BROCHE ARGENT, EMAIL NOIR ET CORAIL
celui des dessins indiens. L'effet en était particulier et assez heureux ; il faisait, dans le même genre, des colliers et des bracelets.
II ne sera pas sans intérêt de rapprocher de ce genre de bijou une création de A. Falize qui lui fut antérieure en date et avec laquelle il offre quelque analogie. Cette création donna naissance à une assez grande quantité d'autres découlant du même principe, qui est de disposer le motif principal, ou, si Ton aime mieux, le point de départ des autres lignes, à un point excentrique de la composition. A. Falize, qui dessinait d'une façon tout à fait remarquable, était en outre un grand
BROCHES ET FIBULES
laborieux. Une des publications certainement les plus attachantes qu'on pourrait tenter serait celle de son œuvre qui est considérable, si toutefois il était possible de reproduire, par des moyens typographiques, des aquarelles aussi admirablement faites que les siennes, dans lesquelles le métal, les émaux et les pierreries sont rendus avec un rare bonheur.
BROCHE PAR A. FALIZE.
On a fait, il y a une douzaine d'années, des parures en pavé de turquoises taillées qui eurent un grand succès, d'autres en or rouge d'un repercé très fin et poli à plat, d'autres encore, également en or rouge, composées de grands rinceaux tournés sur champ, et rappelant les ornements qui forment les chaînes des lampes vénitiennes, d'autres encore en grenats facetés rehaussés de brillants.
Poussés par le grand désir de produire du nouveau, on a fait appel à tous les moyens; non seulement on a varié les montures le plus qu'on a pu, mais on a poussé la recherche jusqu'à varier aussi la fabrication des motifs destinés à en occuper le centre. Voici l'énumération à peu près complète de ces inventions :
j7* LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
On a habillé les camées, c*est-à-dire qu'on leur a mis des bijoux, colliers, broches, diadèmes et boucles d'oreilles, sertis de petites pierreries microscopiques. Ces bijoux étaient incrustés dans la pierre du camée. On a habillé de- préférence des têtes de négresses, qui se sont trouvées cunsi devenir à la mode. La raison de cette préférence tenait à ce que les diamants et les rubis qu'on employait à ces ouvrages rassortaient mieux sur le noir que sur le blanc.
Il a été fait des incrustations d'or sur acier; ce travail un peu froid n'a pas eu tout le succès qu'on en attendait.
Il a été fait aussi de jolis émaux peints à tons mats représentant des sujets mythologiques et dont les montures, en or filigrane, correspondaient aux motifs qui occupaient le centre. Ces bijoux en or, bien qu'ayant emprunté aux Étrusques et aux Grecs leurs deux éléments primitifs qui sont les fils et les grains, en différaient tant au point de vue de la forme et de la manière d'entendre la fabrication, qu'à celui de l'idée qui avait présidé à leur invention. Leur vogue dura environ pendant quinze années. . •
D'autres manières de peindre sur émail ont été encore inaugurées. L'une consiste à employer l'émail blanc par superposition de couches posées sur un fond brun, de la même manière que les céramistes emploient la barbotine. Les plans les plus minces laissent deviner, à demi transparence, la couleur brune qui sert de fond, ce qui amène doucement, par une suite de dégradations charmantes, jusqu'aux plus grands reliefs qui sont d'un blanc tempéré. On produit ainsi, en peinture modelée, des plaques représentant de petits sujets qui font le centre de broches enrichies soit par la ciselure, soit par les pierreries.
On a fait encore des motifs, genre émaux sur paillon, représentant le plus souvent des têtes vues de profil, dont la chair est émail nature et dont tous les ajustements imitent, en émaux éclatants posés à fleur sur fond brun, les soies, les velours, les étoffes les plus riches, les bijoux et les armures. Ces émaux séduisent par leur richesse et font de très jolis centres de broche.
On a vu, pendant un temps assez court, le jade vert employé dans la confection de la bijouterie. Cette tentative, qui avait été rendue possible par l'introduction en France d'un bloc de jade vert, provenant du Palais d'été, n'a pu avoir de suite.
On grave depuis assez longtemps déjà, et la mode en dure encore,
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des cristaux de roche taillés en forme de cabochons ronds. La gravure, qui représente le plus souvent des chiens et des chevaux, se fait en creux profond sur la face plate du cristal, et se peint ensuite couleurs nature. En regardant le côté cabochonné du cnistal, après ce travail fait, on aperçoit le sujet plus gros qu'il n'est réellement, par suite de la convexité du cristal, et la peinture, quand elle est habilement faite, lui donne un accent très amusant. Cette manière de graver une pierre en creux sur une face pour produire un effet de l'autre côté d'une pierre transparente n'est pas nouvelle. J'ai eu entre les mains, dans ma jeunesse, une grosse topaze jaune dans laquelle étaient représentées là tête et les deux pattes de devant d'un lion accroupi vu de face. Mais je crois bien que ce sont les graveurs anglais qui, les premiers, ont eu l'idée de peindre leur gravure. C'est en cela que réside la nouveauté de l'invention.
Nous devons, du reste, aux Anglais, l'introduction chez nous de tout le bijou sportif, fers à cheval, cors de chasse, fouets, têtes de cheval et têtes de chien, ancres, rames, etc., etc., et tous ces objets, fabriqués en or et quelquefois en pierreries, figurent comme épingles ou comme broches sur les cravates des sportsmen des deux sexes et constituent à eux seuls toute une catégorie de bijoux récemment inventés. On doit encore aux Anglais la mode du grenat cabochon qu'ils ont importée chez nous, et qui a fourni de fort jolis bijoux de ville montés dans l'or uni, peu voyants, simples et commodes.
Je regrette de ne pouvoir donner quelques dessins des bijoux nationaux norvégiens. Ils sont faits en argent. Après les contours de la fibule, sont suspendus de petits disques concaves brillants, reflétant la lumière avec une mobilité qui tient à leur mode de suspension, et qui donnent à cette bijouterie une allure toute spéciale. J'en ai vu une collection à l'Exposition universelle de 1878, à Paris, et j'en ai parlé dans le livre des Diamants et Pierres précieuses ^ Il y en avait aussi, m'a-t-on dit, à l'exposition de Nuremberg. A cette occasion, je dois rappeler que le Danemark nous avait également envoyé des bijoux d'or de caractère runique dont la fabrication était tout à fait remarquable. Les entrelacs de cordons mats, qui formaient des dessins originaux sur des fonds unis, n'étaient pas sans analogie comme faire avec les anciens bijoux étrusques. Il y avait des bracelets, des croix, des colliers