RISETTE, L’ANE
Du saucisson!... Pauvre Jean Leblanc!... Oh! n’aie pas peur... je te défendrai, va!... une si bonne bête! (Mouvement de l’àoe.) Nous nous comprenons, pas vrai?... (c'Snn remue la tête.) Il me répond que oui... Je ne sais pas si c’est parce que tout le monde le déteste; mais moi je l’aime, et puis il me semble qu’il comprend tout ce que ly dis,
Air des deux maîtresses.
Chacun m’ répète Que c’ n’est qu’un’ bête,
Dans le village on s’en moque, on ea rit 5
LES BIBELOTS DO DIABLE
Lui pas si bête,
Car foi d’ Risette
Il y a des jours que j’ lui trouv’ de l’esprit.
J’ Toulais Paut’ jour aller chez la meunière,
Mais lui, malin comm’ les ân’s le sont tous,
Me conduisit chez l’ftnesse & Jean-Pierre Arec laquelle il avait rendez-vous.
Hier encore,
Avant l’aurore,
J’ voulais m’ cueillir des ros’s des quat’ saisons, Mais v'ià qu'il broute Le long d’ la route,
Et qu’en fait d' ros’s il s’offre des chardons.
Je me souviens qu’à la dernièr’ vendange Y avait du vin dans la cuve à Girard,
Sang m’ consulter v’ià qu’ d’ abreuvoir il change ; Et ce jour-là, je le ram'nai pochard.
Mais c’est tout d’ même,
J' suis sûr’ qu’il m’aime.
Et quant il fait hiant, hiant, hiant ;
Entre nous, j’ gage Qu’ dans son langage,
Ce pauvre ami me fait un compliment.
Comme il est fier quand je le débarbouille!
Comme avec grâce il m’offre son appui !
Quand j’ dis : j' suis lass’, bien bas il s’agenouille Pour qu’aisément je puiss’ monter sur lui.
Jamais de chute Ni de culbute,
Quand il me porte ou porte mes fardeaux ;
Mais faut P connaître,
Car il est traître
Quand il en porte une autre sur son dos.
Tiennette, un jour, le monte en Psant tapage Mais Jean L’blanc rue et part comme un éclair. Et v’ià qu’ai’ tombe aux yeux de tout P village,
La tête en bas et les quatr’ fers en l’air !
Chacun m' répète Que c’ n’est qu’un’ bête,
Dans le village on s’en moque, on en rit ;
Lui pas si bête !
Foi de Risette,
Cet àne-là ne manque pas d’esprit.