‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 143 sur 250 · NUBUO DE MANCHE EN BRILLANTS · texte numérisé non relu

NUBUO DE MANCHE EN BRILLANTS

ceiets en camée ayant appartenu à M™*" de Pompadour. L'un d'eux est le portrait d'Henri IV, l'autre celui de Louis XV.

La monture est faite d'émeraudes taillées, il faudrait plutôt dire sculptées ou modelées, de façon à figurer une guirlande de lauriers, retenue de distance en distance par des liens faits en petites roses serties qui se réunissent au sommet de la composition pour y former un nœud. La fabrication en est fine et soignée. Peut-être faut-il voir dans ces bijoux une invention de la favorite, dont le goût, on le sait, était réputé exquis et faisait la loi dans le monde entier. Toujours est-il que la mode s'en répandit à ce point que les mots bracelets et boites à portrait semblent avoir eu pendant un temps la même signification. Nous le voyons par quatre feuilles du Traité des pierres précieuses, publié par Puget fils, qui sont remplies de bracelets ou boëtes à portrait. On portait aussi, de la même manière, des nœuds en brillants qui s'attachaient au velours du bras, pour compléter la parure avec ceux qui fermaient le velours du cou. On les appelait nœuds de manche.

BRACELETS

apS

Dans une gravure du temps, une dame de qualité est représentée avec un bracelet tout en bijouterie au bras droit; mais ce bracelet semble être alors une exception, car on n'en voit au bras d'aucune autre. Mais, sous Louis XVI, le bracelet réapparaît dans les riches ajustements. Il est la plupart du temps fait de rangs de perles.

A Tépoque du Directoire, on voit certaines femmes vêtues à la romaine, qui portent trois bracelets à chaque bras, Tun au gras, l'autre au-dessus du coude et le troisième au poignet. Elles ont des bagues à tous les doigts des deux mains et même au pouce; elles por-

PX.Aq.UE DE BRACELET^ PAR PBTITEAU LE PÈRE (1820).

tent une grande plaque de ceinture et de grands anneaux ronds aux oreilles; leur tunique est relevée par une sorte de fibule de forme ronde. M'"® Tallien, costumée à la sauvage, porte un maillot couleur de chair, recouvert d'une simple tunique de linon. Elle a des anneaux d'or aux cuisses et aux, jambes, des diamants aux doigts de ses pieds, chaussés seulement de sandales légères.

Pendant l'empire, des rangs de perles justes au poignet y maintiennent la plupart du temps un camée, quelquefois des aiguesmarines, des topazes ou des améthystes. Ces mêmes pierres figurent aussi dans les montures d'or, qui sont faites de petits ornements estampés, découpés et entremêlés de rosettes et de cannetilles, le tout posé à plat et sans aucun caractère. La même mode se continue pendant la Restauration, et quelquefois le travail en bijouterie occupe seulement le dessus du bras, et sert de fermoir à une large tresse de cheveux, ainsi qu'on le voit dans le bracelet ci-contre. Ce travail ne demandait pas de grands efforts d'imagination, mais seulement du goût.

On conçoit aisément avec quelle bizarrerie pouvaient quelquefois être assemblés les éléments qui formaient ce genre de composition.

açô LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

Parmi les bijoutiers qui se distinguèrent dans cette fabrication, il faut citer Petiteau, le père. Il apportait à toutes les pièces qu'il exécutait un soin, une recherche qui contribuèrent à établir son renom. Mais le cadre dans lequel se mouvait alors la bijouterie était trop étroit; des esprits plus hardis, Vagner et Froment Meurice, tentèrent de Télargir; ils le firent avec un rare bonheur.

Ce fut dans les premières années qui suivirent i83o, alors que les succès retentissants du roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, et du drame de Dumas, la Tour de Nesle, mirent à la mode les choses du moyen âge, que Froment Meurice imagina d'appliquer ces idées à la composition de ses bijoux, ce qui occasionna une révolution complète ; ce fut le premier signal de l'appropriation d'éléments caractéristiques, il est vrai, mais restés jusqu'alors étrangers à la bijouterie. On fit du bijou moyen âge, qui n'avait jamais été fait au moyen âge, comme on fit plus tard, en suivant, du bijou Renaissance, des bijoux Henri H, des bijoux mauresques, Louis XV et Louis XVI, qui n'avaient jamais été faits dans aucun de ces styles et à aucune de ces époques. On emprunta, pour ce travail, aux architectures, aux meubles, aux tentures, aux fers, aux dinanderies, à la céramique, à tout enfin. Qn créa des bijoux qui furent baptisés du nom d'un style bien plus à cause des souvenirs d'époques qu'ils rappelaient qu'en raison des caractères qui leur étaient propres en tant que bijoux. On a déjà pu faire cette remarque au chapitre concernant les colliers ; on aura l'occasion de la faire encore aux chapitres qui suivent.

