I . VÉirurie et les Étrusques, par Noël des Vergers
ANNEAUX ET BAGUES. as
facture tout à fait primitive,* et dans la composition de laquelle la palmette, quatre ou cinq fois répétée, sert à séparer de petits personnages plantés debout, et rappelle en quelque sorte le rôle que jouent les virgules entre les mots. Elle a été trouvée à Cerveteri.
La bague dont le travail est en relief me cause une toute autre impression. Je retrouve là tous les caractères de Tarchaïsme grec. La projection en avant du nez et de la barbe, l'exagération de certains muscles, la grosseur fuselée de la cuisse, la minceur de la taille et la finesse outrée des attaches. Autant de traits que je vois exactement reproduits sur les vases corinthiens trouvés à Cœre ou Argylla, aujourd'hui Cerveteri, et sur les vases grecs de l'époque archaïque. Les sujets qui y sont représentés sont accessibles à nos connaissances. La fable d'Apollon et de Phlégas est classique, tandis que le sujet des premiers nous échappe complètement. A quel mythe inconnu peut faire allusion ce char traîné par un sphinx et par un cerf et cette biche posée devant? Je l'ignore et n'en ai trouvé l'explication nulle part. Le sphinx est là, debout, planté sur ses quatre vigoureuses pattes, dans une saisissante analogie de pose avec le grand taureau assyrien à face humaine.
Le travail fait en intaille ne peut laisser aucun doute sur sa destination de cachet ou de sceau. Or il est à peu près démontré qu'à la fin du x« siècle avant notre ère, les Grecs ne connaissaient pas encore l'usage de cet objet, et d'ailleurs, au milieu des merveilles en bijouterie qui proviennent de la Grèce, on n'a trouvé aucune bague ayant la forme de celles qui nous occupent.
On peut donc conclure que la première a été importée chez les Étrusques par les Orientaux, qui dès longtemps faisaient usage du sceau, et que le décor de la seconde est dû à l'influence grecque, qui, peut-être à bien peu de distance, vint se greffer sur l'autre.
Dans des fouilles faites assez loin de Vulci S il a été trouvé des bijoux et des vases complètement archaïques de forme et de dessin, qui annonçaient une époque très antérieure à la conquête romaine . D'autres fouilles, faites en i835-i836 à Cerveteri, avaient amené la découverte de la nécropole d'Argylla, ainsi que de divers objets qui attestent que le culte de Mithra y avait pénétré dès le viir siècle avant Jésus-Christ % c'est-à-dire antérieurement à la fondation de Rome.
1 . VÉtrurie et les Étrusques (Atlas, pi. xxxi), par Noël des Vergers.
2. Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, par Bouillet (art. Cœre).
a6 LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
Enfin j'ajouterai que Tâge donné aux vases connus sous les noms de vases de Alilo et vases de style corinthieji ou asiatique ^^ dont le caractère est absolument identique à celui des secondes bagues, est d'environ huit cents ans avant notre ère.
Ces indications réunies me semblent offrir tant d'éléments de probabilité, que je ne crois pas être téméraire en adoptant le même âge pour celle des deux bagues que Je considère comme un peu postérieure, c'est-à-dire pour celle en relief représentant Apollon. Elle aurait alors en chiffres ronds deux mille sept cents ans.
Toutes les lames des bagues en relief me paraissent avoir été ^^^^^^^^^ obtenues par le procédé de l'estampage. On en ŒCSlHiSIP trouverait la preuve rien que dans ce fait de la reproduction fréquente et identique du même sujet.
J'ai déjà fait remarquer que, dans plusieurs de ces bagues, cette lame, soit qu'elle fût gravée ou qu'elle fût ciselée ou estampée, avait seule été conservée et que la monture avait été refaite. Celles-là sont, la plupart du temps, ornées de travaux en filigranes. Quant à celles dont la TECHNOLOGIE mouturc paraît être authentique, elles offrent
DE LK BAGUE éTRUSQ^UE. ... , , ,.
cette particularité que lanneau a ete rempli d'étain. Voici, d'après l'étude que j'en ai faite, comment se fabriquaient ces objets.
Us étaient faits de trois pièces :
N* I. La plaque gravée ou estampée, dont les bords plies tout autour, à angles droits, figuraient une bâte s'ajustant comme un couvercle de tabatière à frottements sur la pièce suivante n° 2.
No 2. Le dessous du chaton, qui était obtenu par le procédé de l'estampage, et de chaque côté duquel on pratiquait un trou à fleur du fond, afin de pouvoir y introduire les deux extrémités de l'anneau.
N* 3. L'anneau ouvert, creux, fait en or excessivement mince et dont l'ouverture était un peu moindre que l'écart indiqué par l'épaisseur du bas du chaton dans lequel étaient pratiqués les deux trous.