‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 56 sur 88 · DERNIERS EFFORTS. — RETOUR A GOA. \2J · texte numérisé non relu

DERNIERS EFFORTS. — RETOUR A GOA. \2J

Pvlogolie avec le P. d'Acquaviva. Peu après son départ, Akbar dut réprimer une révolte survenue dans le royaume de Cambaya, mais, sitôt rentré à Agra, il redemanda Rodolphe. On répondit en lui annonçant le martyre de l'apôtre. L'empereur désolé se reprocha toujours d'avoir laissé partir son ami ; il réclama du moins d'autres missionnaires. Le 15 mai 1595, le P. Jérôme Xavier, celui qui devait être l'apôtre d' Agra et de Lahore, arrivait près d'Akbar (i). On le reçut comme on aurait voulu recevoir Rodolphe. Akbar lui montra le tableau de la Vierge, présent d'adieu de Rodolphe, et qu'il gardait, lui musulman, suspendu dans sa chambre. Il lui montra aussi la bible que les missionnaires lui avaient apportée en 1 580. Il ne cessait de parler de son ami, racontant des traits de ses vertus, et s'interrompant pour redire : « Quel ange, quel ange c'était ! »

Durant son long apostolat à Agra et à Lahore, le P. Jérôme Xavier eut toujours une pleine liberté. Il put élever à Lahore une église que la Compagnie de Jésus possédait encore à la fin du XVI 11^ siècle. Quand elle fut achevée, Akbar vint y prier avec un grand respect. La chrétienté d'Agra s'accrut rapidement ; Akbar cachait de moins en moins son mépris pour l'Alcoran. Il portait parfois à son cou, suspendue

I. Le P. Jérôme Xavier était le neveu du grand apôtre des Indes, François Xavier. Le père de Jérôme était le frère aîné de Xavier.

128 L. IV. — FATEHPOUR.

par une chaîne d'or, une image de Notre-Dame et un Agnus Dei.

Il eût été chrétien si le christianisme n'avait pas exigé d'autres vertus. Mais Akbar restait sensuel et superbe. Chaque jour il adorait le soleil, et quatre fois par jour il se présentait à une fenêtre de sa forteresse : son peuple venait le vénérer et les femmes lui portaient leurs enfants à bénir.

Dieu ne lui ménageait pas ses avertissements. La foudre tomba deux fois près de lui, et incendia si complètement son palais d'Agra, qu' Akbar dut momentanément transporter sa cour dans le royaume de Cachemir. Mais, comme il arrive aux consciences troublées et inconséquentes, l'empereur feignait de ne pas comprendre la volonté de Dieu, ou cherchait à la connaître par des moyens ridicules.

Il enferma unjour,racontele P.Jérôme Xavier, trente enfants dans une maison retirée. Il voulut qu'on les laissât grandir dans leur solitude, et jura d'embrasser la religiondu peuple dont ces enfants laissés à eux-mêmes parleraient la langue. Il va sans dire que ces enfants ne parlèrent aucune langue, et qu'Akbar n'eut à embrasser aucune religion nouvelle.

Une autre fois, il fit écrire sur des billets le nom des fondateurs de religion : Moïse, Lycurgue, Mahomet, Camo du Japon, JiLsus, puis il présenta ces billets à une guenon apprivoisée. L'animal, dirigé peut-être par

Page 1