‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 126 sur 250 · BRACELET EN PERLES DE LAPIS, DE CORNALINES, ETC · texte numérisé non relu

BRACELET EN PERLES DE LAPIS, DE CORNALINES, ETC

reproductions de peintures égyptiennes, ainsi que la façon dont ils étaient portés. Ils y sont figurés par une bande de couleur rouge ou bleue. On se rappelle que le large collier y est représenté par le même procédé, d'où il semble résulter que colliers et bracelets étaient com-

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posés des mêmes matières. Us se portaient par quatre : un à chaque poignet et un à chaque bras au-dessus du coude. Le Louvre possède (salle civile Q) :

I® Un bracelet de cornalines taillées un peu en forme de navettes,

enfilées sur deux rangs parallèles, qui alternent avec trois rangs simples de grains de cornaline -,

2° Deux autres bracelets qui font la paire, composés chacun de quinze rangs de perles tubulaires en lapis courant parallèlement autour du bras, et dont la note bleue est coupée dans l'autre sens, à chaque demi-douzaine de perles, par trois perles d'or de même grosseur qui forment une série de zones jaunes de toute la -largeur de l'objet. Toutes ces perles sont enfilées par des fils de métal qui ont assez d'élasticité pour épouser la forme du bras sans grand effort. Les deux extrémités de ces fils sont fixées dans des boîtes en or faisant fonction de fermoirs;

3° Enfin un quatrième du même genre que ces derniers, mais plus large, et composé de vingt-quatre rangs de perlettes en lapis ou pâtes bleues, alternant par travées avec des coraux ou pâtes rouges.

Le British Muséum conserve un bracelet composé de trois rangs de petits disques d'or enfilés, et une paire de bracelets plats, larges de cinq centimètres chacun, divisés en cinq zones sur la largeur, chaque zone formée par un chevron d'or et un chevron d'émail alternés, l'émail ayant été incrusté dans le métal où des vides ont été réservés. Ce genre de bracelet est rigide. La partie du dessus, formant à peu près un tiers de la circonférence, s'ouvre à l'aide de charnières très fines, pour laisser libre le passage de la main ou du poignet. Le dessus représente une divinité quelconque assise entre deux urœus. Ils sont au nom de

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Nemrod, de la XXII® dynastie, et nous sont parvenus passablement détériorés.

Voilà un assez maigre butin. Pour le compléter, il faut avoir recours aux dessins et aux peintures, car on ne rencontre dans les basreliefs ou statues aucune trace de ce bijou, tandis que, on se le rappelle, nous y avons trouvé le collier.

Il y a encore au Louvre deux larges bracelets d'or qui ont vrai-

semblablement été incrustés de pâtes de verre de diverses couleurs, taillées suivant les formes des alvéoles qu'elles remplissaient. Ils sont formés chacun de deux demi-cercles rigides réunis par des charnières. Le dessin qui orne ce demi-cercle est exécuté à jour dans une sorte de cadre. L'un d'eux représente un animal ailé accroupi et tourné vers une fleur de lotus. Il est répété sur chacun des demi-cercles. L'autre, un lion dans la même position, au milieu de fleurs de convention. Il est également répété.

Le dessin de ces pièces est loin de répondre à ce qu'on serait en droit d'attendre des artistes qui ont exécuté les belles bagues et lès délicieuses amulettes que nous avons étudiées ; il est d'une infériorité notoire et l'exécution en est assez grossière.

Les Égyptiens ont possédé à différentes époques le grand art d'indiquer, par quelques lignes d'une justesse remarquable, l'allure et le caractère du sujet qu'ils avaient à représenter, et l'on reste étonné en face de ces deux bracelets. Ils sont absolument enfantins. Malgré cette

infériorité, il importe néanmoins de constater que ce sont les seuls bracelets d'or égyptiens que possède le Louvre, et Je crois qu'il faut bien se garder de les considérer comme des échantillons. Les jolis pectoraux incrustés également de pâtes de verre, qui figurent dans les vitrines voisines et dont je parlerai plus tard, nous montrent assez avec quel art et quel goût les Égyptiens exécutaient ces travaux d'émaux, et quelquefois de pierres dures taillées dans des alvéoles, de

BRACELET FAIT DE PEKLETTES DE COULEUR ENFILEES, TROUVÉ DANS LA SEPULTURE DE LA KEINE AAH-HOTEP.

façon à produire des dessins en mosaïque de différentes couleurs, dont les indications linéaires étaient données par les cloisons d'or. Je serais plutôt tenté d'attribuer ces deux bracelets à une mauvaise époque. Le catalogue ne les mentionne pas; c'est dire qu'ils ne sont classés ni historiquement ni chronologiquement.

