FIBULES DU LOUVRE
suite de petites lentilles concaves entre deux rubans. Les fermoirs sont légèrement gravés.
De ce petit bijou qui semble avoir été fabriqué pour les besoins courants, aux pièces remarquables destinées à la parure, il existe une
IJJ
gamme ininterrompue de délicates créations, toutes plus ravissantes les unes que les autres.
Tantôt l'arc est garni, comme le numéro 268, de quelques fleurs en relief et decordelé; tantôt, comme le numéro 278, une sorte de crête faite d'un ruban froncé en éga)^e le contour. Un autre, dont un sphinx au repos décore le fermoir, est orné de trois rangées de grains rattachés par une bride granulée; c'est le numéro 274. J'en vois une très mignonne, le numéro 275, dont une colombe fait le fermoir, et trois autres numéros, 269, 271, 272, couverts de touffes de petites fleurs serrées qui les font ressembler à de gros bouquets.
Il y a au Louvre trois fibules, les numéros 260, 264, 270, qui se ressemblent non seulement par leurs dimensions, mais aussi par la
FIBULES DU LOUVRB.
forme du fermoir qui est particulière. Comme elles ont une grande analogie entre elles, je décrirai seulement la première qui est la plus remarquable. Elle est du Joli style gréco-étrusque. Un coulant, formé par une ligne de fleurs, contourne, en l'embrassant, le centre renflé de
FIBULK DU LOUVRE, H® 20},
l'arc. De chaque côté, sur la crête, sont placées trois fleurs espacées; le reste de la surface est comme moiré par les méandres en cordelé qui le recouvrent. La première partie du fermoir porte, à la surface supérieure, un petit masque estampé représentant un jeune homme à longue chevelure. La seconde partie est formée d'une boule déprimée
ornée de cordelé, entourée de rubans froncés et supportant une fleur de lotus couronnée d'un petit disque côtelé et cordelé. Le travail en est excessivement riche et soigné. La forme en est tout à fait élégante. On faisait en or des fibules plus grandes que celles que nous venons de voir. Le beau fragment, numéro 265, est d'un dessin grand
FRAGMENT DE FIBULE DU LOUVRE, n" 265.
et hardi, d'un travail large et bien entendu. Les profils, formés par des astragales de perles d'or, sont très beaux; les petites indications mates qui les enrichissent à leur naissance sont du meilleur effet, et les palmettes en cordelé qui se déroulent sur le dessus sont d'une très belle lancée. Ce morceau, bien que tronqué, reste encore superbe. Il a été rattaché par une main inhabile à un fermoir qui n'est probablement pas le sien, et en sens inverse de sa position normale.
A côté de ces merveilles de goût et d'exécution, nous voyons des pièces faites en mauvais estampé, gâtées encore par des coups de ciselet donnés brutalement à tort et à travers, comme celle portant le numéro 266 qui représente un lion accroupi, et cette autre, numéro 307, dont l'extrémité supérieure est formée d'un gros gland grossièrement estampé.
Peut-être sont-ce là des fibules funéraires.
Celle, numéro 3o2 et 3 12, surmontée d'une fleur de grenadier estampée et terminée à la base par un bas-relief représentant une harpie, me semble devoir être rangée dans la catégorie des figures
BROCHES ET FIBULES
3ÎS
dites d'épouvante, qui, importées d'Asie, furent pendant longtemps répétées par les artistes étrusques. Elle est aussi d'une fabrication grossière et brutale.
Un petit bijou qui n'est pas, à vrai dire, une fibule, car il est construit comme une broche, offre un caractère tout à fait à part.
é PIN OLE GRECQ.IIB, D° UyO.
C'est une épingle grecque, numéro 276, excessivement élégante, faite d'une petite main en or, ornée d'une bague et d'un bracelet, tous les deux enrichis d'un petit chaton rubis ou grenat cabochon. Le poignet de la main se continue par un fil rond uni, fuselé dans toute sa longueur et affectant des ondulations serpentines. L'épingle qui sert à attacher ce bijou a son point de départ sous le poignet de la petite main et va chercher le crochet à l'extrémité du fil serpentin. Dire que cet objet est aussi gracieux d'invention que d'exécution, c'est répéter un lieu commun.
D'autres pièces encore sont montées comme nos broches modernes et non comme des fibules.
Celle, numéro 345, de forme ronde, est revêtue d'une décoration
FIBULE-BROCHE, Il^J^S.
