‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 39 sur 88 · Mort en · texte numérisé non relu

Mort en

aux vingt-deux royaumes qui formaient son empire, et pour parsemer l'Inde, de Bénarès jusqu'à Lahore, de monuments merveilleux.

Il ne savait, paraît-il (i), ni lire ni écrire, mais son esprit curieux le portait à s'entourer de lettrés. Son premier ministre, le cheik Aboul Fazel, avait surtout une haute réputation de savoir, et un proverbe usité en Orient disait que « les monarques de l'Asie sont plus effrayés de la plume d'Aboul Fazel que de l'épée d'Akbar. »

Fastueux comme tous les princes de sa race, fantasque aussi comme eux, Akbar était cependant bon et ouvert aux pensées généreuses. Une de ses femmes, la reine Marie, la mère de son successeur Jehanghir, était portugaise et chrétienne, et l'on ne peut manquer de reconnaître son influence dans les bontés qu'Akbar prodigua durant son règne aux chrétiens.

Akbar connaissait d'ailleurs d'autres chrétiens. Il avait à son service un savant officier portugais, Pierre Tavarès, qu'il avait nommé capitaine d'un des ports du Bengale. Un jour, l'empereur, causant de religion avec Tavarès, lui exposait ses doutes, son mépris de l'Alcoran, et il lui demanda quels étaient les livres sacrés des chrétiens et s'ils avaient des docteurs capables de les défendre.

I. P. de Guzman, Historia de las Misipties, etc. le témoignage du P. Jérôme-Xavier.

Bartoli. — D'après

AKBAR. LA MISSION DE MOGOLIE

Tavarès dit tout ce qu'il savait de l'Ancien et du Nouveau Testament, et recommanda au prince les Jésuites de Goa, lui assurant que, s'il en faisait venir un près de lui, il en apprendrait beaucoup plus que de tous les gourous et de tous les brahmes de l'Inde. Comme preuve de la droiture des chrétiens, Tavarès raconta que, deux missionnaires jésuites étant venus prêcher l'Evangile dans son port du Bengale, ils avaient forcé les chrétiens de payer au fisc les impôts convenus pour le droit d'entrée des vaisseaux, et qu'ainsi un gros bénéfice en était revenu au trésor royal.

Cet acte de loyauté était bien fait pour plaire au Grand Mogol, qui fit aussitôt venir à sa cour un certain Egidio Anes Pereira, vicaire du poste de Satagàn. — Ce Pereira était un fort saint homme et donnait bien à l'empereur une idée de la vertu chrétienne, mais il n'était pas assez savant pour accepter des controverses publiques avec les mahométans. Il conseilla, lui aussi, à Akbar de s'adresser à Goâ.

De plus en plus curieux de connaître le christianisme, le Grand Mogol envoya donc au vice- roi des Indes portugaises et au Père Provincial de Goa une ambassade solennelle chargée d'obtenir des missionnaires. La lettre que l'ambassadeur devait remettre au Provincial était conçue en ces termes : « Au Père Supé- » rieur, au nom du Seigneur. Lettre de Celad Edim

Acquaviva.

86 L. III. — c;oA.

» Mehamed Akbar, roi institué par la main de Dieu. » — Pères vénérables du Collège de Saint-Paul , » sachez que je suis plein de bienveillance à votre » égard. Je vous envoie Ebadola , mon légat, et » Dominique Perez (i) (un Armémien chrétien qui » servait d'interprète). — Ils vous demanderont de » m'envoyer deux Pères savants et les livres de votre » loi, que je désire beaucoup connaître et dont je » désire sincèrement comprendre la perfection. Que » ceux qui viendront sachent bien que je les recevrai » favorablement. Quand j'aurai suffisamment connu » votre loi et sa perfection, ils pourront s'en aller, s'il » leur plaît, je les renverrai escortés et grandement » récompensés. Qu'ils viennent sans crainte , leur » défense reste à ma charge. »

L'ambassade Mogole parvint à Goa au mois de septembre 1579. On la reçut avec l'apparat usité à l'entrée d'un nouveau vice-roi. Le vaisseau de la couronne avait été l'attendre à trois lieues du port : elle fut accueillie par toute la noblesse portugaise. Après avoir fait ses visites au vice-roi et à l'archevêque, Ebadola, suivi d'une brillante escorte de cavaliers, se rendit au collège de Saint- Paul et remit solennellement au P. Provincial la lettre de l'empereur. Admis ensuite dans l'église, il s'approcha du tombeau de François Xavier et le vénéra longuement.

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