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BIBLIOTHÈQUES DE LYON

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ANS deux publications récentes (1), je ime suis attaché à faire connaître Tétat 'regrettable dans lequel se trouvent nos archives municipales et le Palais-desftà.xe. Arts. En sijg^alant cette situation, j*ai cra faire acte de patriotisme, car les dangers d'imminente destruction que courent nos dépôts d'archives, si riches et si précieux à tous égards, et le délabrement dans lequel on laisse l'un des plus beaux palais de Lyon ne sauraient se prolonger plus longtemps... Cet état de choses, qu'il me soit permis de le dire, n'en^age-t-il pas non plus la Commission municipale? Celle-ci répond, il est vrai; que la ville, ruinée par les gaspillages des hommes sortis des douloureux événements de septembre 1870, n'a pas de quoi suffire à ses besoins les plus urgents, que les sciences et les arts sont le luxe des temps heureux, et qu'il

(1) Projet de création d'un musée historique à Lyon. (Lyon. Mai. 1874.)

Le palais Saint-Pierre. Observation sur la réorganisation des musées et de l'école des Beaui-Ârts de Lyon. (Juillet 1874.)

faut attendre que Dieu nous donne de meilleurs jours, après tant de jours de noirs orages, pour rendre aux sciences et aux arts leur éclat terni par les révolutions.

Je comprendrais cette réponse si on demandais la création d'un nouveau palais, la commande de statues de marbre ou de bronze pour orner quelque monument, ou la création d'un square aux vertes pelouses, aux eaux jaillissantes qui parent si bien une ville. Mais ma prière n'a pas été si loin. . . J'ai demandé seulement que la Commission municipale fît pour nos archives ce que chacun de ses membres fait individuellement pour ses propres affaires. Chacun n'a-t-il pas une caisse solide h labri du feu et de l'eau, dans laquelle il serre et conserve ses titres de famille et de propriété et ses valeurs personnelles afin de les transmettre un jour à ses enfants ? Que la Commission veuille donc bien songer, avant tout, à préserver, de môme, les titres de la fortf^f de l'universalité de la famille lyonnaise qu'elle ^présente et dont elle gère les Intérôts. Qu'elle ne croie pas, non plus, que les archives d'une ville ne sont, comme on se plait h le dire, qu'un amas poudreux de parchemins oubliés par les vers et de grimoires illisibles dont se plaisent à se repaître certaines gens qu'on traite dédaigneusement d'archéologues ; qu'on regarde même avec une certaine pitié comme de pauvres monomanes, dont le cerveau quelque peu malade, réclame les soins de la Faculté.

Non, les archives ne sont pas des greniers de vieilleries ; si on daignait les visiter, de môme qu'il serait si urgent de voir de ses propres yeux tant de choses qui appartiennent & la ville et qui ont coûté si cher, on saurait qu'à côté des titres historiques, seuls monuments véridiques de Thistoiré de la cité, se trouvent aussi ses titres de propriété qui constituent sa fortune immobilière, le' patri-

moine commun du pauvre et du riche. Que ces titres viennent un jour à être détruits par un accident ou dans une tourmente populaire, comment la ville pourra-t-elle justifier alors, devant la justice, de ses droits de propriété méconnus par des gens de mauvaise foi? Et pourtant la Commission n'a encore rien fait alors que cependant M. le préfet a donné sa haute approbation et ses encouragements aux projeta que la Commission des archives et des bibliothèques lui a soumis.

En ce qui concerne le Palais-des-Arts, je me suis borné seulement aussi à demander qu'on n'attendît pas que la moitié des portiques de ce palais fussent tombées de vétusté , pour qu'on avisât enfin à leur consolidation. Mon humble requête, qui n'a pas été plus loin, est. donc opportune, légitime, urgente même, et j'ose espérer qu'elle aura enfin l'avantage d'être prise en sérieuse [considération par les hommes éminents qui ont à gérer aujourd'hui les intérêts de la cité.

Toutefois, il me reste à ajouter unpost-scriptum à mon placet. J'ai à parler encore des bibliothèques, car là encore on peut écrire, au-dessus de la porte de ces magnifiques dépôts, ces mots qui s'appliquent si bien à tant de choses à Lyon : « grandeur et misère »9 et je n exagère pas... On me dira peut-être, mais, de quoi vous plaignez-vous ? Entrez dans la bibliothèque du Lycée, n'admirez-vous pas le splendide vaisseau de la salle, œuvre de ces gavants religieux qui ont formé, dans leur vaste collège, tant d'élèves devenus, en partie, nos plus illustres concitoyens? Ne voyezrvous pas ces milliers de volumes sur leurs étagères sculptées, ornées, de tant de bustes de marbre ? Et votre patriotisme n'esiril pas flatté à la vue de ces débris de bombes et d'obus qui ont troué et écrasé ce splendide vaisseau, le jour où nos pères, armés pour la défense de

la liberté opprimée par Todiease Convention (I), firent de cette salle une batterie et de ces livres des blindages ? Oui, tout cela est vrai, mais tout cela cache bien des misères. Sous cette robe si belle se trouvent des haillons, et ce sont ces haillons indignes de notre grande dté que je prie la Ckunmisaion municipale de faire disparaître sans retard. Je lui dirai également que la maison fiiit eau de toute part, comme l'Hôtel-de-Ville, comme le Pdais-des- Arts, que cette eau détruit lentement nos plus beaux ouvrages ; et j'ajouterai enfin que d'un jour à Tautre un immense incendie peut embraser la bibliothèque si mûre pour un incendie

