‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 55 sur 88 · RETOUR A GOA. I · texte numérisé non relu

RETOUR A GOA. I

Loin de diminuer les marques de bienveillance, il fit entendre que sa nouvelle évolution était un acheminement latent vers la conversion de son penple au catholicisme, que la preuve de ses bonnes intentions était le soin qu'il prenait de faire élever son fils par le missionnaire. Rodolphe, plus attentif aux actes qu'aux paroles d'Akbar, montra qu'il n'était point dupe de ce jeu.

Aussi bien, le Provincial de Goa insistait de nouveau pour qu'Acquaviva revînt de Mogolie, en dépit même de l'opposition d'Akbar. Aussi, se présentant un jour à la cour, le missionnaire alla droit au prince, qu'entourait tout un cortège de seigneurs, et lui demanda vivement la permission de partir. Le roi refusa encore, ^t, chose étrange, ces musulmans, qui détestaient la foi du prêtre, s'étaient tellement habitués à vénérer sa personne, qu'ils le supplièrent, eux aussi, de ne pas les abandonner. Mais quand il s'agissait d'obéir, Rodolphe était d'une énergie obstinée. Il revint donc à la cour et fit tant d'insistance, que, malgré son chagrin, Akbar dut consentir à lui donner son congé. Il lui fit seulement promettre, avec serment, qu'il enverrait à la Mogolie des missionnaires, et que lui-même y reviendrait s'il le pouvait jamais. Puis, voulant lui donner une dernière marque de sa royale faveur, il lui offrit un khillat ou présent, d'une valeur de plusieurs milliers d'écus. Rodolphe le refusa, affirmant qu'il était

126 L. IV. — FATEHPOUR.

décidé à partir de la cour aussi pauvre qu'il y était venu. Le roi insistant néanmoins, et assurant qu'il devait à son honneur de ne point laisser un homme qu'il aimait tant s'éloigner sans récompense, Rodolphe demanda une famille de Moscovites chrétiens et esclaves du palais. Elle se composait du père, de la mère et de deux petits enfants. Le roi et surtout la reine Marie les aimaient, mais on les donna pourtant à l'apôtre, et ces quelques âmes furent le seul trésor que Rodolphe d'Acquaviva rapporta à Goa.

En revanche il laissa au roi son beau tableau de la Madone et ses livres liturgiques, espérant qu'ils serviraient aux missionnaires à venir, mais Fatehpour ne devait plus revoir de missionnaires chrétiens. Un an plus tard, en 1584, Akbar lui-même l'abandonnait.

Aujourd'hui, dans le palais de la reine Marie, un des mieux conservés du Zenanah ou harem de Fatehpour, on voit diverses salles ornées de fresques. Une de ces peintures représente une Annonciation de la Très- Sainte Viej^ge. Evidemment contemporaine de l'apostolat d'Acquaviva, cette fresque chrétienne, oubliée dans ce palais désert, est un mélancolique emblème de l'Évangile qui fut annoncé à Fatehpour mais qu'on n'y reçut point.

Le catholicisme cependant ne disparut pas de la

Page 1