‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 20 sur 250 · BAGUE A BUSTES · texte numérisé non relu

BAGUE A BUSTES

d'or, dont les extrémités enroulées en boucle nerveuse et serrée se terminent sur le devant par deux bustes de femmes qu'on croit être Cérès et Proserpine (Louvre, n** 579). Le Cabinet des Antiques en possède une variante (n** 2632). Les bustes y sont au nombre de trois, moulés et ciselés en bas-relief comme les premiers. Ils représentent les deux mêmes déesses entre lesquelles on aurait ajouté lacchus, coiffé du pschent. Dans cette variante les bustes de Proserpine et de lacchus sont portés par une même fleur. Ces deux objets rappellent considérablement par la disposition Tanneau en terre émaillée, représentant la déesse Sekhet et dont j'ai fait mention plus haut. Au British Muséum, je vois le même motif répété; mais les deux bustes, au lieu d'être juxtaposés, sont placés à contresens. Je vois encore un large anneau, composé de méandres de fil d'or, orné sur le dessus d'un urœus à tête de Cérès, accolé d'un serpent.

Voilà les ouvrages qui semblent avoir été inspirés aux bijoutiers italo-grecs par leurs devanciers. Nous allons maintenant examiner ceux dont l'invention leur appartient en propre.

Nous abordons l'époque à laquelle les artistes n'ont plus à se plier aux exigences dogmatiques, le moment où ils cessent de voir dans le bijou autre chose qu'un objet de parure. La fantaisie devient alors leur seul guide, ils vont donner à la bague son véritable caractère féminin. C'est maintenant la délicatesse du goût et du travail que nous allons admirer.

Un serpent mince et délié, qui n'a pris de la nature que ses élégances, s'enroulera en de nombreux anneaux. La tête et le cou s'avan-

BAOUBS ITALO-GRECQ^UBS.

ceront sur le doigt, en formant des contours gracieux auxquels les replis de la queue feront équilibre en bas de la bague (Louvre, n*'493) *.

1. Le Cabinet des Antiques en possède un du même genre (n® 2925), mais moins heureux en ce que les enroulements sont interrompus par un chaton posé dessus sans motif.

ja

Un autre serpent aussi hardi que simple décrira d'un jet heureux des méandres qui sont encore nouveaux aujourd'hui (n** 494). Il en a été trouvé comme cela des quantités qui figurent au Musée de Naples.

Deux petites têtes de lion (n« 447), placées aux extrémités d'un large anneau droit, viendront mordre un petit chaton scarabée tout mignon.

De minces cordelettes parallèlement accolées formeront un ruban

BAGUE» ITALO-ORBCQ.VBS.

qui, après s'être roulé en une spirale de trois ou quatre tours (n** 496), sera terminé à chacune de ses extrémités par un petit mascaron dont l'aspect uni fera ressortir le ton mat de Tanneau.

Deux minuscules têtes de bélier, spirituellement modelées, viendront s'affronter à la place qu'occupe ordinairement le chaton (n*» 5oo) et l'anneau dont elles forment les extrémités, garni d'astragales et de cordelé, en fera bien le bijou le plus mignon qu'on puisse rêver.

Un annelet formé d'un fil d'or, presque aussi fin qu'un cheveu,

BAGUES ITALO-GRECq.UES.

après avoir dessiné un nœud herculien, se terminera par deux petites feuilles d'émail bleu, bordées d'un astragale (n« 5o4).

Deux autres, les n** 2890 et 2891 au Cabinet des Antiques, à chatons de scarabées en cornaline, dont l'un porte au revers, gravé en intaille un éphèbe nu soulevant des deux mains un vase sans anses, et l'autre un jeune chasseur nu en marche, portant sur son épaule un oiseau suspendu à un bâton sont vraiment d'une élégance achevée. Le filigrane du n° 2890 est fin et gentil, la silhouette du corps est bien

ANNEAUX ET BAGUES

trouvée. Quant au n» 2891, il offre cette -originalité que les spatules qui viennent saisir le scarabée sont faites en forme jle capsules, invention aussi neuve qu'au premier jour, dont une seconde édition figure au musée du Louvre sous le n° 440, et dont la bague à griffes de lion semble n'être qu'une variante.