(1) Lorsqu'en 1795, Lyon envoya nne adresse an goaveniement afin de foire anrêter Texécntion des mesures si désastreuses que nos proconsuls avaient prises pour ce qui restait de nos monuments, dont la démolition avait été décrétée pour punir Lyon de son héroique résistance à la Convention, ses magistrats dirent : c Lorsque* pendant « deux mois d'un siège trop mémorable, livrés à nos propres « ressources, sans pain, sans secours, nous vîmes d'un œil sec tom- « ber nos maisons, périr nos femmes, nos en&nts et le sang le plus « pur inonder nos remparts, était-ce pour «a roi que tums combatr « tionsf » (Monfalcon, Hiii, de Lyou, t. UI, p. 10â6.)

En 1800, le premier président Youty mandait aussi au gouvernement, comme organe du Conseil général du Rhône, lorsqu*on voulut imposer au commerce lyonnais des inspecteurs généraux : « Le « commerce est inquiet, ombrageux, il aime la 'liberté, et quand on « le gène, il cherche un asile qui lui plaise. Venise, la Hollande. !es « villes hanséatiques, Gènes, Genève en sont de frappants exemples. « Lyon même n'a fleuri sous les rois que parce qu'il avait une liberté « réelle, sous le nom de franchises, libertés, qu'il nommait ses ma- « gitrats municipaux, son prévôt des marchands et qu'il se gardait c lui-même. Ainsi, quoi qu'en dise la calomnie, la postérité saura que « Lyon, en 1793, ne s'est battu que pour la liberté, et que c'est pour « cela qu'il a montré une si rare énergie. » (Éloge du premier président Youty.)

On m'objectera peut-être également que mes doléantses au sujet de la bibliothèque du Palais-des-^Arts ne sont pas fondés davantage ; car ce dépôt, si bien administré par ses savants conservateurs, n'a-t-il pas un local digne de lui et ne répond-il pas à tous les besoins ? Sa salle est vaste et bien éclairée; ses aménagements sont parfaits. Chaque année, il complète ses collections et les tient au niveau des sciences et des arts. Je concède tout cela, mais le local qu'occupe cette bibliothèque devrait-il lui appartenir, alors que nos belles collections des antiques étoufient à côté dans leurs étroites galeries et ne peuvent môme pas exhiber tous leurs trésors au public studieux? Ce local est-il, du reste, assez vaste lui-môme pour tous ses livres? car une bibliothèque ne demeure jamais stationnaire. EUe s'accroît journellement, sans cesse, toujours; elle a besoin journellement de nouveaux espaces, de nouveaux rayons et de tables de plus en plus longues pour suffire à ses lecteurs dont le nombre s'accroît sans relâche.

Enfin nos bibliothèques populaires répondent-elles à leur destination? ou n^est-ce pas une création demeurée à l'état de germe et qui doit recevoir un prochain et prompt développement ?

Ces diverses considérations m'ont donc engagé à signar 1er à l'autorité compétente les imperfections de nos diverses bibliothèques, à lui exposer, en môme temps, les améliorations qu'elles réclament si impérieusement, et le perfectionnement qu'on pourra leur donner le jour où la ville aura restauré ses finances et repris ses allures habituelles.

Qu'on ne croie pas non plus que c'est à la hftte que j'ai formulé ces doléances. Je n'ai pu les écrire qu'après un mûr examen de la situation, qu'après de nombreuses conférences avec mes collègues de la Commission con-

sultative des archives et des bibliothèques dont le concours si éclairé et si dévoué a rendu ma tâche si facile et dont je n'ai été que l'écho. Je n'ai écrit aussi ces lignes qu'après une étude complète des anciennes bibliothèques que Lyon possédait avant la Révolution. J'ai voulu savoir ce que furent ces riches collections avant le jour néfaste où, au nom de la Raison et de la Liberté, on en dépouilla nos monastères pour le^ entasser dans les greniers « de la ci-de- « vaut abbaye Saint-Pierre, ou pour en chauffer les poêles « des corps de garde des Sans-Culottes du quartier « Saint-Nizier », luxe tout oriental et que s'était permis le farouche Omar quand il chauffait les bains d'Alexandrie avec les œuvres des grands écrivains de l'antiquité...

