‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 165 sur 250 · DU CABIKRT DES ANTIQ.UES. DU MUSEE DR SAINT-CERMAIX · texte numérisé non relu

DU CABIKRT DES ANTIQ.UES. DU MUSEE DR SAINT-CERMAIX

même motif. La pierre centrale manque. 'Il faut rapprocher de ce bijou la petite agrafe ronde en or, ornée de verres rouges et de filigranes, conservée au Cabinet des Antiques, et celle en bronze du musée de Saint-Germain, qui sont toutes deux mérovingiennes. Cette dernière a été trouvée à Poussay, dans les Vosges.

« On rapporte, dit Philostrate, qui vivait à la cour de Septime Sévère, que les Barbares qui habitent près de TOcéan étendent des couleurs sur le bronze ardent. Elles s'y unissent, prennent Taspect de pierres et conservent ainsi le dessin qu'on y a tracé. »

On suppose que ces barbares sont les Gaulois.

Il résulterait de Taveu d'un Grec du m* siècle, initié à toutes les choses de l'art à cette époque, que rti les Grecs ni les Romains ne connaissaient bien alors cette manière d'émailler sur métal*. Mais il serait plus juste de. dire que les Romains avaient délaissé, oublié ou perdu les notions de cet art au m® siècle, puisque nous avons vu des pendants d'oreilles provenant de leur fabrication, dans lesquels figurent de petits cygnes couverts d'émail blanc, et des paons en émail bleu.

Or il nous est aujourd'hui démontré que cet art était pratiqué en grand, chez les Gaulois, dans le pays compris entre la Saône et la Loire, dès avant la venue de Jules César. Il a été trouvé à Beuvray ainsi qu'à Autun, ancienne Bibracte, des ateliers d'émailleurs munis de leur outillage coAiplet, gisant à terre pêle-mêle; les fours étaient

I. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines^ Daremberg et Saglio.

BROCHES ET FIBULES. )i5

encore garnis de charbons, les creusets remplis d'émail. Il y avait des pièces ébauchées, des pièces achevées et d'autres détériorées par le temps, qui en avait détaché Témail. Les habitations dans lesquelles étaient enfouis ces objets étaient exclusivement gauloises, et le quartier où elles étaient situées, dans lequel on a récolté cinq cents médailles gauloises et pas une seule médaille de l'Empire, a été brûlé avant l'ère chrétienne *. Le nombre considérable des déchets, ainsi que l'étendue des ateliers de* fabrication, montrent que cette industrie y avait une véritable importance.

La plus grande partie de ces objets a été recueillie. Elle remplit actuellement une vitrine au musée des Antiquités nationales de Saint- Germain. On y voit les creusets, les pinces en fer, tout 1 outillage de l'émailleur, ainsi que des clous en bronze à tête émaillée, d'autres préparées pour l'être, d'autres qui l'ont été et dont les fragments d'émail, détachés par le temps, ont été retrouvés et réunis pour compléter cette intéressante démonstration.

La citation de Philostrate se trouve donc confirmée par cette découverte.

On trouve ericore dans notre sol, et particulièrement du côté des provinces rhénanes, des pièces décorées d'émaux de couleurs différentes juxtaposés, sans séparation de cloisons aucune. C'est là un art particulier dont j'ai eu l'occasion de rencontrer des spécimens chez les collectionneurs, tant en fibules qu'en pendants de colliers et en autres bijoux. M. Danicourt en possède plusieurs, entre autres, un manche de couteau émaillé des deux côtés qui a été trouvé à Virton dans le duché de Luxembourg. Le Cabinet des Antiques conserve une belle fibule en émaux travaillés de cette façon et une autre pièce plus petite. La circonférence de la fibule est décorée de parties en émail bleu opaque alternant avec des parties réservées en bronze. Les damiers qui ornent la seconde zone sont faits de petits carrés bleus et blancs alternés, qui ont été posés ensemble sans être séparés les uns des autres par aucune partie métallique. Le centre de cette pièce manque. Il semble que l'ornementation en damier, qui est commune à ce genre de bijou, ait été obtenue en procédant d'abord comme faisaient les mosaïstes, c'est-àdire en disposant de petits morceaux de matières vitrifiées à côté les

I. L'Art de Vémaillerie ches^ les Éduens avant Vère chrétienne, par S.-Q. BuIIiot et H. de Fontenay (iSyS).

l^» LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

uns des autres dans le champ réservé du métal, puis en soumettant ensuite la pièce à Faction d'un feu mesuré pour faire adhérer ces petits cubes les uns aux autres, sans en provoquer la fusion complète. Mais quel qu'ait été le mode employé, cette fajbrication indique déjà un certain degré d'avancement, ainsi qu'une recherche et un luxe relatifs.

FIDULE K DAMIERS DU CAOINET DEI ANTIQ,UBS.

On voit, dans la même vitrine, au Cabinet des Antiques, un grand fragment qui semble avoir été arraché de la reliure d'un manuscrit- Il est formé d'alvéoles dans lesquels ont été incrustés des verres transparents. Cette fabrication, d'origine mérovingienne, est certainement de beaucoup postérieure à l'autre. Oh en trouvera plusieurs spécimens au chapitre consacré à l'étude des ceintures. Son objet paraît être d'imiter l'éclat des pierres précieuses dont le goût commençait alors à se répandre dans l'extrême Occident.

La richesse de ce travail peut nous donner une idée de ce qu'étaient les bijoux d'or portés par les successeurs de Clovis, alors qu'ils se furent affranchis de toute sujétion à l'empire et qu'ils se mirent, eux et leurs femmes, à copier la tenue des souverains de Constantinople.

La description faite par le poète Corippus du costume de Justin II nous donnera une idée de ceux qui étaient faits en pierreries.

(( Une chlamyde de pourpre, posée sur les épaules de César, enve-

BROCHES ET FIBULES. j47

loppe sa personne. Les deux bouts sont assujettis par l'épingle d'une fibule arquée, dont les chaînettes, dans toute leur longueur, étincellent de pierres précieuses, fruit de la victoire remportée sur les Goths. ))

L'esprit d'imitation continuant son œuvre, c'est à la même époque qu'on voit apparaître, en Occident, l'usage des pierreries cousues sur les vêtements. Le haut du corsage, le bas des manches en sont bordés. C'est une sorte d'invasion que font chez nous les usages orientaux, en passant par Byzance, et c'est la continuation du luxe asiatique qui donna naissance aux bractées.

Fortunat, dans un passage de la vie de sainte Radegonde, raconte que cette princesse, voyageant un jour avec ses plus belles parures, s'arrêta dans une église, et, touchée de la sainteté du lieu, elle déposa comme offrande sur l'autel ses fines tuniques, ses manchettes, ses coiffes, ses fibules, tous les objets enfin où l'on voyait briller l'or et les pierreries. Il n'y a dans cette nomenclature de bijoux réels que les fibules, tout le reste est cousu après les vêtements.

Cette mode se continua sous les Carlovingiens. Charles le Chauve, en 875, se montra dans la tenue de l'empereur de Constantinople.

FERMAIL CARIOVINGI EN.

C'est de lui que datent les ornements impériaux qu'on fait indûment remonter à Charlemagne*. Nous voyons alors un bijou nouveau figurer dans le costume. On l'appelle peut-être encore fibule, en raison de son origine romaine, car ce bijou qui, quelque temps après, recevra le

Page 1