‹ Les bienfaiteurs; comédie en quatre actesChapitre 33 sur 135 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

venue, je VOUS aurais salué comme on salue n'imporle qui. [Un froid. Quel beau temps, n'est-ce pas?... .le suis certaine qu'il ne fait guère plus cliaiid eu Afrique.

VALEMIX S.VLVIAï

A peine, madame...

MADAMK LE CATELJER

Vous n'avez pu résister au désir de revoir votre pays, monsieur, et, sans doute, vous allez consacrer voli-o immense fortune à des œuvres de charité ?

VALENTIX SALVIAT

La chainté ! Ah çà ! on ne parle plus que de charilé, en France. C'est donc la mode ?

MADAME LE CATELIEH

Oui... Un beau jour, on s'est aperçu qu'il y avait des pauvres... Alors, on s'est dit : « Tiens! si on essayait de les soulager? »

MADAJIE PAILLEXCOURT

On ne serait pas une vraie femme du monde, maintenant, si l'on ne faisait partie d'une œuvre de charit»'.

MADAME DEST0LHMI;L

Est-ce que ce n'est pas une de vos premières préoccupations, monsieur ?

VALEXTIX SALVIAT

Mon Dieu, madame, je vais certainement vous paraître un monstre, mais je ne sais plus mentir depuis que je n'en ai plus besoin. Je reviens d'un pays où régnait le droit du plus fort. Parmi tous les hommes qui m'entou-i raient, il n'y en avait certainement pas un qui ne fut prêt à me tuer comme un simple lapin pour s'approprier ma fortune. Ma règle de conduile tient donc dans ces

44 LES BIEJNFAITEUUS

trois petits mots : « D'abord, moi. » Et comme le disait un Anglais : « Je suis homme, et tout ce qui n'est pas moi m'est indifférent. »

MADAME LE CATKLIKK

Mais vous n êl(^s ])lus en Africpie.

VALKNTIN SALVLVT

(^u'y a-t-ii de changé ? Pensez-vous qu'à Paris, il y ait cent hommes qui ne me tueraient pas s'ils devaient hériter de moi et si l'impunité était certaine ? Croyezmoi, d'être très riche, cela ne fait pas aimer ses semblables.

MADAME LE CATELIEH

C'est là, sans tloute, le châtiment de la trop grande fortune.

VALENTIX SALVIAT

Vous ne supprimerez pas la misère.

MADA:MK PAILLENCOURT, trrfs IVlive.

Ça, c est vrai. Jésus-Christ a dit : « Vous aurez toujours des pauvres parmi vous... » C'est peut-être pour laisser aux riches le plaisir de ranniôiic

VALENTIX SALVIAT, riant.

Pas du tout. C'est pour fournir une occupation aux femmes du monde.

PAi;i,i\E Ne prenez pas à la lettre ce que dit nu m ircrc mesdames; il aime le paradoxe. J'ii-ai vous voir demain, si vous voulez, pour nous enlreleiiir des (l'uvi'es... car devant lui...

MADAMi'. LE C \ I EI.IEIl

C'est cela, à demain. [A Vnirntiii Snhiat, en lui //■//fiant la main.) Médez-vous de votre cœur, monsieu"-, il

Page 1