Toutes ces productions, quelque nom qu'on ait cru pouvoir leur donner, dans quelque style qu'on ait cru devoir les ranger, sont bien du XIX® siècle, parce que, tout en rappelant certaines époques, elles n'ont presque aucune le ou les caractères dont les bijoutiers de l'époque correspondante avaient revêtu leurs ouvrages.

Donc, vers les années i832 et suivantes, on vit apparaître des bracelets composés d'ogives au milieu desquelles des guerriers bardés de fer, lance au poing, faisaient sentinelle. Quelque médiocres qu'aient pu être certaines de ces tentatives, elles révélaient une tendance artistique qui, répondant à la direction générale des esprits, fut accueillie avec un grand enthousiasme. Ce mouvement suivit sa marche naturelle. Froment Meurice, qui en était un des initiateurs, fit surtout, en sa qualité d'orfèvre, des œuvres remarquables dont je ne puis parler, puisque l'orfèvrerie n'entre pas dans mon sujet; mais sa bijouterie.

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conçue dans le même esprit, eut autant de succès que son orfèvrerie.

Obéissant à l'impulsion de l'école romantique vers laquelle il se sen-

tait entraîné, il entrouvrit la porte à la fantaisie, et ceux qui y passèrent à sa suite l'ouvrirent à deux battants. Du moment qu'il fut démontré que le nouveau, nouveau qui semblait alors étrange, avait du succès, les anciens poncifs furent délaissés, et ce fut à qui trouverait une note originale. Ce qui se passait alors dans notre industrie avait lieu dans toutes les autres ; c'est ce qui aide à comprendre

BRACELKT) PAR MARCHAND.

la marche rapide et irrésistible qui fut accomplie en un quart de siècle. On se mit à chercher du nouveau dans les archives du passé, préoccupé plus encore d'y puiser des éléments pour la fantaisie que d'en observer le style. Marchand, à côté des cuirs roulés de la Renaissance et des nœuds de ruban inspirés du xvni® siècle, qui défrayent pendant quelque temps sa fabrication, tourne en bracelet le serpent de l'Ariane du Vatican. Il l'exécute en émail rose transparent, jouant sur un flinqué qui imite les écailles; il le coiffe de pierreries étincelantes, et le fait, à l'aide de ressorts cachés dans l'intérieur, se fermer seul sur le bras.

En même temps qu'il opère cette résurrection grecque, il prend un motif aux peuples barbaresques, et, s'aidant encore des ressources

app

de la mécanique moderne, en fait un ruban sans fin dont les mailles s'écartent pour livrer passage à la main et se resserrent ensuite en se

BRACBLET ÉLASTK^UE, PAR MARCHAND.

mettant à la grosseur du poignet. Pendant plusieurs années, vers 1840,

HRACELET A RESSORT, PAR MARCHAND (Appartenant à M'"" Coillot.)

il fait, concurremment avec Robin, le même bracelet tout or à res-

BRACLLEr, PAR ROUIN.

sort, dont les deux extrémités croisées se terminent tantôt par des têtes d'aigle, tantôt par des têtes de serpent ou de chimère. Puis Robin, dont la fabrication est essentiellement ferme et correcte, se

rapprochant du bijou connu sous le nom de genre anglais, enlace symétriquement deux serpents, dont les têtes, placées à contresens Tune de Tautre, composent un joli dessus de bracelet. De Robin encore est cette chaîne de bras dont Tenchevêtrement décoratif se lit si clairement. Robin était alors le fabricant qui se préoccupait le moins d'économiser Tor dans un bijou. Marchand fabriquait très bon et très solide; il employait même quelquefois Tor à un titre très élevé, comme dans son bracelet serpent à trois tours en émail rose; mais Robin, qui

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