I. Archéologie grecque, par M. Collignon (p
ANNEAUX XT BAGUES. 27
L'ouvrier faisait pénétrer les deux extrémités de Tanneau dans les deux trous du chaton et les y fixait par le procédé de la soudure d'or. Dans cet état, les deux extrémités béantes de Tanneau creux et vide se présentaient à Tintérieur du chaton. C'est alors qu'on le remplissait d'étain en fusion. Cette opération achevée, on fermait le dessus du chaton à l'aide de la lame, dont les bords ajustés à frottement sur ceux du chaton étaient ensuite rabattus par-dessous tout autour, comme un sertissage.
Je ne crois pas qu'il faille voir une intention de supercherie dans ce mode de fabrication qui paraîtrait singulier de nos jours. 11 semble, au contraire, correspondre assez précisément à ce qu'il nous est permis d'entrevoir de l'état industriel chez les vieux étrusques.
Il faut d'abord qu'on se rappelle que l'écart relatif entre le prix des métaux était alors prodigieusement moindre qu'il ne l'est de nos jours. Ainsi, par exemple, l'or, à la fin du x° siècle avant notre ère, n'avait, d'après les récits d'Homère, que onze fois la valeur du bronze emploj^é pour la fabrication des armures *. Il est vrai que les bagues que nous étudions appartiennent à une époque moins reculée. Cependant l'écart devait être encore peu considérable au vu® siècle, aussi bien pour l'étain, qui entrait pour une partie d'alliage dans la fabrication du bronze et qui était d'un prix très élevé, que pour le bronze lui-même.
De plus, la manière dont la lame est rapportée, manière qui révèle nettement les procédés industriels d'ouvriers possédant encore, par tradition, l'art d'assembler les métaux sans le secours de la soudure, eût rendu la constatation d'une supercherie excessivement facile, si tant est qu'elle eût existé.
Je crois donc que cette adjonction de l'étain devait s'opérer en vertu d'une convention tacite établie entre le fabricant et l'acquéreur, à une époque où l'or était rare en Étrurie, parce qu'elle permettait à l'ouvrier de donner à l'objet une plus grande solidité sans en changer l'aspect.
L'influence orientale se rencontrera de nouveau avec le génie étrusque, lorsqu'elle pénétrera en Europe par la Grèce, et que celle-ci couvrira les rivages de l'Italie de ses colonies nombreuses, à tel point qu'elles recevront le surnom de Grande Grèce.
De ce nouveau mélange sortira la belle fabrication italo-grecque.
I. La valeur de Por est actuellement 1^400 fois supérieur à celle du bronze.
BAGUE SCAKABés éTRUSQ^UE.
Avant d'aborder Tétude des inventions propres à ces civilisations réunies, je dois m'occuper de ce qu'elles ont emprunté à l'art égyptien et examiner ce qu'elles en ont fait.
Je retrouve d'abord le type scarabée (n°" 429 à 434) au Musée étrusque du Louvre. Le scarabée est devenu mignon, les deux côtés de l'anneau s'arrondissent en une courbe amicale et viennent l'embrasser doucement. La bague est de forme presque toute ronde. Le fil d'or qui s'enroule à droite et à gauche, autour de l'anneau, ne goupille plus le scarabée; la fabrication en a été amendée; il figure seulement à titre décoratif. La raison d'être qui avait présidé à l'invention primitive a disparu, et, avec elle, les règles qu'elle avait imposées. La fantaisie les a remplacées. L'intaille n'est plus un sceau, elle est devenue cachet. Les n'*435, 437, 439 et 440, au Louvre, fournissent des spécimens variés de cette transformation. Dans certains cas mêmes, les Grecs ont donné une plus grande importance au rôle décoratif du scarabée, ainsi qu'on le peut voir dans la belle bague dessinée ci-contre, dont le scarabée est en or, ce qui est fort rare, et dont le travail très soigné permet de reconnaître tous les détails de l'animal. Cette belle pièce a été trouvée dans un tombeau de la Chersonèse taurique et peut être considérée comme appartenant à la belle époque grecque. La bague à scarabée qui est demeurée la plus sérieuse est celle qui était réservée à Rome pour récompenser le courage militaire.
Je trouve au Musée étrusque du Louvre des bagues à chaton en forme d'oeil, ce sont les n** 545, 549, 55o et 558 qui rappellent le troisième type que nous avons étudié chez les Égyptiens. Le chaton du n"* 545, qui semble avoir appartenu à une femme, porte gravé en intaille dans l'or un génie ailé tenant dans chaque main une couronne, avec une inscription grecque. La bague est en or, d'un seul morceau. L'anneau, fait d'un fil étroit, épouse les deux angles de l'écusson et en conserve tout autour l'arête. Celle n^ 549 est dans le même genre, plus grande; elle est répétée plusieurs fois.
BACUB SCARABÉE GRECQUE.