Les Romains sont moins spirituels peut-être; en tout cas, ils sont plus sévères et quelquefois lourds.

Je retrouve chez eux le nœud herculien deux fois (n** 5o2, 5o3,

BAGUES ROMAINES

Louvre). Il est gros, épais. Formé de deux fils accouplés, dont Tun est uni et l'autre façonné, il est agrémenté de six grains d'or jetés là on ne sait trop pourquoi. J'aime, par exemple, cette bague à triple corps, dont le point de départ est un seul anneau sous le doigt (n*» ^5). La conception en est originale et l'effet heureux. Le musée du South-Kensington possède une amplification de la même idée, dont on verra le dessin avec plaisir. Le centre en est orné de deux saphirs et de trois grenats alternés. J'aime aussi cette autre faite de deux vigoureuses têtes de serpent affrontées, dont la ciselure est bien sentie (n*» 58o).

Ce modèle a été répété souvent, car le même existe en plus petit au Cabinet des Antiques, en très gros au Musée de Saint-Germain, où il se trouve reproduit en argent; le Musée de Naples en possède huit exemplaires, de grosseurs variées, dont cinq en argent et trois en or, et les musées de Londres en conservent sept, dont la plus belle est à coup sûr l'une des cinq conservées au British Muséum. Elle est en argent superbement ciselée. Les yeux, faits de grains d'or rapportés, sont admirablement placés dans leurs concavités. La forme des têtes, le modelé des écailles sont excellents.

Le Musée de Naples m'a fourni l'occasion de constater un fait important, avec preuves à l'appui : c'est que la bague sigillaire jouait

BAOCE ROMAINE.

un rôle considérable dans la civilisation romaine. On douterait de ce fait que la grande quantité de pierres gravées trouvées dans les cités vésuviennes suffirait pour asseoir une certitude.

Ces pierres sont de toutes natures et de toutes formes. Elles sont serties, noyées dans l'or, épousant ainsi la courbe de l'anneau. Celles que nous possédons au Louvre, du n** 457 à 484, bien que moins intéressantes, peuvent en fournir un exemple.

Outre les pièces que je viens de signaler, il faut, pour avoir quelque idée du rôle important que jouaient les intailles, examiner la belle collection léguée au Cabinet des Antiques par le duc de Luynes, celle aussi nombreuse, possédée en propre par le Cabinet et la collection du British Muséum. On fera bien aussi de consulter l'ouvrage écrit sur la matière par Abraham Gorleus *.

Le Musée britannique conserve quelques bagues romaines excessivement rares. Elles sont en forme de chevalières. Le chaton en est formé de verres imitant parfaitement le lapis, à l'aide d'une couche bleue posée sur de l'émail blanc. Ces verres sont incrustés de sujets d'or et imitent à s'y méprendre une incrustation faite sur pierre. Le Musée de Naples possède une collection d'anneaux en bronze dont les plaques, très grandes et de formes variées, sont revêtues d'inscriptions en relief. Elles ont été trouvées dans les cendres de Pompéi et semblent être des timbres ou marques de fabrique. Il en existe dans le même genre, salle des bronzes, au Louvre. Je ne veux parler que pour souvenir de bagues à grands chatons en forme d'œil, représentant des sujets grossièrement traités, en estampé sommaire, du n** 485 ANNEAU au 488, au musée du Louvre, qui ne sont que des anneaux mortuaires, nuls comme intérêt et dont j'ai rencontré partout le type monotone.

Bien que j'eusse le désir de déterminer les dates correspondantes à chacune des fabrications que nous venons d'examiner, j'ai trouvé ce travail tellement hérissé de difficultés et si incertain dans ses résultats, que je ne l'ai pas entrepris. On peut cependant croire que l'époque de Périclès correspond au moment où fut atteint le summum de la perfection, dont les traditions se perpétuèrent encore pendant de longues années, mais que la fin de l'ère païenne devait voir décliner.

I. Piactyliotheca, seu annulorum sigillarium, etc., etc. (1707).

ANNEAUX ET BAGUES. j$

Les objets trouvés à Pompéi appartiennent à cette dernière période et portent la marque de cette décadence. Les Pompéiens étaient tous trafiquants, plus occupés de spéculations commerciales que de recherches artistiques. Ils étaient surtout enclins à encourager Tindustrie qui produisait à bon compte des choses faisant de Teffet.

