‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 47 sur 250 · I. MycèneSf par Schliemann · texte numérisé non relu

I. MycèneSf par Schliemann

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de tous les bijoux, excepté dans celle de la bague, il faut en conclure que celle-ci a pris sa raison d'être ailleurs que dans le goût de la parure. Si cette origine commune à tous les bijoux ne peut lui convenir, il faut lui en chercher une autre.

Je crois bien que nous la trouverons dans son utilité.

On s'accorde généralement à dire que les nations de l'extrême Orient ont fait usage de la bague dès la plus haute antiquité. On croit aussi que les peuples de TAsie ont été civilisés antérieurement à tous les autres. Ces deux faits, bien que disproportionnés en apparence, sont connexes, car la bague est fille des besoins de la civilisation.

Elle est certainement née chez un peuple policé.

Parmi les livres orientaux dans lesquels il est question de ce bijou, le plus ancien est le Ramayana, poème sanscrit de Tlnde, attribué à Valmiki, qu'on place vers le xv" siècle avant notre ère. Il y est parlé de bagues confiées en signe de reconnaissance. Cette constatation est précieuse à plus d'un titre, cependant elle ne nous fournit aucun renseignement sur l'objet même, elle ne fait que nous en révéler l'existence dans les Indes à cette date reculée.

Nous avons vu que l'Egypte fournit des renseignements autrement précis,' c'est-à-dire des travaux de glyptique et des montures en or qui datent d'à peu près vingt siècles avant notre ère. Les cylindres, les cônes, les scarabéoïdes conservés au Cabinet des Antiques, à Paris, nous font voir en outre que la gravure sur pierres était également pratiquée par les Chaldéens, les Assyriens et les Phéniciens. On peut citer, entre autres; le cylindre n*» 870, représentant le fils de Kourigalzu, roi de Chaldée, qui date de vingt siècles avant l'ère chrétienne.

Toutes ces intailles représentaient le nom et le rang de celui qui en faisait usage, elles avaient une importance considérable, étaient d'un fréquent usage; tenaient lieu de signe de reconnaissance, de certificat d'identité, de signature et même souvent de fermeture, non seulement pour certains coffres contenant des objets précieux, mais encore pour les maisons et l'appartement des femmes ^

I. Le prophète Daniel, n'ayant pas voulu obéir à Pédit porté par Darius le Mède, fut, à la demande du satrape, jeté dans la fosse aux lions et Ton apporta une pierre qui fut . mise à rentrée de la fosse et scellée de Panneau du roi et de Panneau des grands de la nation. (Daniel^ cap. vi, vers. 17.)

Un passage d'Aristophane fait connaître que les gynécées étaient quelquefois scellés de Panneau du mari.

Dans la pièce de Plaute, qui a pour titre Casine, Cléostrate^ femme de Stalinon, sur

Il importait de ne pas s'en séparer.

Or toutes ces pièces, les cylindres et les cônes chaldéens, aussi bien que les scarabées égyptiens, sont perforés dans le sens de leur longueur. Cette conformité absolue ne semble-t-elle pas indiquer que ces objets se portaient enfilés en chapelet, suspendus à un cordon ou à un fil de métal ?

L'idée de rapprocher les deux extrémités du fil en forme d'étrier ou d'anneau a dû se produire presque à Torigine, surtout pour faire usage du scarabée qui présente une surface plate. Une fois ce pas franchi, on conçoit que la coutume de passer le doigt dans la boucle métallique se soit,, en quelque sorte, installée d'elle-même.

La bague était inventée.

Mais elle gardait le nom de sceau. Aucune intention de parure n'était encore attachée à cet objet d'utilité première ^ Progressivement la qualité décorative put en être remarquée, on s'appliqua à en adoucir la forme, et elle prit rang parmi les bijoux.

Je crois donc qu'il est raisonnable d'admettre que la raison première de l'invention de la bague est la nécessité de porter le sceau le plus commodément possible. Et comme il ne me semble exister aucun renseignement sur la forme des bagues indiennes dont il est parlé dans le Ratnqyana, tandis que j'en rencontre de précis sur les sceaux que nous ont laissés les Égyptiens, je suis amené à conclure que l'invention de la bague est due à ces derniers, jusqu'à preuve du contraire.

