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NOTRE ETAT D INFERIORITE

Voilà, en résumé, comment l'on apprécie aux Etats-Unis, en Europe, et jusqu'en certaines villes de la province d'Ontario, l'importance de l'éducation faite par l'entremise du livre.

Il n'y a — faut-il le dire ? — il n'y a que notre province où la bibliothèque populaire fait défaut. Je ne fais pas entrer en ligne de compte, bien entendu, la bibliothèque du

parlement, celle de nos universités ou même celle de nos divers instituts. Celles-ci rendent sans doute d'incontestables services ; elles sont même fréquentées avec profit, mais comme elles poursuivent généralement un but absolument distinct de celui des bibliothèques populaires proprement dites, elles ne sont point censées contenir des livres à la portée des masses.

Mais dans la ville de Montréal qui renferme une population de 233,000 habitants avec plus de quarante mille artisans, dans une ville comme Québec, qui compte aussi plus de quinze iniile ouvriers, il n'existe pas un seul de ces sanctuaires de l'intelligence et du savoir, où le travailleur, où l'homme du peuple puisî-e porter ses pas, occuper ses loisirs et refaire par la lecture une éducation à peine ébauchée.

Si j'appuie aussi fortement sur ce point, si jeconstate,avec une légère teinte d'amertume, l'absence de salles de lectures et de bibliothèques dans des circonscriptions aussi populeuses et aussi étendues que les nôtres, ce n'est point pour en faire un reproche à qui que ce soit ; je tiens uniquement à démontrer qu'en nous laissant trop devancer dans cette voie par les populations des autres pays,

nous préparons à nos classe? ouvrières que nous estimons un avenir peu rassurant.

Pendant que de toutes parts, au loin comme près de nous, l'on fait des efforts constants. Ton s'impose des sacrifices de toute sorte pour élever le niveau intellectuel et moral de l'ouvrier, pour l'engager à se perfectionner dans son métier, pour le rendre apte à jouer un rôle honorable dans la société, ici. avant la fondation des écoles du soir qui est un pas décisif dans la bonne voie, nous semblions le laisser à ses propres ressources, les classes dirigeantes se désintéressaient de son sort et de son avenir. Et quelle pouvait être la conséquence de cette abstention ? Le résultat inévitable aurait été de rendre l'ouvrier canadien inférieur à l'ouvrier étranger qui, lui, trouve à sa porte, dans la ville où il travaille, toutes les occasions et les facilités de se perfectionner dans son art et d'embellir sa mémoire et son intelligence.

C'est une réflexion du même genre que me faisait naguère un compatriote éclairé, fixé depuis plusieurs années aux Etats-Unis, M. Leduc, en me transmettant pour publication dans le journal V Evénement une communication sur l'importance des bibliothèques gratuites.

" Il est certainement à regretter, écrivait M. Leduc, que des écoles et des bibliothèques gratuites n'aient pas été fondées il y a déjà un grand nombre d'années dans notre beau Canada. C'est un besoin qui s'est toujours fait sentir gravement parmi la classe pauvre et ouvrière de ce pays, pour qui la chose est d'une importance majeure ; et il est étonnant que vos législateurs et politiciens n'aient pas considéré cette question sérieusement, il y a bien des années déjà.

" Combien ne voyons-nous pas encore de nos jours de ces braves et bons Canadiens qui ne savent pas lire et qui ne peuvent pas même signer leur nom. C'est pénible à constater, mais ils ne sont souvent pas ceux qui doivent être le plus à blâmer. Nous voyons aux Etats-Unis, la moindre petite ville posséder sa bibliothèque et ses écoles gratuites. Ainsi, quelque soit la condition de la vie où se trouve le journalier américain, il jieut lin' son journal à la fin de sa journée de travail. et se tient ainsi au courant des nouvelles du jour, comme des nouvelles politiques.

" il jouit aussi d'un doux repos ens'instruisant davantage. Il peut encore se procurer facilement et sans qu'il lui en coûte un sou, les livres, où il peut puiser les enseignements nécessaires à son état ou à son métier ; ou encore jouir d'une lecture un peu plus légère, qui lui i»rocure une récréation, tout à la fois sage et agréable, et souvent d'un précieux avantage pour son intelligence.

" Après les écoles dans une grande ville, le système le plus important d'éducation est

certainement une bibliothèque publique, bien administrée. Comme tous les grands pouvoirs d'une nature extérieure, ses opérations sont presque sans bruit, mais son influence est énergique et augmente sans cesse dans un mouvement que l'on peut déterminer smis précipitation et sans repos. ^^

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