SCÈNE XY
BÉRARDIER, POLYMNIE, puis BERTIIE.
BÉRARDIER
Quel tissu d’horreurs !... mais j'y songe... Cette jeune fille pauvre qu’il nous a recommandée.
POLYMNIE, montrant la droite.
Elle est là...
BÉRARDIER
L’infortunée ignore sans doute dans quelles mains elle est tombée. Notre devoir est de lui ouvrir les yeux... ouvrelui la porte.
POLYMNIE, ouvrant la porte de droite.
Sortez mademoiselle !... Elle dort !
LES BIENFAITS BÉRARDIER, I* regardant dormir.
Malheureuse jeune fille!... Elle sommeille sur un abîme; éveillons-la... (Appelant.) Mademoiselle de Meirimac...
BERTHE, sortant de la chambre de droite.
Hein?... Quoi ? je rêvais la closerie !
BÉRARDIER, vivement.
Mademoiselle, il ne s’agit plus de dormir, partez... l’air qu’on respire ici est empoisonné.
BERTHE, respirant.
Allons donc l ça sent le musc.
BÉRARDIER
Je parle au figuré... Ah ! pauvre enfant... vous ôtes dans de beaux draps l
BERTHE
Dans de beaux draps?...
BÉRARDIER
Ce Champavert, il vous faisait de belles promesses, n’estce pas?... il vous ouvrait des horizons semés de guipure et d’armoires à glace ?
POLYMNIE
Quelle horreur !...
BÉRARDIER
Il cherchait à l’enguirlander, t’est clair, naïve enfant ; ce mouton, cet agneau, c'est un tigre qui voulait vous dévorer.
BERTHE
Me dévorer, il n’a plus de dents,
BfRARDIER.
Je parle encore au figuré; mais puisqu’il faut vous mettre les points sur les I, sachez-le, fille innocente : jl avait formé le projet de vous placer dans sa collection.
zecLhy
DE CHAMPAVERT
BERTHE
Dans sa collection 7
BÉRARDIER
Bref I il a tenté de séduire ma femme et il voulait vous séduire aussi...
BERTHE
Me séduire !... Ah çà! mon cher monsieur, nous ne nous entendons plus du tout.
POLYMNIE
Comment?
BÉRARDIER
Vous dites ?
BERTHE
Je dis que voilà assez longtemps qu’elle dure... J’espère que vous n’allez pas la continuer davantage, hein?...
BÉRARDIER, Alourdi.
Hein !... s’il vous plaît... je ne vous comprends pas... BERTHE.
Moi, je vous comprends encore moins.
BÉRARDIER
Est-ce que par hasard vous ne seriez pas de la première noblesse du Bcrri ?
BERTHE
Moi I je ne suis pas même de la dernière... il n’y a pas encore six mois que je gardais des dindons.
BÉRARDIER i
Et à présent?...
BERTHE
A présent, ce sont des dindons qui me gardent. Décidément, il n’y a que la Closerie au monde...
Ata: L'amiral Comarius.
A ces regards langoureux,
A tes yeux noirs, à ces thevettx;
n LES BIENFAITS
D’ébène, bène, bèoe. (Quater en chœur.)
De no* bal», de nos galas.
Quoi, vous ne reconnaisse* pas,
La reine, reine, reine ï ( Quater en chœur.)
Amour, danse et carnaval,
Tout le reste m'est bien égal,
Amour, danse et carnaval,
Voilà le refrain géuéral.
J'aurais aimé la vertu,
Si les hommes m’avaient paru Moins bêtes. [Quater.)
Mais il faut me pardonner,
La m’amus’ de faire tourner * Leurs têtes, têtes, têtes. [Quater.)
Amour, danse et carnaval, etc,
A ce jeu j’ai tant de goût,
Que toujours, quand même et partout,
Je danse. (Quater.)
Et je m'élève aussi liant,
Que les femm’s les plus comme il fan De France! (Quater.)
Amour, danse et carnaval,
Le reste m'est bien égal l Amour, danse et carnaval,
C’est le refrain général.
(Elle danse.)
POLYMNIE
Ciél !... , ...
BKIUBDIER, sévèrement.
Polymnie ne regarde pas mademoiselle deMerrimac !...
BERTHE
Eh! il est bon l’autre!... avec sa Merrimac !... Parole
d'honneur, vous Êtes épatant 1...
BÉRARDIER, éclatant.
Une sauteuse chez moi... Comment Champavcrt nous donne encore des cabrioleuscs à garder !... Oh ! mais cet homme n’est plus une vipère, c’est un serpent boa, je suffoque !... (H tombe assis.)
Sortez, mademoiselle !...
.Digitiz
UE CIIAMPAVERT
BÉRARDIER
Arrière Cléopâtre que vous êtes...
POLYMNIE
Oh ! mon Dieu !... je crois entendre la voix de monsieur Célcslin...
BERTHE
Céleslin !... (Écoulant.) En effet ! est-ce qu’il serait ici pur hasard?... (On entend du bruit dans l'escalier.)
BÉRAROIER, lui montrant la gauche.
Par ici! affreuse bloomériste...
BERTHE, saluant.
Monsieur, madame!... Célestin fci!... Diable !... Je rcviendrai!... (Elle sort par lo fond à gauche.)