FIBULB-BROCHB, n<* j 54.
finement exécutée, formée de plusieurs astragales très délicats, et entourée d'une guirlande de feuilles et de baies de lierre. L'effet en est bon. Une autre, numéros 347 et 349, est composée d'un disque central en relief, entouré de six autres disques de même grandeur. Les sept disques se touchent et six palmettes logées extérieurement dans les six
angles rentrants donnent à Tensemble l'aspect d'une plaque ronde festonnée. Le travail de granulé en est très remarquablement fin, il a coûté des soins infinis. Mais que de peine inutile pour arriver à cet effet de clinquant monotone et uniforme, au milieu duquel rien ne peut être distingué! C'est mat partout et ennuyeux. L'anisan qui a élaboré ce travail a certainement été séduit par la difficulté, comme s'il eût considéré qu'une difficulté vaincue constituait un mérite suffisant. C'était un virtuose ; mais la virtuosité est une qualité relativement secondaire. Il importe avant tout d'être agréable ou beau. J'aime un art qui me séduit, me charme ou me transporte, je ne puis supporter celui qui m'impose l'exécution d'exercices fastidieux, sous prétexte qu'ils sont remplis de difficultés. J'aime un art, en un mot, qui sait assujettir le savoir au goût. La moitié de la surface de ces plaques aurait été laissée en or tout uni, qu'elles auraient coûté juste moitié moins de peine, et qu'elles seraient jolies au lieu d'être laides. Je n'en veux pour preuve que les deux autres plaques rondes qui sont à côté, les numéros 354 ^^ S^^- Le centre composé, d'ors unis travaillés à jour, met admirablement en valeur la jolie petite ornementation faite en granulés mats qui orne la bande circulaire. L'art ne vit que d^oppositions.
Deux plaques rondes, numéros 353 et 357, faites d'une petite tête en repoussé entourée de rayons et à peu près semblable à celle
PLAQ.UB, n* J48.
décrite aux pendants de cou, semblent démontrer ainsi que les précédentes, que ces plaques se portaient par paires. Une autre plaque d'une forme particulière, numéro. 348, nous indique qu'on ne s'en
BROCHES ET FIBULES
tenait pas à la forme ronde. Cette dernière pièce est d'une bonne exécution, mais Taspect en est un peu monotone parce qu'on n'y a pas ménagé assez d'oppositions. La forme de collier de cheval qui en détermine le caractère a été très usitée; Je l'ai vue maintes fois répétée, entre autres à Rome, au musée du Vatican. Mais celle-ci est d'une délicatesse exquise. La même disposition de la corne relevée de chaque côté et s'entr'ouvrant pour laisser émerger un bouquet offre quelque différence dans les détails, mais l'ensemble est resté le même. Les granulations qui forment le dessin indiquent, par leur extrême finesse, qu'elles sont l'œuvre d'un ouvrier étrusque. Quatre anneaux, ce ne sont plus des trous, servaient sans doute à fixer cette pièce après le vêtement. Il faut certainement voir dans ces bijoux une continuation de l'idée qui avait présidé à l'invention des bractées, car ils semblent avoir eu le même emploi.
La fibule portant le numéro 277, au Louvre, offre beaucoup
FIBULES DU LOUVR£
d'analogie de forme avec une plus grande dont j'ai parlé plus haut et qui est conservée au musée Kircher, à Rome. Cette dernière semble être elle-même un dérivé de la belle fibule aux lions ou de celle à l'ins-
FIBULE N" 505 DU CAUINF.T DK8 ANTlq^UEb.
cription indéchiffrable. Si cette fibule n'est pas de fabrication très ancienne, c'est au moins la réédition d'une ancienne idée, au contraire du numéro 332, qui, bien que ne manquant pas d'une certaine élé-
gance cherchée, est dépourvue de simplicité. Cette dernière doit appartenir à l'époque romaine.
La collection Luynes, au Cabinet des Antiques, conserve une jolie fibule numéro 5o5, provenant de la Grande Grèce. Elle est d'une construction originale et me semble pouvoir clore le cycle à peu près complet des fibules italo-grecques. On verra que le fourreau, ou plutôt le commencement du fourreau, car il en manque une partie, est de la forme d'un carré ou d'un cube écrasé. Le décor en est fin et soigné.
Après avoir étudié les fibules en or, il nous reste à jeter un coup d'œil sur celles en bronze qui se présentent en nombre considérable. Plusieurs sont d'une grandeur démesurée et paraissent avoir servi surtout à des usages militaires. La galerie des bronzes antiques, au Louvre, en conserve plusieurs dont la construction est à peu près la même que celles des fibules simples que nous venons de voir, toutes proportions gardées.
On retrouve encore presque la même construction aux vieilles fibules gauloises, mais ramenée à des dimensions qui semblent plus