Les bagues de fiancés, que remplace de nos jours l'alliance moderne, se composaient autrefois de deux anneaux jumeaux dont le

BAGUES DE FlAKCfs. — DON d'aMITIÉ.

n* 2954 (Cabinet des Antiques) nous montre la forme. Ces anneaux façonnés en demi-joncs offraient par devant deux petits chatons ovales sur chacun desquels on gravait le nom d'un des fiancés. Parfois chaque anneau était orné d'une petite pierre, comme il est démontré par celle qui est au Musée de Naples, ainsi que par celle trouvée à Kertch, dans le tombeau de la reine au masque d'or, et qui est conservée au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Chacun des deux anneaux de cette dernière est orné d'une petite cornaline. Nous retrouverons encore plus tard et pepdant longtemps le même usage.

Il faut croire que les anneaux jumeaux étaient aussi parfois employés comme symbole d'amitié si l'on s'en rapporte à la bague de la collection du duc de Luynes, portant le n<» 529. Il est vrai que cette dernière n'est pas de tous points semblable aux autres.- Les deux anneaux, au lieu d'être accolés, sont rattachés ensemble par un fil d'or faisant lacet, chaque angle du lacet étant arrêté par un petit grain. L'inscription gravée sur le chaton est grecque, 0IAOT XAPIN EHArAen, et se traduit en français par cette phrase : Fœu en faveur d'un ami.

Un autre anneau de fiançaillesTou de mariage bague

^ 1 T% '• ^ 'ï • 'h.ir ' t ^^ FIANÇAILLES.

provenant de Pompei, et que j ai vu au Musée de Naples, peut faire supposer que l'usage variait suivant les pays et les époques. En effet, celui dont je parle a la forme d'une chevalière. Sur le dessus sont ciselés dans l'or, en bas-relief, une bonne foi surmontée d'un nœud et placée entre deux lettres qui sont vraisemblablement les initiales des conjoints.

}â LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

Est-il besoin d'appeler l'attention sur un point qui ressort de Texamen que nous venons de faire ? Que si les bagues de provenance italo-grecque se distinguent toutes plus ou moins par le charme et rînvention, pas une ne porte la marque de la richesse, pas une n'est ornée de pierres rares ou précieuses. Et cependant il en existait de cette sorte. Les Romains comme les Grecs avaient coutume de garder, dans des armoires spéciales appelées dactyliothèques, leurs collections de pierres précieuses, à cause de leur prix et de leur beauté. On donnait le même nom aux écrins pour les bagues, écrins dans lesquels on les déposait quand on les ôtait de ses doigts. Cet écrin était composé d'une petite tige droite placée au centre d'un disque, et qui était destinée à recevoir les bijoux. Une boîte en ivoire ainsi faite a été trouvée à Pompéi. Malheureusement, le sort de tout ce qui a une grande valeur intrinsèque est de disparaître à un moment donné, ou tout au moins d'être dénaturé pour des besoins de réalisation. Cette considération peut faire comprendre la rareté de ce genre d'objets, rareté que nous aurons l'occasion de constater encore plus d'une fois, dans le cours de ces études.

Je veux placer ici un anneau de forme singulière, qui, bien que faisant figure au milieu d'objets de provenance occidentale, pour la

plupart, appartient à une autre civilisation. II est fait en jaspe vert d'un seul morceau, et sa forme, coupée en sifflet, est excessivement remarquable. Il est orné de trois camées et d'une intaille sur nicolo, incrustés dessus, derrière, et sur

BAOUB A TIRE» L'ARC. , ^^, j, ^ 1 « /- i^ L * -.

les cotes. Il porte le n* 272b au Cabinet des Antiques et, pour la forme, il est exactement semblable à celui que possède le Musée égyptien, salle civile S, sans numéro. Seulement ce dernier est en cornaline tout unie et n'a reçu aucune incrustation. De fait, si ces deux pièces ont été fabriquées Tune en Egypte, l'autre en Europe, ce qui n'a rien d'impossible, le type en est absolument d'origine indienne. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir les dix anneaux de même forme, en jade blanc, qui sont conservés au Musée indien de Londres. Ces derniers sont tous richement incrustés d'émeraudes, de rubis et de turquoises formant des jets, des palmes, des enroulements de fleurs du plus beau caractère indien. Ils se portaient au pouce pour tirer l'arc.

