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LES BRACELETS ÉTRUSQ^UES

CONSERVés AU VATICAN.

BRACELETS. 2O7

tion n*étant pas elle-même plus large qu'un simple trait obtenu sur le papier.

J'en vais donner quelques exemples.

J'ai déjà dit que les petits triangles qui bordent la composition du haut étaient formés chacun par dix granulations réunies. J'ajouterai que chaque ligne de la grecque transversale placée sous le pied des femmes, et de celle qui les borde à droite et à gauche, indiquée sur le dessin par un simple trait, est tracée sur l'or par une double rangée de granulations. C'est prodigieux.

Dans ce travail, du reste, tout étonne le praticien. Il se demande d'abord comment ont pu être obtenus ces petits corps sphériques presque imperceptibles, qui ne semblent être en somme qu'une poussière d'or.

Il sait que les granulations se produisent de deux manières :

La première consiste à placer dans un creuset des couches successives de poussier de charbon de bois légèrement humide et de parcelles d'or espacées entre elles, puis de soumettre le creuset à l'action du feu, jusqu'à ce que la combustion du poussier ait acquis le degré de chaleur suffisant pour fondre chaque parcelle d'or, en lui donnant la forme sphérique. Mais ce moyen est loin de fournir des résultats satisfaisants.

La plupart du temps, les granulations ainsi obtenues sont poreuses, spongieuses, pas régulièrement rondes et n'ont jamais un grand éclat.

Dans la seconde manière, les parcelles d'or sont placées sur un charbon plat préparé pour cela et fondues, c'est-à-dire mises en grains, une à une, à l'aide d'une lampe et par l'action du chalumeau. Ce travail, on le conçoit, est disproportionnellement long. Encore se comprend-il lorsqu'il s'agit de granulations de la grosseur de celles qu'emploient nos ouvriers modernes; mais, en présence de celles que nous venons d'analyser, il devient tout à fait invraisemblable.

Et puis une autre chose me semble inadmissible.

Je ne puis croire que, dans l'origine, l'homme ait commencé par fabriquer des granulations, pour se réserver ensuite de les employer à tracer ces fins linéaments, ces grecques si délicates. Il a dû entrer, dans l'invention de ce système décoratif, une de ces indications fortuites fournies par la nature, un de ces hasards favorables, comme on en constate dans la plupart des inventions.

Je retournerai donc la proposition et je dirai :

L'homme n'a pas eu Tidée de faire des granulations pour les employer ensuite à réaliser un projet de bijou qu'il avait conçu.

Mais rhomme a conçu l'idée de ce bijou lorsqu'il a eu sous les yeux une très grande quantité de ces granulations qu'il avait recueillies.

On sait que les anciens trouvaient l'or principalement dans les rivières et dans les torrents. La Lydie, d'après Euripide, était riche en or; il y coulait le Pactole; mais la Colchide était la terre classique du précieux métal dans l'antiquité *. Les torrents de ce pays roulaient, dit-on, des paillettes d'or, que les habitants recueillaient à l'aide de vans percés de trous et de toisons à longue laine ; de là découla ce mythe d'une toison divine où l'or pendait en franges brillantes.

L'emploi de la laine à la recherche de l'or fait très clairement comprendre qu'une partie de ce qu'on en recueillait était divisée en poudre fine. S'il en eût été autrement, les vans ou cribles auraient suffi à retenir le tout.

La belle image de la toison divine où l'or pend en franges brillantes nous fournit encore un argument à l'appui de cette opinion, car la poussière seule pouvait y rester fixée de façon à figurer ces franges.

Il devait arriver fréquemment, au milieu de ces torrents aurifères, qu'une ou plusieurs pierres en arrêtaient le cours tumultueux, formant à certains points des cuvettes naturelles, au fond desquelles les parcelles d'or, précipitées à cause de leur pesanteur, arrêtées et remuées constamment dans les bouillonnements de l'eau, finissaient par s'arrondir entre elles par le frottement. Cette poussière formée de grains d'or ronds et polis, à peine perceptibles, était recueillie on a vu comment. Une partie de ces poudres était exportée à l'étranger, ainsi qu'il ressort des relations anciennes qui, si j'ai bonne mémoire, parlent du trafic important de poudre d'ôr que faisaient les Phéniciens.

Peut-être a-t-on pendant longtemps réuni cette poussière en lingots, mais l'observation montra bientôt tout le parti qu'on en pouvait tirer. C'est ici que prend place l'invention du bijou granulé.

