‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 141 sur 250 · I. Antiquités suédoises, par Oscar Montellius · texte numérisé non relu

I. Antiquités suédoises, par Oscar Montellius

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lesquelles ort composait les bijoux. M. Frédéric Moreau possède dans sa collection un collier compose d*olives faites en une sorte de mastic recouvert d'une feuille d*or mince que Tusage a détériorée, mais sur laquelle on retrouve encore les traces du tour qui a servi à les arrondir.

On peut croire que la grande invasion de 4o5 fut la cause déterminante de cette raréfaction subite de Tor.

BKACELETENORTROUVKAPUNT-AUDBMER.

Il me semble être en face d'une nouvelle affirmation du même fait, lorsque je considère le joli bracelet d'or que conserve le Cabinet des Antiques sous le numéro 2982. Le dessin repercé en est d'une certaine élégance. Les deux bords faits en godron ont reçu un travail de ciselure dont le motif varie à chaque pouce de longueur, les imbrications succédant à des q^uadrillés tantôt serrés, tantôt lâches, et ornés de croisettes dans les interstices.

Deux remarques importantes doivent être faites au sujet de cette pièce.

La première est l'analogie extraordinaire qu'elle offre avec lé mode d'ajourage adopté pour la décoration du collier portant le numéro 2928, au Cabinet des Antiques, qui date du milieu de l'empire. Les mé-

a^ LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

daillcs qui en font partie permettent d'en fixer la date à Tan 240 à peu près de notre ère. On remarquera même que certains détails d'ornementation sont communs à Tune et à l'autre pièce.

La seconde remarque à faire résultera de la comparaison du poids de chacun de ces objets. En effet, autant le collier est massif, autant le bracelet, qui cependant par la beauté du travail semble être une pièce hors ligne, une pièce royale, est léger. Tout y est mince, depuis les bords creux relevés en godron, pour donner de l'apparence à la pièce, jusqu'au bandeau central qui est quasi pelliculaire.

Par le caractère du dessin, cette belle pièce semblerait donc appartenir au m® siècle, tandis que, par son poids, on serait tenté de l'attribuer aux premiers temps mérovingiens, alors que l'or était devenu plus rare dans nos contrées, même pour les rois. Elle a été trouvée à Pont-Audemer.

A partir de la fin du vf siècle, on ne retrouve plus la trace du bracelet. Dans l'énumération faite par Fortunat des objets précieux que sainte Radegonde dépose sur l'autel, il n'en est pas déjà question. Une révolution considérable s'est accomplie aussi bien dans les mœurs que dans les ajustements. Les poignets des femmes sont ornés de larges manchettes de soie de couleur brodées d'or et de perles. Cette mode dure autant que la dynastie carolingienne.

Au x° siècle, les femmes portent des manches ajustées, boutonnées et se terminant au poignet.

Au XII® siècle, Jean de Garlande énumère les travaux des orfèvres. Ce sont des hanaps d'or et d'argent, des fcrmaux, des colliers, des épingles, des nœuds et des bagues. De bracelets, il n'est nullement question.

Dans une vieille estampe représentant Jean de Montfort et sa femme, au commencement du xiv* siècle, la duchesse n'a pas de bracelets. Les longues manches étroites de sa robe descendent en s'évasant jusqu'à la naissance des doigts. Le portrait d'Isabelle de Valois, femme de Pierre I^, duc de Bourbon, la représente avec les mêmes manches évasées par le bas qui couvrent tout le dessus de la main.

Les bords des manches d'Isabeau de Bavière sont brodés de pierreries.

La duchesse de Brabant, Marguerite (1482), et la reine deCastille, Jeanne d'Aragon (i555), toutes deux représentées en sculpture sur la

BRACELETS. api

grande cheminée de Bruges, n'ont pas de bracelets, non plus que sur leurs portraits peints et conservés à la galerie des Offices à Florence, la reine Claude de France et la princesse Claudia de Médicis. Sur le vieux tableau d'Hampton-Court, représentant Henri VIII d'Angleterre et sa famille, la reine n'a rien au bras.

Rabelais, énumérant les bijoux qui complètent la très riche et très élégante toilette des dames de Tabbaye de Thélème, ne parle pas, en cet endroit, de bracelet. Il est vrai qu'un peu plus haut, dans le même chapitre, il dit en décrivant les habits : « Les jarretières étoient de la couleur de leurs bracelets et comprenoient le genoil au-dessus et dessous. » Le mot bracelet a tout l'air de désigner, dans ce passage, une bande d'étoffe brodée qui prenait le poignet, de même que la jarretière prenait le genou. Sans doute ce mot fut par la suite employé pour désigner le bijou qui remplaça la broderie, car l'ancienne expression armeille ou armille, dérivée du latin armilla, et qui avait été longtemps seule employée, était tombée en désuétude, par suite de l'abandon dans lequel était tombé l'objet lui-même.