ANNEAUX ET BAGUES

ANNEAU DB l'empereur auguste.

Les Romains faisaient aussi des anneaux tout en pierre d'un seul morceau, mais ces anneaux avaient la forme usitée en Occident. Le musée du South-Kensington en conserve plusieurs en cornaline blanche presque transparente, qui sont d'origine latine.

On voit, galerie des Offices, à Florence, dans la salle des médailles et intailles, un anneau connu sous le nom de : Anneau de l'empereur Auguste. Il paraît être en or massif. Un sphinx est intaillé sur l'onyx du chaton ; peut-être cette pierre a-t-elle servi à l'empereur Auguste; mais il est facile de voir, à la lourdeur de la forme, que la monture date du Bas-Empire.

De la même époque, au Cabinet des Antiques:

Une bague (n** 2889) est très particulière, et je dirai presque Jolie. Elle est formée d'un triple chaton sertissant une phrase entre deux saphirs cabochons. La conception originale de ce bijou semble aussi neuve que si elle était d'hier.

Une autre, n* 2948, assez mignonne, ornée d'un chaton par-dessous, semble avec ses deux petits bâtons d'or, si drôlement placés, être le produit d'une imagination aux abois.

Une troisième, n» 2949, dont le chaton est formé de fils contournés qui produisent un dessin à jour. Le corps affecte la forme octogonale, et je ne serais pas éloigné à cause de cela même, et aussi à cause du rétrécissement du chaton par le bas, de la croire un peu postérieure en date.

Enfin une quatrième, n« 2928, renfermant un rare quinaire d'or de l'empereur Maximin I*^, qui ne régna que trois années, de 235 à 238 de J.-C. Cette indication est précieuse parce que, en la rapprochant d'autres que nous rencontrerons dans l'étude des colliers, elle nous fournira un renseignement précis sur l'époque à laquelle remonte la fabrication de ce type intéressant. Elle est d'or massif. Les deux parties fortes, à droite et à gauche du chaton, sont découpées à jour. C'est là

BAGUE ROMAINE

BAGUE ROMAINE

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que réside l'invention dont je retrouve un second exemplaire au Musée de Saint-Germain, sous le n*» 14142. Cette dernière est en argent. La pierre du chaton en est biseautée et facetée sur les bords et porte au centre deux figures gravées. Elle est gallo-romaine et a été trouvée dans

BAGUES ROMÂIKES.

la forêt de Compiègne. Je reviendrai sur cet élément nouveau qui consiste dans remploi d'ornements repercés, un peu sévères et puissants, laissés tout unis sans retouches, et dans lesquels la symétrie savante des ajours joue un rôle égal à celui de l'or.

Des Romains aux Gallo-Romains la transition est douce, surtout dans les bagues que, selon toute apparence, les Romains ont été les premiers à importer chez nous. Et puis, nous allons avoir à constater des emprunts successifs résultant du mélange des peuples, emprunts qui nous amèneront à retrouver chez les Mérovingiens quelques souvenirs des époques précédentes.

Voici une bague portant le n« 602 au musée du Louvre. Le sujet gravé du chaton est d'origine orientale, ou, si l'on aime mieux, de répoque étrusque ancienne. Aucun doute ne peut exister sur ce point, car la même figure se trouve exactement reproduite, peinte sur les murs de l'une des hypogées découvertes à Ccere*. La sertissure et l'anneau ont la tournure romaine et l'ornementation de grains d'or, qui semble être un travail des derniers Étrusques, fait pressentir un mode qui, adopté plus tard par les Mérovingiens, deviendra une de leurs caractéristiques.

Cette bague a été trouvée à Rome en 1861, près de l'église de la Madona dell' Orto, dans le Transtévère. L'agate noire du chaton s'appelle

I. UÉtrurie et les Étrusques, par Noël des Vergers (Atlas, pi. 1).

BAGUE ABRAXA8.

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