Le Musée de Boulaq conserve des bracelets qui ont été trouvés dans la sépulture de la reine Aah-Hotep.

C'est d'abord un bracelet à double charnière, comme ceux décrits plus haut. Les figures d'or sont finement gravées sur un fond de pâte de verre bleu imitant le lapis.

Un autre bracelet composé de deux demi-cercles rigides réunis par une charnière. La partie extérieure représente un vautour, les ailes déployées. Les plumes sont en pierrettes de lapis, de cornaline et de

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pâte de verre couleur de feldspath, enchâssées dans des cloisons d'or. La partie postérieure, plus mince, est formée de deux bandeaux parallèles ornés de turquoises. Ce bracelet est énorme. S'il a servi, il a pu, à cause de sa dimension, n'être porté qu'à l'humérus.

Deux autres bracelets faits de perles d'or, de lapis, de cornaline rose et de feldspath vert, enfilées de façon à produire un Joli dessin et une grande harmonie de couleurs.

Enfin, quelques grands anneaux creux et d'autres pleins ayant dû servir au même usage. Mais ce sont là des bijoux royaux, et si nous devons juger dès à présent du rôle que jouait la bijouterie dans la civilisation égyptienne, nous pouvons conjecturer que, pendant bien longtemps, elle a consisté en objets faits de pâtes de verre, de schistes émaillés, de verroteries enfilées, rappelant autant que possible les onyx, les sardoines, les lapis, les cornalines et les turquoises, qui, en leur qualité de pierres fines, étaient plus spécialement réservés aux personnages de la classe supérieure, que les bijoux d'or ont pendant longtemps été rares et que le précieux métal a été spécialement réservé à fabriquer des sceaux ou des ornements royaux et sacerdotaux, et quelquefois des présents émanant de la munificence royale. Il est vraisemblable qu'ils le tiraient des hautes montagnes, vers le Nil supérieur. Diodore de Sicile décrit une région aurifère au sud de l'Egypte, entre les confins de l'Arabie et de l'Ethiopie. Les mines étaient détenues par les Éthiopiens, avec lesquels les Égyptiens étaient en état de guerre perpétuelle et auxquels le sort des combats devait livrer ^et empire des Pharaons (XXV® dynastie) dont ils avaient été longtemps tributaires.

Du reste, cette présomption, que les matières précieuses entraient dans les coffres royaux beaucoup plus par droit de conquête que comme résultat d'exploitations minières, est confirmée par l'inscription hiéroglyphique gravée sur le rebord du vase d'or qu'on voit au musée du Louvre, dans la vitrine H (numéro 358), vase dont je n'ai malheureusement pas à m'occuper ici, cet objet appartenant à la catégorie des pièces d'orfèvrerie. Voici cette inscription telle que la donne le catalogue* :

« Don de récompense royale fait par le roi de la haute et basse Egypte, Touthmès III, au noble chef, divin père, aimé de la divinité,

I. Catalogue des Antiquités égyptiennes, par P. Pierret (1877).

asa LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

remplissant le cœur du roi (c'est-à-dire accomplissant sa volonté) en tout pays et jusque dans les îles de la mer (Méditerranée), remplissant les magasins de lapis, d*or et d'argent; gouverneur des contrées et gouverneur des troupes, favori de Dieu, bon maître des deux pays, (le roi) le basilicogrammate Toth, véridique. »

Le catalogue ajoute : <c II ressort de cette inscription que le plateau dont il s'agit a été, ainsi que le suivant, offert par le roi Touthmès III au fonctionnaire Toth, comme récompense de ses services. :»

Il est facile de voir que ces services consistaient principalement à remplir les magasins du roi de lapis, d'or et d'argent. Il est vrai que le catalogue donne, dans une note, aux mots remplissant les magasins, le sens de collecteur d*impôts, impôts forcés probablement, impôts de guerre certainement, prélevés par ce gouverneur de troupes qui allait en tout pays et jusque dans les îles de la Méditerranée pour approvisionner les magasins de son maître.

