BRACELET EN BRONZE TROUVÉ A RÉALLON ( H AU T ES- A LP ES
laquelle nous n'avons encore que peu de renseignements, a, dès une époque qui remonte au moins au x" siècle avant notre ère, connu, quoique inégalement dans toutes ses parties, l'importation d'armes, de bijoux et d'ustensiles de bronze de toute sorte.
u Si un certain nombre d'ornements et de bijoux de même caractère, nous pourrions dire de même fabrique, se retrouvent ainsi aux époques primitives, pour ainsi dire aux points extrêmes de l'Europe, la ressemblance des armes offensives et défensives est peut-être encore plus frappante. »
Le Musée de Saint-Germain conserve une collection assez considérable de ces bracelets en bronze.
Parmi ceux-ci, il faut remarquer un splendide bracelet dont la paire existe. Il est très grand, mais il en existe de plus volumineux encore
I. Archéologie celtique et gauloise, par Alexandre Bertrand (p. igS, 196 et 197).
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et de plus lourds, un entre autres trouvé au lac de Neuchàtel, en Suisse, provenant de la palafitte de Cortaillot. Il y en a d'autres tellement petits que des femmes ou des enfants pouvaient seuls en faire usage. Vraisemblablement ces pièces étaient coulées dans des moules, comme les serpes et les haches de la même époque. Cette paire a été trouvée à Réallon.
La salle des bronzes antiques au Louvre en possède qui ont une grande analogie de caractère avec ceux-ci et qui y sont désignés sous la dénomination de bracelets romains.
Le musée du Vatican conserve des bijoux d'une étrangeté saisissante. Ils sont réputés appartenir à la civilisation étrusque primitive. Les archéologues italiens assignent à ces bijoux une origine antérieure même aux Phéniciens. Il est certain qu'ils rappellent, d'une façon plus accusée encore que les pendants et les colliers trouvés à Rhodes, l'esprit des conceptions qu'enfanta l'extrême Orient.
L'art persique, les masques coiffés du klaft à bouts carrés, qui caractérisent les premiers, appartiennent, soit à la vieille mythologie de l'Asie Mineure, soit à celle de l'antique Egypte.
Les sujets qui couvrent les bijoux dont je parle semblent au contraire, si l'on en juge par analogie et à première vue, être venus du fond des Indes.
Découverts dans les fouilles faites chez les Étrusques, ils augmentent encore le mystère qui enveloppe l'origine de ce peuple étrange. Ils corroborent certainement l'opinion de Sénèque, lorsque le philosophe s'écrie : L'Asie revendique la Tosca?te.
Parmi ces bijoux, les plus remarquables sont une paire de grands bracelets faits d'une feuille d'or large et mince, sur laquelle sont représentés des sujets estampés. Le British Muséum en possède une paire semblable. C'est celle-ci que je vais décrire, parce que j'ai été mis à même de l'étudier attentivement.
La bande est faite en or très mince. Elle est longue de dix-neut centimètres et large de cinquante-six millimètres. Elle est divisée, dans sa longueur, en deux parties égales, par une grecque qui la traverse au centre, et chacune des deux parties est elle-même formée de trois panneaux superposés. Ces trois panneaux forment la totalité de la composition. Ils sont répétés à contre-sens sur chaque moitié de chacun des deux bracelets, ce qui fait qu'elle y apparaît quatre fois.
La première zone en haut représente une scène qui a lieu entre
trois hommes debout et deux lions ailés. Les deux lions, dressés sur leurs pattes de derrière, posent chacun une de leurs pattes de devant
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sur Tépaule de Thomme placé au centre, et lui donnent l'autre à serrer dans sa main. Les deux autres hommes, placés aux deux côtés de la composition, tiennent chacun la queue d'un des lions. Mais ce n'est
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pas tout. Les pieds des personnages participent, ainsi que les mains, aux témoignages de cette singulière effusion. Tantôt c'est un pied d'homme qui presse une patte de lion, tantôt c'est une patte de lion qui caresse un pied d'homme. Cet arrangement est assez pittoresque et vaut qu'on le remarque. Quelques plantes indiquent que la scène se passe en plein air.