Pour cette dernière étude, je n'ai eu aussi qu'à ouvrir diverses publications d'auteurs lyonnais qui se sont plu à décrire déjà nos bibliothèques anciennes et modernes, et je n'ai eu qu'à résumer leurs recherches. Le premier de ces écrivains a été M. Delandine. Né avant la Révolution, il avait pu voir encore de ses propres yeux la plupart des anciennes bibliothèques monastiques ou publiques de Lyon; [il les a décrites sommairement et de souvenir dans la préface de son ouvrage en sept volumes consacré par lui, en 1812, et achevé par son fils, à l'inventaire imprimé de la grande bibliothèque de la ville dont il fut longtemps le conservateur éclairé. Après lui, M. Pericaud aîné, également conservateur de ce même dépôt, a publié, en 1835, une notice de vingt-quatre pages sur la bibliothèque publique de la ville de Lyon. Puis, M. F.-Z. Colombet. écrivain non sans mérite, a inséré dans Lyon ancien et moderne y un travail sur nos bibliothèques modernes, résumant les notices de MM. Delandine et Pericaud. M. Monfalcon, dernier conservateur de la bibliothèque du Lycée, a placé à la tête de son inventaire

impniné de la bibliothèque du Palais-des« Arts, dont il a été longtemps le gardien, une préface contenant l'historique de ce dépôt ; puis, M. Fraisse, successeur de M. Monfalcon, adonné, en 1851, une notice sur cette môme bibliothèque ; et enfin, M. Soulary et M. de Valons, conservateurs actuels de cette même bibliothèque, ont bien voulu me remettre des notes sur le riche dépôt confié à leur garde éclairée et dévouée.

Pour ne rien omettre sur les sources auxquelles j'ai puisé, je dois ajouter aussi que j'ai fait de nombreux emprunts à un excellent ouvrage que M. Charvet, professeur à Técole des Beaux-Arts de Lyon, vient de publier sur MarteUange, l'un des constructeurs des bâtiments qu'occupe en partie la bibliothèque du Lycée, et dont j'aurai à parler plus loin et aux archives de la viUe (1).

Ma tâche a donc été assez facile. Pour former ma gerbe,

(1) Ces riches archives seront toujours le meilleur guide pour un éeriyain. Les titres qu*on y rencontre sont d'une véracité incontestable, tandis que nos auteurs ont souvent tronqué les faits involontairement ou dans un but peu louable, et leurs assertions» contraires à la vérité, ont été souvent répétées par d'autres qui ne se sont pas donné la peine de les vérifier aux sources. C'est ainsi que j'ai pu constater que MM. Delandine et Pericaud [(le dernier copiant le premier), ont fait passer comme de généreux donateurs de nos bibliothèques un grand nombre de Lyonnais qui ont vendu à deniers comptant et fort cKer k la ville, leurs bibliothèques particulières. C'est ainsi encore que, par mes recherches aux archives, j'ai pu reconnaître que M. Delandine (et ceux qui l'ont copié ensuite) s'est attribué et a donné comme venant de lui plusieurs passages d'un rapport fort remarquable, sur la création de la bibliothèque moderne, fait au conseil municipal de Lyon, dans sa séance du 18 pluviôse an XI (7 février 1802)* par le maire du canton de l'Ouest de Lyon. Je donnerai plus loin plusieurs extraits de ce rapport.

là

je n'ai eu qu'à glaner et à réunir de beaux épis, et je dépose aujourd'hui cette gerbe entre les mains de tous les hommes d intelligence et de cœur qui daigneront en agréer Thommagé. Ils voudront bien n'y voir que l'œuvre d un homme profondément dévoué k son pays, qui tente, dans la mesure de ses forces^ deTaideràse relever comme un blessé tombé sur un champ de bataille et à le replacer , au rang glorieux qu'il doit occuper dans le monde.

Mais qu'il me soit permis de dire un mot un peu.. . dur, peut-être, mais vrai, k bien des habitants de notre ville. Quand, dans d'autres temps, nous vivions sous des régimes où le lendemain était... ou semblait assuré, bien des hommes de savoir et de mérite se plaisaient, par leurs travaux en commun ou isolés, k faire fleurir les sciences et les arts, comme on disait alors ; de généreux donateurs comblaient nos musées, et nos bibliothèques grandissaient ; Lyon s'était même fait alors un nom dans les arts et les sciences. Mais aujourd'hui, cet élan ne s'est-il pas ralenti ou même arrêté ? On travaille moins et on donne moins, et cependant, dans les tristes temps que nous traversons, alors que nous sommes, comme sur un navire démâté, le jouet des flots, chacun ne devrait-il pas ôtre sur le pont et aux manœuvres ? Que ceux donc à qui la fortune a souri sortent de leur somnolence, qu'ils viennent donc apporter une partie de leur or pour acheter de bons livres et des objets d'art ; ce sera aussi un moyen pour arriver à aveugler les voies d'eau de notre pauvre navire désemparé et k la dérive. A Lyon, comme ailleurs^ on attend tout du gouvernement, et Tinitiative privée, qui pourrait tant, se croise les bras, comme si la manne devait encore tomber du ciel. C'est donc à l'initiative privée, aux individualités que je fiais appel. Réunissonsnous donc, serrons nos rangs, écrivons sur notre drapeau

c Dieu le veut », et marchons résolument vers l'avenir. La science et les arts et la société qu'ils moralisent nous sauront gré de notre courageux élan .

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