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Jetez les yeux où vous voudrez, promenez votre pensée de l’autre côté de l’Atlantique ou examinez seulement ce qui se passe chez nos plus proches voisins et vous vous convain-
» crez que partout pour élever le niveau intel-
lectuel et moral des masses, pour améliorer la condition des classes laborieuses, pour éclairer le peuple, en un mot, l’on a eu invariablement recours à la bibliothèque libre et gratuite.
Dans la grande confédération américaine, l’on s’est si bien pénétré de cette vérité, qu’il rest plus un Etat, que dis-je? qu’il n’est plus une petite ville qui ne soit gratifiée
aujourd’hui d’une bibliothèque, de salles de
lecture et même de musées. IL n’est point de meilleure et de plus éloquente démonstration de cette vérité que la statistique que je vais avoir l'honneur de produire.
Rappelons d’abord que la fondation des bibliothèques publiques aux Etats-Unis remonte au XVIIe siècle. La plus ancienne est celle d'Harvard College, Massachusetts, qui, créée en 1638, est encore des plus florissantes. Elle compte à l’heure actuelle près de ‘800, - 000 volumes.
Dans le principe toutefois et jusqu’à la fin du XVITIe siècle, ces bibliothèques ne furent que des dépendances des établissements
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d'éducation. Mais, à cette époque, sous l’influence bienfaisante de Franklin, de véritables bibliothèques populaires surgirent comme par enchantement dans la plupart des villes des Etats-Unis. Le mouvement ne s’est jamais ralenti, et en 1880 le bureau d'éducation de Washington constatait déjà l’existence aux Etats-Unis de 5,842 bibliothèques, contenant plus de douze millions de volumes et un million et demi de brochures. De plus, l’on comptait sur ce total onze à douze bibliothèques qui avaient au-dessus de cent mille volumes chacune.
C’est surtout à Chicago — la reine de l'Ouest — que les bibliothèques ont pris un développement prodigieux. L’une de ces bibliothèques, dont la fondation ne remonte qu’à 1874, contient déjà 154,000 volumes.
Elie a obtenu une médaille d’or à l'exposition de Paris, un honneur qu'aucun autre établissement du même genre aux Etats-Unis n’a obtenu. Si l’on veut savoir maintenant dans quelle proportion cette bibliothèque est fréquentée, les chiffres suivants vont nous l’apprendre.
Le nombre de personnes qui possèdent des cartes leur donnant accès aux livres de cette bibliothèque, est au-dessus de 32,000. Le nombre de cartes délivrées en 1889 était de
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16,544, dont 10,310 aux hommes et 6,234 aux femmes, 749,445 volumes sont sortis pendant l’année et la circulation ordinaire quotidienne a été calculée à 2,465. 4,760 livres sont sortis dans une seule journée, ce qui est le maximum et 1,526 pour la moindre journée.
C’est au sujet de cette grande bibliothèque si admirablement organisée qu’un canadienfrançais, fixé depuis plusieurs années à Chicago, écrivait il y a pas longtemps à un journal de Québec :
‘* Il doit être réellement agréable à tout homme intelligent de pouvoir constater que dans une si grande et bruyante ville, qu’il y a une institution qui soit tout aussi profitable à l’indigent qu’au millionnaire. Il n’y a là, aucune distinction sérieuse, de croyance, de race ou de couleur. Tous, sans exception, peuvent venir puiser à cettesource de sagesse et de science.
‘Le pauvre émigrant, qu’il soit des bords du Danube, des forêts de la Bohême ou des rochers escarpés de la Scandinavie ; tous peuvent dissiper leurs longues heures d’ennuis avec les livres bien connus de leur patrie, imprimés dans leur langue maternelle.
** [l oubliera pour un temps ses soucis, en se rappelant les scènes délicieuses de son enfance et les triomphes de ses compatriotes.”
Outre la bibliothèque publique proprement dite, Chicago a le bonheur d’en posséder plusieurs autres. Citons la bibliothèque New-
berry, fondée par Walter Newberry, qui a laissé par testament $3,000,000 dans ce but.
Cette bibliothèque possède actuellement plus de 40,000 volumes. Elle n’a qu’un seul défaut: celui de ne pas permettre d’apporter les livres à domicile.
La société historique de Chicago a une bibliothèque de 25,000 volumes et la bibliothèque Hammond 14,000.
** Chicago est une ville pour les livres, écrivait récemment un publiciste. Le peuple aime à lire, tient à s’instruire ; de là, le grand progrès de la métropole de l'Ouest.”
Boston n’est pas moins bien partagée que la reine de l’Ouest.
C’est dans cette ville que se trouve la bibliothèque la mieux pourvue de toute l’Amérique, en exceptant peut-être la Library of Congress qui, elle, dispose de 400,000 volumes.
Seulement, celle-ci est subventionnée par le gouvernement, tandis que l’autre est le résultat de dotations particulières ou même d’oc-
trois municipaux. D’après une statistique de
1883, la grande bibliothèque publique de Boston contenait sur ses rayons 260,000 volumes, et l’on estimait en 1881 que le prêt de ses livres s'était élevé, dans cette seule année, à 1,140.-
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LA DOTATION DES BIBLIOTHÈQUES AMÉRICAINES ET LA CONTRIBUTION MUNICIPALE
Dans la courte nomenclature qui vient d’être dressée, l’on a pu remarquer qu’ils ne sont pas rares chez nos voisins les millionnaires qui se font non seulement un devoir, mais encore un honneur et une gloire de doter leur ville natale d’une bibliothèque à l’usage du peuple.
Je mentionnais, il y a un instant, le nom de Newberry qui n’a pas hésité à consacrertrois millions de piastres pour cet objet ; l’on pourrait en citer cinquante autres qui ont mis libéralement leur or au service de la même cause.
Le richissime américain John Jacob Astor qui vient de mourir à New-York comme le plus simple des mortels, quoiqu'il fut affligé de $150,000,000, avait versé, il y a plusieurs années déjà,un million pour la création d’une bibliothèque populaire qui porte son nom.
M. Astor ne s’est point borné à ce cadeau princier. Par son testament qui vient d’être rendu public, il lègue à la même institution une autre somme de $400,000 et $50,000 en sus pour les membres du conseil d’administration de cette bibliothèque.
Dans le même temps que le Crésus newyorkais, le Dr. Rush souscrivait un million & aux mêmes fins, Peaboby deux millions. et | Crerar léguait par testament à la ville de k
Chicago $2,500,000.
Enfin, dans ces derniers temps, un écossais à qui à fait sa fortune en Amérique, M. Car- h negie, surnommé ‘le roi de l'acier,” offrait M à son tour une somme de un million de M
piastres pour une bibliothèque centrale gra-
tuite et des succursales à établir dans la ville ! de Pittsburg. Ce dernier établissement vient #
d’être ouvert au public. L'édifice qui est en granit a coûté à lui seul $300,000. Il contient
outre la bibliothèque même, une galerie d’cb- M
jets d’arts et une salle de concert.
Il ne faut pas croire qu'aux Etats-Unis l’on à a toujours procédé ainsi par millions ou À
demi-millions.
A côté de largesses quasi-royales, il s’est À rencontré des souscripteurs ou des collabora- M teurs qui, pour avoir été plus modestes dans M le chiffre de leur apport, n’en ont pas servi M moins efficacement la cause de l'instruction M populaire. Il suffit de citer le nom de M.John « Bates qui fut le premier citoyen à doter sa ! ville natale — Boston — d’un legs en argent ! pour une bibliothèque. IL lui légua en 1864 #
$50,000 avec, comme supplément, une collec-