‹ Les bienfaiteurs; comédie en quatre actesChapitre 126 sur 135 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

PAULINE

I OU ! je sais ! 11 y a, dans les philosoplies, des excuses pour loiiies les mauvaises actions.

VAI.EXTIN SALVIAT, s\uufnunt.

Mauvaises actions... Ah (^à ! tu crois donc en avoir fail heaucoup de bonnes, toi, depuis un an?

PAULINE

Sans doute.

VALENTIX SALVIAT

Tu te trompes. Je suis désolé de te le dire, mais tu te trt)mpes. J'aurais voulu, à la fin de cette expérience, vous éviter, à tous les deux, l'immiliation d'en récapiluler les résultats ; puisque tu y tiens, comptons. Je dis <pie ta charité, aveugle, maladroite, brouillonne, a fait plus de mal que de bien... Voyons, parlons-en. Oîi sonl-ils, les gens que lu as secourus ? Est-ce le régénéré en ribotte, qui n'avait jamais été condamné et qui s'était paré d'un faux casier judiciaire pour mériter votre bienveillance ? Est-ce ta bonne, Ion ancienne bonne, que tu as jetée dans le vice parce (jiie ta bouté t'interdisait de lui faire une observation et qui n'a plus trouvé à se placer en sortant de ihez toi ? — Est-ce ton ouvrière, dont ta charité désordonm-e a fait une mendiante ? Oîi sont-ils les résultats ? Ah ! ])ardon ! — Il y en a un : pendant que vous soulagiez de faux voleurs, vous refusiez un secours à une femme qui s'est suicidée avec ses enfants! Aotre charité sans discernement a causé plus de mal que de bien. Cette charité-'.à augmente le nombre des mendiants sans diminu'r celui des pauvres.

lANDHECV

Peut-être, en effet, les efforts de Pauline ont été inu-

tiles, mais elle n'a pas moins le mérite de les avoir tentés.

VALENTIN SALVIAT

Le mérite ! Le mérite ! — Alors, vous croyez avoir eu du mérite, l'un et l'autre, depuis un an ?

LANDRECY

Ce n'est pas notre faute si nous n'avons rencontré que des ingrats.

VALENTIN SALVIAT

Enfin, le voilà donc prononcé le mot que j'attendais, le grand mot : les ingrats!... Alors, quand vous croyez avoir été bons, à votre avis, on vous doit de la reconnaissance ? Ah ! vous donnez dix sous, cent sous, et il faut qu'on vous rembourse cette dette par des années de dévouement et d'admiration ; vous donnez du métal et vous voulez qu'on vous rende de l'amour ! Vous n'êtes pas dégoûtés, mes gaillards, et vous ne perdriez pas au change ! Pour vous, pour vous tous, les bienfaiteurs, la reconnaissance est une dette ; si on ne vous l'acquitte pas, il vous semble quon vous vole quelque chose. Mais, alors ! v^ous n'avez donc donné que pour recevoir ? Et s'il en est ainsi, je me demande où est votre bonté ! — Adieu ! fil va pour sortir. Entre George tir.)

GEOHGETTE

Monsieur Yalentin Salviat, je voudrais causer seule avec vous.

VALENTIN SALVIAT

Avec moi !...

GEORGETTE, à Lanch-eci/.

Tu le permets ? [Hésitation de Landree\i.\ Je t'mi |)ri(\.. [A Pauline.) Je l'en prie...

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