Le mot mafiicle fut à la mode pendant un temps, et je suppose que l'objet ainsi désigné était le plus souvent fait de pierreries cousues sur une étoffe, bien que le même mot ait été employé pour bracelet, ainsi qu'il le semble par l'inventaire de Gabrielle d'Estrées : « Deux mamcles d'or couverts de rubis d'Inde, prisés ensemble cent écus. »

On voit au Musée national de Pesth deux bracelets en or qu'on attribue à la dernière moitié du xiv*^ siècle *. Ils sont faits d'une bande plate circulaire rigide s'ouvrant par une seule charnière et se fermant par une goupille. Le décor en est formé de six bossettes hémisphériques en filigrane, centrées d'un petit saphir cabochon. Ces bossettes alternent avec un pareil nombre de quadrangles à pans inclinés, ornés de perles à leur sommet. Des rosaces en filigrane posées par deux sur les champs remplissent les interstices : deux tresses en cordelette en forment la bordure. Les bossettes d'or rappellent le décor de certains vieux bijoux indiens en argent, et la disposition générale de l'ornementation est quelque peu byzantine. Ces bijoux, qui ont été trouvés dans un ancien puits, auraient, d'après la tradition, appartenu a Marie, reine de Hongrie (i382); mais rien n'indique qu'ils aient été fabriqués de son temps; et je ne serais nullement surpris qu'ils fussent

I. Les Origines de l'orfèvrerie cloisonnée. Charles de Linas. T. I«', p. 356.

du V® OU du vi° siècle. Le Musée national de Munich en possède un semblable dont on ne connaît pas l'origine .

Le comte de Laborde, dans son Glossaire, dit que le terme bracelet n'était anciennement appliqué qu'à certaines parties des armures et que c'est seulement à la fin du xv* siele qu'on voit ce mot employé dans son acception actuelle. Il ajoute que ce bracelet paraît avoir été porté sur le bras même et dessous l'armure. Les exemples qu'il donne de cet usage datent de l'année 1455. Ils sont tirés d'Antoine de la Salle : les voici : « Je veuil que pour l'amour de moy, vous portez un « bracelet d'or esmaillé à nos devises, brodé (ou bordé) de six bons « diamants, de six bons rubis et de six bonnes et grosses perles de « quatre à cinq carats. » Lors fist à soy venir Gilbert Lorin, orfèvre du roy, qui renom de preud'homme avait, et à part lui dit : « Gilbert, « mon amy, je vouldroye ung bracelet d'or esmaillé de mes couleurs et à ma devise. »

Il semble que les chevaliers firent usage du bracelet avant qu'il fût de mode pour les femmes; mais ils le portaient secrètement. C'était une espèce de vœu, une marque du servage qu'ils juraient à la dame de leurs pensées.

L'histoire du petit Jehan de Saintré et de la dame des Bellescousines est affirmative sur ce point.

((.... Ce premier jour de may, qui sera demain, vous mettrez ung bracelet d'or, tel que sera, en vostre bras senestre, pour l'espace d'un an... » Et la dame tient à lui mettre elle-même le bracelet, car, après qu'elle lui a tenu ce discours, elle ajoute : «... Et quant vous aurez tout faict et accompaigné les dames, portez avec vous le bracelet au sain, afin que ce soir je vous le mette pour la première fois. » Ce bracelet que l'amant doit cacher tout d'abord en son sein doit certainement être porté aussi discrètement au bras.

Or, puisque Jehan de Saintré fut chambellan du roi Charles VI, 1 380-1422, et que cette histoire est celle de sa jeunesse, nous pouvons conclure en toute sécurité que, dès la fin du xiV siècle, les hommes avaient commencé à porter des bracelets sur la peau et qu'à peu de temps de là, cette mode devint commune aux deux sexes.

D'après de Laborde, c'est à la fin du xv« siècle que le mot bracelet revient fréquemment; il en cite plusieurs exemples auxquels je renvoie le lecteur. Mais c'est surtout vers le milieu du xvi* que ce bijou fait sa véritable réapparition.

BRACELETS

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On en trouve dans les portraits de Véronèse, qui sont faits d'une grosse gourmette d'or, ou de boules d'or et d'onyx alternées. Le Cabinet des Antiques conserve, sous les numéros GyS et 674, deux bracelets camées du xvi® siècle. Les camées sont entourés d'un petit recouvrement fait d'un fil en émail blanc aussi fin qu'un cheveu. Les montures sont émaillées en bleu lilas pâle, avec réserves en or, et les fleurettes d'entre-deux en vert transparent. Il n'en reste que quel-

BOBT E A PORTRAIT.

FRRMOIR DE BRACELET.

(Ayant appartenu à M"*" de Pompadour.)

ques traces. Ces bracelets ont appartenu à Diane de Poitiers. Sur la plaque de chacun des fermoirs, on voit le chiffre du possesseur gravé en creux. Deux C entrelacés, placés au milieu d'une couronne formée par une palme et une branche de laurier et cantonnée de quatre S barrés d'un trait. Les S sont revêtus d'un émail bleu, la couronne d'un émail vert. Il manque un chaînon à chacun des bracelets*.

Le portrait de la duchesse de Buckingham par Honthorst, à Hampton-Court, nous la montre, elle et ses femmes, ornées de bracelets en or, et celui d'Henriette, fille d'Henri IV et reine d'Angleterre, représentée dans une vieille estampe, en a un également.

Au xvii* siècle, une bourgeoise de Callot porte à chaque poignet un bracelet qui semble être fait d'une chaîne faisant deux fois le tour du bras. D'autres mettent des bracelets en perles d'ambre et de jaïet, mais bientôt apparaît la mode de porter aux poignets des rubans dont les nœuds, placés en dehors des bras, sur le côté, font ornement,

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