GRANDE FIBULE A LIONS DU BRITISM MUSEUM
Réduite de moitié.
extrémités en sont terminées par deux mufles de lion. Les lions et les sphinx sont faits chacun de deux coquilles estampées et assemblées, et tous les détails qui les recouvrent, crinières, etc., sont affirmés par des linéaments très fins d'un granulé microscopique.
Cette belle pièce, relativement légère, est en or; la queue et une partie de la garde n'existent plus. Elle a été trouvée à Cerveteri. De même que celle du Louvre, elle est de provenance étrusque incontestable. Celle du Louvre est revêtue d'une inscription qu'il faut bien se résigner, quant à présent, à considérer comme illisible, et dans laquelle personne, que je sache, n'a reconnu aucun caractère oriental. Celle du musée Britannique n'a pas d'inscription, mais elle est couverte d'un troupeau de lions.
On voit dans les caves du même musée, à Londres, de grands bas-reliefs en pierre provenant des murs du palais de Nemrod. Ils représentent un tiré de lions du plus prodigieux effet. Le roi, que l'Écriture a qualifié de/or/ chasseur devant le Seigneur, envoie partout des traits assurés. Son visage et celui de ses compagnons, vus de profil, respirent, avec leurs grands yeux et leurs narines ouvertes, le calme de la force et de la résolution. Partout, sur le sol, les lions
BROCHES ET FIBULES. lap
nombreux, atteints par les flèches, roulent dans toutes les attitudes variées de Tagonie. C'est superbe. A en juger par ces tableaux, ces gens-là chassaient, à l'arc, le lion, avec la même aisance que nous tirons le lapin.
Sans prétendre conclure d'une façon formelle sur un fait qui, du reste, est en dehors de mon sujet, je me contenterai de faire observer que le lion jouait un rôle important dans l'existence des peuples de l'Asie Mineure, et conséquemment occupait une grande place dans leur esprit. Si, maintenant, on veut bien considérer que les lions, de mémoire d'homme au moins, n'ont jamais habité l'Étrurie, on sera naturellement conduit à supposer de deux choses l'une :
Ou que la fibule couverte d'un troupeau de lions est de fabrication asiatique, ou que des artisans, récemment venus d'Asie en Étrurie, y apportaient les images auxquelles ils étaient accoutumés.
C'est cette dernière hypothèse que je trouve la plus vraisemblable. Un Étrusque, connaissant le lion par les récits des voyageurs, aurait peut-être été séduit par l'idée d'en reproduire une image; encore l'eûtil mal réussie. Un homme venu du pays des lions pouvait seul concevoir cette idée d'en réunir un aussi grand nombre et de rappeler ainsi le système d'ornementation qui, à cette époque reculée, était usuel en Orient, On peut donc croire que cette adjonction, qui laisse au corps de la fibule tous les traits caractéristiques que nous avons vus dans les trois premières, n'en modifie en rien l'origine, et que les Étrusques sont bien réellement les inventeurs de la fibule.
En rapprochant le motif de cette fibule du sujet de la première dont j'ai parlé, on serait tenté»de leur attribuer à toutes deux une signification. Évidemment, elles en ont une. Ces sphinx accroupis n'ont-ils pas l'allure de gens qui tiennent conseil ? Ne peut-on supposer qu'ils représentent le génie étrusque se consultant lui-même; et sur l'autre fibule, n'est-ce pas le même génie qui, ayant pris une décision, occupe le sommet de la composition et reçoit les migrations orientales représentées par les lions? Une partie de ceux-ci est encore à l'audience ou à l'arrivée, tandis que l'autre, qui a été entendue, retourne en Asie chercher ou porter de nouvelles richesses. Les animaux qui s'éloignent retournent la tête vers les sphinx; ils semblent donner un adieu, presqu'un regret, et promettre le retour.
Il est bien entendu que je n'attache pas à cette supposition plus de valeur qu'elle n'en a. Cependant le sens que je donne offre une
certaine conformité avec la vérité probable, car les migrations de l'Asie en Étrurie durent être successives et nombreuses. L'étude attentive du vieux bijou étrusque fait apercevoir les modifications dont il a été l'objet, et ces modifications indiquent que le génie asiatique lui fut inoculé par suites d'influences progressives, pour finir par décliner ensuite. On peut, en quelque sorte, prendre pour point de dépan deux grands pectoraux conservés au musée du Vatican. L'un est fait de deux plaques tout en or, n'ayant pas moins de vingt-cinq centimètres du haut en bas. Le contour extérieur de la plaque du haut est presque celui d'un fer à cheval. Elle est ornée de cinq lions repoussés à plat, disposés sur deux lignes, par deux et trois. Sur l'autre plaque, qui est une sorte d'ovale pointu par le bas, sont rangés sur sept lignes, dans le sens vertical et posés sur leurs pattes, cinquante petits canards et lions moulés en plein relief. Cet objet a été trouvé, en i836, à Cerveteri. L'autre, trouvé dans un tombeau à Cœre, consiste en un plastron d'or de la grandeur d'une poitrine humaine, couvert d'ornements repoussés, qui était cousu sur le vêtement, ainsi que l'indiquent les trous qu'on y voit encore. Des zones parallèles de fleurs, d'animaux réels ou fabuleux, de génies ailés, le décorent du haut en bas.
