‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 177 sur 250 · NOEUD DB RUBAN · texte numérisé non relu

NOEUD DB RUBAN

commercial, était d'une bonne et excellente fabrication; de plus, il était empreint d'une somme de goût et d'invention qui en assurait la suprématie. Dessiné d'un crayon toujours large et sûr de lui-même, il séduisait par sa variété autant que par sa nouveauté. Après les nœuds de ruban, il fit un nœud emprunté aux passements algériens qui eut un égal succès. Il fit aussi des broches en feuillages et fruits émaillés, il composa des crochets de ceinture ayant un beau caractère héraldique; mais je ne puis que donner une idée incomplète des ressources de son imagination toujours en éveil, les matériaux de sa fabrication ayant été dispersés, et ma mémoire ne suffisant pas à les renconstituer en entier.

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L'homme qui, tant par Tensemble de ses qualités que par sa manière d'entendre le travail et de l'exécuter, rapprocha le plus des artistes de la Renaissance fut Dutreih. Ses bijoux étaient fins, délicats, originaux. Peu préoccupé de reproduire les styles des anciens, ce qui lui créait avec ceux-ci un nouveau point de ressemblance, il tirait de son propre cerveau des idées qui lui étaient personnelles. C'était un créateur et tout ce qu'il a fait est digne de prendre rang à côté des choses les plus parfaites du xvi® siècle. Malheureusement les documents qui pourraient servir à reconstituer son œuvre ont été dispersés comme les dessins de Marchand. On retrouvera de ses bijoux plus tard, dans les collections. Comme les artistes auxquels je le compare, il n'employa que les ors fins, parce qu'il en appréciait l'éclat inaltérable et aussi parce qu'il savait que la beauté des émaux refuse à se manifester sur l'alliage ordinaire. Ce petit trophée écossais était une épingle de cravate. La toque en était d'émail imi- épik'glb

tant les étoffes de couleurs mélangées dites écossaises; ^^ cravate. la corne, d'une belle note brune à l'embouchure, devenait progressivement plus claire et d'une transparence laiteuse à l'autre extrémité. La fermeture du sac était d'or et la poche, ciselée par mèches, était émaillée couleur de laine beige, avec six petites touffes noires, dont trois faisaient pendillons.

C'était Lefournier, le seul homme d'alors qui sût manier l'émail, qui lui émaillait ces petites merveilles, comme il émaillait aussi les belles orfèvreries de Morel et de Duron. Lefournier retrouvait patiemment, un à un, tous les secrets perdus des artistes du xvr et du xvii*» siècle; il travaillait seul et faisait des chefs-d'œuvre. C'est à lui qu'il fallait avoir recours pour décorer d'armoiries éclatantes jouant sur paillon, soit un crochet de ceinture, soit une montre.

Je fis en i852 un panache d'éventail dont le dessin existe encore. Ce panache, destiné à servir de monture à une feuille peinte par le comte de Paris, alors tout jeune homme, pour une princesse de Portugal du nom de dona Maria, représentait, dans toute sa hauteur, la façade d'un château dont les pierres de construction étaient figurées par des diamants plats à table. Une sentinelle armée de sa pertuisane en gardait la porte; un fou logé tout en haut, dans une barbacane sonnait de la trompe, et au centre, à la fenêtre, une belle princesse,

accotée sur la tapisserie du balcon décorée d*un M, paraissait y attendre le retour des cavaliers que le peintre de la feuille avait figurés dans sa composition, et dont le veilleur placé au sommet du panache semblait annoncer Tarrivée. Derrière la princesse, j'avais .figuré, dans mon projet, une fenêtre à vitraux peints, sans savoir d'ailleurs comment je m'en tirerais à l'exécution. Audaces fortuna juvat. Fortuna, ce fut l'émailleur Lefournier qui n'hésita pas à entreprendre ce travail, et me livra, après quelques jours, une fort jolie .petite fenêtre à vitraux de trois ou quatre couleurs, dont je lui avais préparé la carcasse en or repercé, ressuscitant ainsi, du premier coup et sur ma simple demande, le fameux émail à fenestrage dont M. Darcel * parle en ces termes : « Il nous a été donné de voir un de ces émaux excessivement rares, même du temps de Cellini, au South Kensington en 1862. Ils décoraient un hanap cylindrique en argent doré, légèrement évasé, muni d'un couvercle conique en forme de toit. La description d'un gobelet appartenant au duc de Berry, en 1417, peut presque s'appliquer à celui que M. Paul avait prêté au musée du South- Kensington. — Un gobelet d'argent doré, couvert, orné de tabernacles et fenestrages d'argent blanc et d'émail de plusieurs couleurs en manière de voirrières, séant sur trois ours d'argent doré, et sur le fretelet à un autre ours. » Pendant que la bijouterie s'efforçait ainsi de faire des progrès, la joaillerie, tombée dans une médiocrité piteuse, livrait à l'admiration publique les plus pauvres ouvrages qu'il soit possible d'imaginer. Elle avait emprunté le faire viennois qui consistait à fixer chacune des parties de l'ornementation à l'extrémité d'une tige droite qui émergeait d'une carcasse placée dessous. Ce système qui, il faut le croire, avait donné de bons résultats aux joailliers de Vienne, finit par dégénérer chez nous, le marchandage du commerce aidant, au point de devenir absolument dénué de goût. Le type ordinaire de ce bijou se composait d'un paquet central n'ayant aucune signification et d'où s'échappait inévitablement une pluie de chatons mobiles terminés par de petits ferrets en roses. Les dames paraissaient satisfaites de promener cela, à leur corsage. A la pluie de chatons succédèrent bientôt les cascades. Elles étaient composées de bandes ou lanières de brillants articulées, tombant droit les unes devant les autres.

I. Notice des émaux et de Vor/èvrerie, A. Darcel; page 71. Charles de Mourgues^ impr., 1867.

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Quelques joailliers cependant avaient gardé Tancienne tradition. Parmi ceux-ci, il faut citer Fossin, qui ne cessa de produire de beaux ouvrages d'un grand et bon caractère. Je voudrais pouvoir reproduire en dessin une de ces belles et hardies lancées de feuillage comme il savait les faire, mais je n'ai pu m'en procurer. Son goût, biea que particulièrement attiré par les œuvres de joaillerie, s'exerçait néanmoins sur les bijoux, et tout ce qu'il a fait en ce genre est digne d'attention. Il savait donner à la bijouterie cette élégance sévère qui était un des traits de son haut goû^.

Un autre dessinateur émérite, au crayon facile, aux inventions aimables et ingénieuses, fut Eugène Petiteau. Les compositions naissaient sous sa main aussi variées que nombreuses. Après avoir, dans les mauvais jours qui suivirent l'année 1847, inventé des bouquets

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