‹ Les bibliothèques populaires [microforme]Chapitre 7 sur 26 · DRE PE ERA · texte numérisé non relu

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généreuse, procédant de certains motifs qui m'ont vivement frappé. C’est d’abord le rôle moralisateur de l’école bien entendue, de l’école telle qu’elle doit être. Plus vous instruisez le peuple, plus vous ouvrez et vous éclairez son intelligence ; plus vous faites surgir et développez en même temps le sentiment de sa dignité et cette légitime fierté qui le retiennent dans la voie droite et l’empêchent de choïr au premier obstacle.

‘On a beau dire, l’ignorance est toujours une infériorité, et le savoir une grande force morale, une protection contre les défaillances. Que de fautes, que de crimes même, qui peuvent conduire jusque devant les cours d’assises, flétrir toute une existence, briser et déshonorer toute une famille, ne proviennent que de l'ignorance des droits que l’on peut exercer, ou d’une fausse notion des devoirs que lPon à à remplir! Combien de malheureux se sont laissés entraîner sur la pente du crime et ont fait des chutes irréparables, uniquement parce qu'ils n'avaient pas conscience de la responsabilité terrible qu'ils assumaient en commettant telle ou telle action, parce qu’ils n'avaient pas entrevu toutes les conséquences que leur acte pouvait faire peser sur eux |

‘* Vous avez en ce moment, dans presque tous les pays, le spectacle de ces grèves regrettables, — heureusement elles n’existent point chez nous—qui paralysent le commerce et l’industrie, qui apportent la souflrance, la gène, la ruine chez l’ouvrier et le patron ; qui font asseoir au foyer naguère

souriant, la faim, les larmes et le deuil. Et pourquoi? Parce que l’on semble avoir une fausse notion, une idée inexacte des droits à exercer, des devoirs à remplir. Sans doute que ces associations ouvrières sont bonnes et légitimes, quand elles savent se maintenir dans une juste limite, quand elles comprennent et admettent que la liberté des uns finit et doit s'arrêter là où commence le droit des autres. Mais disons-le, ce qu’il y a de regrettable, ce sont les excès, les envahissements, les menaces et les violences. Et d’où viennent ces écarts? Je ne saurais trop le répéter, ils proviennent de la fausse notion que l’on a de ses droits et de ses devoirs. Or, en fréquentant ces classes du soir, l’ouvrier, le traailleur — qui, après tout, est le cœur même de la nation, qui fait sa richesse et sa grandeur dans les champs ou dans l'atelier, — l’ouvrier, le travailleur se met en mesure d'étudier ces grandes questions si intéressantes, si vitales du travail et du capital ; il acquiert le pouvoir de se renseigner aux sources mêmes du savoir — car il y a eul de belles et de grandes pages d’écrites sur ce sujet. [lapprend à tracer sa voie dans le vrai chemin, sur les hauteurs saines et éclairées de la justice, du droit, de la grande et large humanité. Au lieu de suivre les conseils des meneurs qui l’exploitent et vivent de sa faiblesse et des larmes de sa famille, il apprend à regarder les choses de plus haut et de plus loin, à prévoir ét à éviter les conséquences, souvent irréparables, d’une déci-

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sion prise à la hâte et sous l’empire d’une irritation passagère.

‘* Eu instruisant l’ouvrier, vous lui donnez, en outre, pour ses heures de loisir, pour ses soirées au foyer, l'après le rude et v: aillant labeur du jour, une saine et vivifiante récréation par la lecture en famille, qui le retient à la maison, qui fortifie les liens sacrés du foyer et le sauve souvent du cabaret, ce danger auquel tant de belles intelligences vont se heurter et se briser. L’ouvrier éclairé sur ses droits et ses devoirs comprendra que l’émancipation sociale si hautement préconisée par de prétendus amis des travailleurs consiste dans l’association des forces, par l’intelligent accord des deux grandes puissances productives : le capital et le travail ; par la solidarité, réalisée enfin, des intérêts. Et, comme l’a dit un grand écrivain, contre cette tendance libératrice, rien ne prévaudra, non rien; car

les victoires de l’erreur et du mal, si multi-

ples qu’elles soient, sont, après tout, passagères: iln’y a d’ absolument invincible, que la justice et la vérité. Ah! que les ouvriers les connaissent done, les deux grands ennemis de la famille. Je les dénonce, et je vais les nommer ; ce sont: la cupidité, en haut, et, en bas, la misère, Chacun pour soi; telle est, en dehors de la famille, la maxime dominante. Pour mettre fin à cet esprit de méfiance, d'antagonisme qui existe entre l’ou-

1 — Parlant du livre, Jules Simon écrivait naguère que c'était le protecteur par excellence du foyer,

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vrier et le patron, il suflirait aux uns et aux autres d'accepter ce grand précepte du Christ: ‘* Aimez-vous les uns les autres.” Le moyen de bien comprendre ce précepte, d’en apprécier toute la sagesse, c'est de s’intruire, et voilà pourquoi ces écoles du soir sont destinées à opérer tant de bien, en permettant à l’ouvrier d'ouvrir son intelligence, d'élever son âme et de comprendre sa mission dans la société.”

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