On peut aussi voir au musée Kircher, à Rome, une grande plaque de forme rectangulaire en or, ayant environ vingt-deux centimètres de hauteur sur huit de largeur. Elle sert de champ à une centaine de petits lions moulés en ronde bosse, tantôt accroupis, tantôt debout, qui la recouvrent entièrement et qu'on voit de dos. Les crinières et la musculature des lions sont indiquées par ces linéaments de granulations étonnamment fines qu'on retrouve dans tous les bijoux étrusques de cette époque. Cette dernière pièce a été trouvée dans l'église San-Roccodi-Palestrina.
Ces pièces datent certainement des premiers jours de l'influence asiatique, période pendant laquelle les produits des deux pays se confondent à un tel point, qu'il est à peu près impossible de distinguer celles qui ont pu être importées de celles qui ont été fabriquées sur place. Telle est la dernière que je viens de décrire, qu'on suppose être d'origine phénicienne. On croit que ces plastrons étaient à l'usage des grands prêtres.
Afin de pouvoir se faire une idée des modifications que les Étrusques apportèrent successivement à leur fabrication, jusqu'à arriver beaucoup plus tard à se fondre avec les colonies grecques établies par toute
BROCHES ET FIBULES. ÎJi
ritalie, il est bon de rapprocher, de ces types extraordinaires, ce qu'ils firent ensuite de plus conforme au goût occidental.
Les fibules numéros 279, 284 et 285, au musée du Louvre, nous en fournissent un exemple. Les dessins des fermoirs, qui sont exécutés toujours avec les mêmes granulations microscopiques et représentent
FIBULBt DU LOUVRE.
une suite de palmes grecques, sont particulièrement élégants. Les deux qui sont restées complètes se terminent en proues relevées de trirèmes. On reconnaît sur ces jolies pièces et le vieux procédé et le vieil esprit étrusque, en revoyant ces grecques dont les méandres, d'une ténuité incompréhensible, sont formés par la double rangée de granulations traditionnelles. On verra, dans l'examen qui va suivre, que ce mode de décoration et de fabrication, qui semble être venu de rOrieni en Étrurie, a bien rarement été égalé par les artistes italogrecs, et que jamais il n'a été surpassé. Là, comme dans d'autres arts, les premiers venus ont dit le dernier mot. Il sera également facile de remarquer que les conceptions étrusques sont toujours empreintes d'une certaine gravité, d'une rationalité, pourrait-on dire, qui fait contraste avec l'aimable abandon des créations essentiellement italiennes.
A propos de l'invention de la fibule, j'ai parlé tout à l'heure de l'épingle anglaise, qui, de nos jours, est un objet de consommation tout à fait usuelle et courante. On serait tenté de croire que la fibule remplissait chez les anciens un office tout aussi important, si l'on considère que, dans une seule sépulture, il a été trouvé, à Vulci, une provision de cinquante-neuf petites fibules d'or d'une fabrication simplette qui indique bien la fréquence d'usage. L'arc en est formé de deux
coquilles estampées et assemblées. Il n*y a là de goût et de façon, que ce que, honnêtement, un artisan d'alors ne pouvait se dispenser de mettre dans tout ce qu'il daignait produire. C'est charmant, quoique utile, tandis que l'épingle anglaise est utile seulement. Ce qui démontre qu'une épingle peut vous en apprendre beaucoup plus long qu'on ne pense sur l'histoire d'une civilisation.
Les dames latines s'habillaient alors avec des épingles devenues fibules pour la commodité, et ces épingles, habilement placées, déter-
FIBOLK USUELLE. VULCI.
minaient de beaux plis, de belles tombées d'étoffes variables à l'infini et selon le caprice.
Les cinquante-neuf petites fibules trouvées à Vulci sont, en quelque sorte, toutes établies sur le même patron. L'arc en est muni à chaque extrémité de petits astragales obtenus par le procédé de l'estampage. Le moyen est vulgaire, l'effet est bon; qu'importe le moyen. La crête de l'arc est bordée, soit d'un cordelé très fin et dentelé, soit d'une
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