à droite; à la porte du pavillon un cordon de sonnette ; un petit tertre à gauche.

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