On est donc porté à conclure de tout ce qui précède que l'or n'était pas très commun dans ce pays et, comme je l'ai dit plus haut, que la plupart des bijoux qu'on y portait étaient faits de grains de pierres naturelles et de verroteries enfilées. Déjà, en étudiant les colliers, la même appréciation m'avait été suggérée, car, à part les objets de provenance royale, nous n'en avons rencontré qu'un seul en or, et Ton peut supposer que s'il n'est pas de fabrication étrangère, au moins appartient-il aux derniers temps de la monarchie égyptienne, alors que l'or, par suite des transactions commerciales, était devenu moins rare.

Les bracelets d'or étaient en usage chez les Israélites pour les deux sexes.

Lorsque Juda rencontre Thamar, sa belle-fille, dans un endroit écarté, et qu'il la prend pour une courtisan^ il cherche à obtenir ses faveurs. Celle-ci lui demande en échange son bâton, son anneau et son bracelet. |

Lorsque Saul se fut percé de son épée, un guerrier le dépouilla des bracelets dont ses bras étaient couverts; et pour la construction du tabernacle, hommes et femmes, dit V Exode, offrirent leurs bracelets.

Les fouilles faites â Khorsabad nous ont révélé que, de même que les Égyptiens, les Assyriens avaient coutume de porter quatre bracelets, c'est-à-dire deux à chaque bras. Quelques-uns n'en portaient

BRACELETS. ^^j.

que trois ou deux. Peut-être la quantité de bracelets indiquait-elle le rang du personnage. En tout cas, les soldats et les gens du peuple n'en portaient pas.

Cependant on peut croire que les Assyriens donnaient quelquefois des bracelets aux. soldats pour récompenser leur valeur, comme Font fait plus tard les Romains, si Ton s'en rapporte à un grand basrelief représentant deux guerriers qui transportent un chariot de guerre. A p'art cet exemple, ce bijou ne figure Jamais au bras des gens du peuple dans les sculptures qui représentent les scènes de la vie civile, agricole et industrielle.

La reproduction de ces bijoux, en pierre sculptée, ne peut que donner une idée incomplète de ce qu'ils devaient être.

Deux bas-reliefs provenant du palais de Nemrod (x* siècle avant J.-C), qui sont conservés au Musée assyrien du Louvre, nous montrent chacun un personnage en marche, orné d'une grande paire d'ailes, qui porte des bracelets variés de forme. Trois de ces bracelets sont faits d'une sorte de lame unie dont les deux extrémités, au lieu de se joindre après avoir contourné le bras, passent à côté l'un de l'autre et se terminent ensuite brusquement, assez semblable à un fragment de spirale. Le quatrième montre une plaque ronde, dont le centre est occupé par une fleur ronde à quatre pétales doubles. Le cercle est strié dans le sens de sa longueur. Le bas-relief, de même provenance, qui lui faiit face et dont le personnage a une tête d'aigle, a les deux mêmes bracelets en spirale au gras de chacun de ses bras et le même bracelet rosace au poignet gauche; mais il en porte un au poignet droit qui est formé de deux joncs parallèles collés l'un à l'autre, et dont les extrémités sont coupées droit sans se joindre et en laissant subsister un vide.

Le grand bas-relief provenant du palais du roi Sargon (viri« siècle) nous fait voir deux personnages en marche, l'un derrière l'autre, ornés chacun de deux bracelets au bras gauche. Celui du poignet est fait d'un jonc tout uni et fermé comme un anneau; celui du gras du bras d'un jonc ciselé et orné de stries horizontales et transversales alternées, et faisant deux fois le tour du bras en spirale.

Je vois encore (n* i5) un Assyrien dont chacun des poignets est orné d'un bracelet fait de quatre corymbes doubles emmaillés ensemble, au bras d'un autre (n** 17), un corps large strié maintient une plaque ronde représentant le même corymbe.

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Quand j'aurai cité le bracelet à corps double ayant pour plaque une fleur à quatre pétales doubles (n* n) et le corps fait d'un triple jonc (n<> lo), j'aurai bien enregistré les formes les plus usuelles, mais je ne saurai dire en quel métal étaient fabriqués ces objets et s'ils étaient ciselés ou revêtus d'une ornementation rapportée.

Cependant le travail d'un cercle d'or provenant de Camirus et Yalisus dans l'île de Rhodes, et aussi celui d'un diadème assyrien

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