‹ Les bienfaits de Champevert comedievaudeville en un acteChapitre 2 sur 27 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CHAMPAVERT, seul.

Allons! ça s’arrange... ça prend de la couleur... je commence à me faire une clientèle... Nous disons donc trois mille francs à Bérardier... Ai-je bien fait d’abandonner ma profession de bombeur de verres et de quitter Chàteau- Chinon, pour venir à Paris chercher la gloire, dont j’avais soif?,.. Je me rappelle que ça m’est venu en lisant un rapport annuel sur les prix de vertu.,. Au fait, me suis-je dit subitement quand j’aurai bombé des verres pendant vingtcinq ans dans une sous-préfecture de deuxième classe, qui diable saura seulement mon nom?... On ne se figure pas comme c'est désagréable de s’entendre dire : Gustave qui était au collège avec toi, il a percé lui, il fait des vaudevilles... tout le monde le connaît... Antoine... le petit Antoine! Oui, eh bien ? Eh bien! il s’est fait couronner dernièrement, roi d’Araucanie... ou encore de saisir au passage des phrases comme celle-ci : Connaissez-vous

Machin? — Parbleu, qui ne connaît pas Machin ! il est le seul qui ait prédit la dernière comète... Iîh bien non! me suis-je dit, je ne vois pas de quel droit Machin serait célèbre, quand je suis inconnu ; moi aussi je veux sortir de la foule, moi aussi je veux voir mon nom répété par les journaux du soir et par les journaux du matin... mais s’il m’est impossible -de me faire connaître en gagnant des batailles ou en fabriquant des tragédies, j’ai encore une ressource, c’est de m’illustrer par mes bienfaits... Oui... c’est en faisant des heureux que je veux devenir un objet d’admiration pour mes concitoyens, je veux avoir une place parmi les hommes de Plutarque, j'embrasse pour la vie le métier de sauveteur.

Air :

Des tout côté les places étaient prises,

Littérature, ou commerce, ou barreau.

Ma gloire, hélas! parmi tant d’entreprises,

Serait restée au-dessous de zéro ;

Mais cet argent qu’en bienfaits je dépense De m’illustrer est le plus sûr moyen,

Car on n’a pas beaucoup de concurrence Dans un métier oii l’on mange son bien.

Voyons un peu mon carnet :

« t° Chercher par terre et par eau le jeune Célestin Péchinard, le fils de la maison Péchinard avec laquelle ma famille est à couteau tiré depuis vingt ans... une fois trouvé, rendre à cet ennemi intime tous les services imaginables... le coucher sur mon testament. » (Parié.) Je crois que voilà une vengeance qui fera du bruit... ( Usant. ) « 2° Nourrir, chauffer, établir et sauver du gouffre parisien, l’intéressante jeune fille que le hasard a placée sous ma protection. . . » Allons Champavert songe à Titus... il s’agit de ne pas perdre sa journée.

DE CHAMPAVERT

Page 1