BAGUE CAMÉE
Coll. Taburet-Boin.
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cœur d'une bague et lui servant de chaton. C'est le seul verre bombé qui fait la forme. Le cadran blanc apparaît au travers avec les aiguilles. Un cercle étroit de roses admirablement serties dans l'argent le fixe à sa place. La petite bassine qui renferme le mouvement est toute mignonne, gravée avec recherche autour et dessous. L'originalité du profil de l'anneau, si bien trouvé dans son épaisseur voulue à l'endroit de sa jonction, est rehaussée par deux palmettes de roses dans l'argent, dont la note gaie et fine donne la réplique au cercle qui borde le cadran. Ce bijou est tout bonnement délicieux.
Il est curieux d'avoir à enregistrer ces alternatives de goût et de défaillances qui forment l'histoire d'une industrie. "^°" montre.
■Dt./»«^.,A ♦^.-•^ 1^ • Collection de M. Taburct-Boin.
Fresque toujours ces alternatives concordent avec des événements qui les font comprendre. Les dernières années du xviu* siècle, si funestes pour celle que nous étudions, devaient prolonger leurs terribles effets jusque très avant dans le nôtre. Aussi, n'est-ce guère qu'à partir de la seconde moitié du xix« siècle qu'il devient possible de rencontrer des ouvrages dignes d'attention.
Le nombre n'en est pas grand. Je ne crois pas qu'il faille s'en étonner, car, outre que nous nous trouvons en face d'une période de temps relativement restreinte, il faut convenir que nos devanciers, dans tous les lieux et de tous les temps, ont si complètement et si bien exploité la matière, qu'il semble à peine rester quelque chose à faire pour leurs successeurs. Cependant un homme de talent, Robin, sut, vers l'année i835, rendre à la bague un beau et solide caractère. C'est de lui que date la résurrection de ce bijou dont la saine tradition semblait perdue. Sa manière fit école en France, bien qu'il fût resté longtemps seul à la pratiquer ; la belle fabrication anglaise ne tarda pas à s'en emparer, elle l'exploite encore.
La bague de notre époque a une caractéristique très déterminée et que je me plairai à faire ressortir après que j'aurai passé en revue quelques autres petites fantaisies.
Ainsi la bague sorcière, faite de deux cordelettes d'or tournées à contresens l'une de l'autre et accolées en un seul anneau. On l'appelle sorcière parce que la lumière, en éclairant tour à tour chacune de ses
parties, quand on la fait mouvoir, semble tantôt la rétrécir et tantôt lui donner plus de largeur.
Je dois cependant avouer que J'ai vu au musée du South- Kensington une vieille bague sorcière très grosse, formée de fils d'argent et de fer alternés, dans l'intérieur de laquelle sont gravés les noms des trois rois mages. Elle est allemande ; c'est une de ces bagues que les Anglais désignent sous le nom de bagues d'incantation, et dont il existe une grande variété de formes diverses en or et en argent, recouvertes de caractères cabalistiques et de provenances italienne, anglaise et allemande.
L'anneau rond, en forme de godron, constellé de pierres espacées, serties, noyées dans l'or.
La bague jumelle, faite de deux perles rondes, placées en diagonale sur le doigt, qui n'est qu'un arrangement nouveau d'une vieille idée, mais dont l'élégance incontestable fait la nouveauté.
Je dois encore noter les bagues introduites chez nous par l'influence de la mode anglaise.
Elles ne sont, à vrai dire, que des répétitions de bagues anciennement connues, que le génie anglais a modifiées suivant son tempérament. Il faut cependant en excepter quelques inventions qui doivent leur origine aux modes sportives actuellement en faveur, telles que les chatons en forme de fer à cheval, les courroies, les mors, etc., etc. Ce genre de bijou se fait particulièrement en or jaune tout uni, et son principal mérite est la netteté, et aussi un certain accent masculin qui le distingue.
Mais j'ai hâte d'arriver à la bague qu'on pourra véritablement appeler la bague du xix® siècle.
De belles pierres admirablement choisies, supérieurement taillées» Les diamants très blancs, éblouissants; les rubis d'une belle couleur vin de Bordeaux, éclatants; les émeraudes d'un vert profond, les saphirs sombres comme un beau velours, avec une note bleu céleste.
On ne doit voir que les pierres.
La monture ! on ne doit plus l'apercevoir, c'est là son mérite, mérite tout nouveau. Voilà qui se dit en peu de mots. Eh bien, ce mérite si facile à définir est plus diflBicile à atteindre, et beaucoup de monteurs ne l'atteindront jamais.
Ce qu'il faut d'expérience, d'art et de soin pour donner à la monture cette apparence, ou plutôt ce manque d'apparence, tout en
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lui conservant sa solidité et en lui donnant une Jolie tournure, ceux-là seuls le savent qui ont essayé de le faire. Elle doit, de plus, être commode et ne pas gêner pour le port du gant. On ne saurait ni Tétaler à plat comme le chaton égyptien, ni la construire en pyramide comme l'anneau à pointe naïve du xv® siècle.
Elle doit donc être très riche, très élégante, très commode, et elle ne doit laisser apercevoir aucune parcelle de métal, Panneau étant d'ailleurs caché par les doigts voisins.
Voilà ce qu'est la monture d'une bague au xrx* siècle.
Sa caractéristique est de s'effacer modestenient pour mettre tout à fait en valeur des pierres que, dès longtemps d'ailleurs, on s'accordait à trouver plus jolies sans la monture qu'après qu'elles étaient enchâssées.
C'est donc la solution d'un problème qui a été trouvée par nos ouvriers modernes.
Théoriquement, et en omettant des explications techniques qui ne sauraient être données qu'à l'atelier, on peut dire que la monture doit être faite très en dessous, c'est-à-dire prendre une inclinaison qui, lorsque la bague est vue de face, la rende insaisissable à l'œil. Cependant, en la regardant de côté, on voit les fines griffes qui maintiennent les pierres; mais il faut presque, pour obtenir ce résultat, enlever l'anneau du doigt. Et l'on conviendra que toute chose doit être vue à sa place, non pas ailleurs.
Nous venons de voir le chemin parcouru en quarante siècles par notre petit bijou.
Après avoir été d'abord un objet de première utilité, il est arrivé à n'être plus qu'un ornement de grand luxe ; après avoir tenu son mérite de la beauté de sa forme, il n'en a presque plus d'autre que sa richesse.
J'ai trouvé curieux de dresser à grands traits un tableau de ces transformations successives; on le trouvera à la page suivante; si imparfait que soit ce travail, j'espère qu'il intéressera le lecteur.