La seconde zone nous montre trois femmes debout, vues de face, rangées et alignées, et séparées par de grandes tiges de lotus, devant lesquelles elles semblent se serrer les mains. Peut-être les tiennentelles.
La troisième zone est la répétition de la seconde. Tous ces personnages, hommes et femmes, sont coiffés du klaft dont les côtés se terminent en volute, qu'on voit quelquefois sur la tête de l'Arthémis persique et qui est particulier aux petites idoles en bronze appartenant aux vieux Étrusques. Il a, du reste, été trouvé de ces petites idoles dans la sépulture même où a été découverte la paire de bracelets conservée au Vatican. Elles y sont exposées dans la même vitrine.
Faut-il voir dans ces compositions la représentation de mythes qui nous sont inconnus, ou peut-on en trouver le sens dans le sujet même ? Il serait, dans ce dernier cas, assez simple. L'homme est au milieu de lions qu'il semble avoir domptés, la femme est dans les fleurs. Or, de tout temps et dans tous les pays, le lion a été pris pour l'emblème de la force de l'homme et la fleur pour celui des charmes de la femme.
Tous les détails, tous les traits du dessin de ces petits sujets sont indiqués, au bas des reliefs de l'estampe, par des lignes de granulations microscopiques.
Le cadre qui sépare le premier panneau du second est fait d'une ligne double de ces granulations; celui qui marque la limite du second est indiqué par une grecque élégante faite de granulations doubles; enfin la séparation centrale qui coupe en deux parties le bracelet est une large grecque.
Le cadre du haut est bordé d'une tresse sur laquelle s'appuient dix petits triangles, composés chacun de quatre rangs de granulations, c'est-à-dire 4, 3, 2 et i : ^^ . Une grecque, toujours formée d'une double rangée de granulations et prenant naissance au-dessous de la première travée, borde intérieurement le bracelet de chaque côté. Elle est soutenue à l'extérieur par une autre bande faite alternativement de deux brettés ou fils cordelés, de deux fils unis et de trois fils bret'tés.
Chacun des deux bracelets conservés au British Muséum est ouvert, c'est-à-dire que la bande est montrée à plat. A chaque angle, en haut et en bas, il y a un petit masque estampé, visage devant et visage derrière, assemblés en ronde bosse, également ornés de fines granulations et qui paraît avoir été mis là pour assurer la solidité de la pièce faite, je Tai dit, en or mince. Cette précaution n'est pas la
seule qui ait été prise, car le sujet de la première zone se retrouve à Tenvers avec tout son relief, faisant office de doublure à celui qu'on voit à Tendroit. La matrice le reproduisait en double et tête -bêche, et l'ouvrier le pliait, de façon à obtenir double épaisseur aux deux extrémités de la pièce. Mais l'estampé de l'envers est resté nu et sans granulations. Une bride formant demijonc, pourvue de petits anneaux à son extrémité et ornée de chevrons en granulations, paraît lui avoir servi de fermeture.
Ceux qui sont au Vatican offrent quelques différences de détail.
D'abord ils sont présentés cintrés au contour du bras et non pas à plat comme ceux du British Muséum. Puis ils sont fermés par de petites chaînettes au nombre de quatre, se réunissant pour n'en devenir que deux, qui elles-mêmes se rejoignent pour n'en faire qu'une, dont l'extrémité se divise de nouveau en deux et se rattache à l'autre côté du bracelet. Une autre différence assez notable existe dans le grand bord qui encadre les motifs du centre. Il est plus large et, au lieu d'être fait de cordelettes et de fils juxtaposés, il est orné de ces chevrons en granulations qui constituent la caractéristique remarquable que nous retrouverons sur les fibules étrusques.
La parenté de tous ces bijoux se trouve donc aussi bien établie par leurs similitudes décoratives que par les procédés employés à leur fabrication et l'unité de leurs lieux de provenance.
Tous sont obtenus par le procédé de l'estampage utilisé, tantôt en bas-relief, tantôt en ronde bosse par l'assemblage de deux coquilles. Tous sont ornés de lignes de granulations tellement ténues que la gravure la plus fine est impuissante à les reproduire, chaque granula-