Lorsqu'on réunit plusieurs corps sphériques du même volume

I. Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, par Daremberg et Saglio.

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sur une surface plane ou dans un plateau légèrement concave, on a pu remarquer qu'ils forment des figures ou des lignes régulières résultant de leur enchevêtrement mathématique inévitable. Lorsque cet effet est produit par des corpuscules, il est beaucoup plus remarquable, parce qu'il se traduit en une sorte de guilloché ou de moiré, et lorsque ces corpuscules sont en or, le charme en est tout à fait attrayant. Les mêmes corpuscules, posés sur un estampé, se réfugient dans les lignes creuses, accentuant ainsi, par une suite de petits points lumineux., tous les traits du dessin.

Le premier homme qui découvrit le moyen de fixer, par la soudure, cette poussière décorative, là où elle faisait si bien, inventa le bijou en granulé.

L'art de fixer cette poussière, qui paraît avoir, pendant de longs siècles, été pratiqué dans tout le bassin de la Méditerranée, est maintenant perdu.

Benvenuto Cellini, qui énumérait si complaisamment ses propres mérites, dut convenir qu'il en ignorait le secret. Il raconte lui-même, dans ses mémoires, que le pape Clément VII le fit appeler un jour au Vatican pour lui montrer un collier d'or étrusque d'une finesse admirable, que le hasard venait de faire découvrir dans quelque hypogée des Maremmes pontificales. <c Hélas! dit à cette vue le grand artiste, répondant au pontife qui lui proposait ce chef-d'œuvre comme modèle, mieux vaut pour nous chercher une voie nouvelle que de vouloir égaler l'art des Étrusques dans le travail des métaux. Entreprendre de rivaliser avec eux serait le sûr moyen de nous montrer de maladroits copistes. »

J'ai entendu dire à Alessandro Castellani que, dans certaines parties perdues des Apennins, il avait retrouvé quelques traditions des pratiques de l'art étrusque, qui s'y étaient conservées. Mais ces traditions ne sont pas complètes, paraît-il, car voici ce que plus tard il écrivait^ :

(c ... Nous fîmes venir de Saint-Angelo in Vado quelques ouvriers auxquels nous enseignâmes l'art d'imiter les bijoux étrusques. Héritiers des procédés de patience que leur avaient légués leurs pères, ces hommes réussirent mieux que tous ceux dont nous nous étions entourés jusqu'alors. Quant à la soudure, en la réduisant en limaille

I. Mémoire a MM, les membres de V Académie des inscriptions et belles-lettres sur la joaillerie des Anciens,

impalpable, en substituant au borax les arséniates comme fondants, nous obtînmes des résultats satisfaisants. Toutefois, nous sommes convaincus que les anciens ont eu quelque procédé chimique que nous ignorons pour fixer ces méandres de petites granulations qui courent en cordonnets sur la plupart des bijoux étrusques. En effet, malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas arrivés à la reproduction de

BRACELET TROUVÉ A KBRTCH.

certaines œuvres d'une exquise finesse, auxquelles nous désespérons d'atteindre, à moins de nouvelles découvertes de la science. »

Quand deux maîtres comme Cellini et Castellani ont ainsi parlé, il n'y a rien à ajouter sans doute.

Cependant, qui sait si le secret tant cherché ne réside pas justement dans l'origine même des granulations naturelles que bien vraisemblablement employaient les anciens ? Le bijoutier italien n'a pu fiaire ses essais qu'avec des granulations artificielles, c'est-à-dire fabriquées au chalumeau par l'ouvrier, et par conséquent poreuses, spongieuses dans une certaine mesure et revêtues de la couche de calamine dont se couvrent les métaux en se refroidissant.

Quelle différence entre ce produit et celui que la nature livre vierge, après l'avoir épuré dans la profondeur de ses mystérieux fourneaux, qu'elle prend sur pièce en quelque sorte dans le cœur même du métal, et dont elle polit amoureusement la surface en le roulant dans ses eaux claires et vives !

BRACELETS

Il a été trouvé à Kertch^ une paire de bracelets spirales en argent, terminés à chaque extrémité par une tête de lion en or. Les tombeaux du roi et de la reine de Koul-Oba renfermaient encore d'autres bracelets curieux.

Aux poignets du roi, une paire en or massif fort lourde, composée d'un câble roulé dont les deux extrémités se terminent par des sphinx

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