Il suffirait, pour réduire cette hypothèse à néant, de découvrir une ou plusieurs bagues d'une fabrication antérieure à celles sur lesquelles je l'appuie, qui n'auraient pu servir de sceaux et eussent été de simples objets de parure.

Cette origine en quelque sorte aristocratique créait à la bague une place à part. Elle la revêtait d'un grand prestige.

le point de sortir de sa maison pour aller chez sa voisine, fait aux esclaves cette recommandation : « Scellez l'office et rapportez-moi mon anneau. Je vais ici tout près chez ma voisine. Si mon mari veut me parler, vous viendrez me chercher. » (Acte II, scène i, vers 58. — L*abbé Barraud, Des bagues à toutes les époques.)

I. Extrait du colloque qui fait en partie la matière du treizième chapitre du livre VIII des Saturnales de Macrobe : € Coecina Albinus prit la parole. Si vous voulez dit-il, je vais vous faire part de ce que je me rappelle avoir lu à ce sujet dans Œtiua Capito, Tun des hommes les plus versés dans la matière : « ... Les Anciens, dit-il, ne « portaient pas un anneau sur eux comme ornement, mais pour apposer leur seing. » {Des bagues à toutes les époques, par Tabbé Barraud.)

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Accoutumés à la voir toujours au doigt des forts et des puissants, les hommes lui ont attribué dès longtemps des mérites, des propriétés, des vertus qui contribuèrent à consacrer sa suprématie.

Elle devint légendaire.

En effet, la bague se trouve mêlée aux événements historiques et même préhistoriques. Nous découvrons sa trace aux temps les plus reculés, au milieu des ténèbres crépusculaires des époques fabuleuses, et nous Ty découvrons, non pas en sa qualité de bijou, d'ornement, mais bien en vertu des pouvoirs qu'on lui attribue, du caractère particulier qu'elle revêt dans tel cas déterminé, de Tidée, en un mot, dont elle est l'expression, ce qui l'en rend inséparable.

Jupiter passe au doigt de Prométhée un anneau de fer en signe d'esclavage.

Le Pharaon remet un anneau d'or à Joseph lorsqu'il l'élève au rang de premier ministre.

La bague devient talisman pour Gygès. Elle le rend invisible, lui livre le dernier des Héraclides et lui donne le trône de Lydie*.

Alexandre le Grand, pour désigner Perdiccas comme son successeur au pouvoir, lui remet en mourant son anneau.

Lorsque Polycrate, effrayé de son propre bonheur, veut conjurer la Destinée qu'il redoute, en lui faisant un sacrifice, c'est son anneau qu'il jette à la mer. Et la légende ajoute que la fatale déesse, n'ayant pas accepté ce marché, lui fait un jour servir sur sa table un poisson dans le corps duquel il retrouve sa bague, encore ornée de la merveilleuse émeraude gravée par Théodore de Samos.

Les sénateurs et les chevaliers romains, après avoir longtemps porté comme marque de distinction des anneaux de fer, les remplacent plus tard par des anneaux d'or. On se rappelle qu'Annibal, après la bataille de Trasimène, en envoya à Carthage trois boisseaux qu'il leur avait pris.

Les premiers chrétiens persécutés portaient au doigt, en signe de reconnaissance, une bague sur le chaton de laquelle était gravé le monogramme ^.

I. Les Orientaux croient aux anneaux enchantés. Leurs contes sont pleins de prodiges opérés par ces anneaux. Ils citent surtout, avec une admiration sans bornes. Panneau de Salonlbn, par la force duquel le prince commandait à toute la nature. Le grand nom de Dieu est gravé sur cette bague, qui est gardée par des dragons dans le tombeau inconnu de Salomon. .Celui qui s'emparerait de cet anneau serait maître du monde et aurait tous les génies à ses ordres. (Des bagues à toutes les époques, par l'abbé Barraud.)

Les historiens nous ont conservé le souvenir de l'anneau de

Clovis, de celui de Charlemagne, de celui de Louis VII, et nous voyons sans interruption, au moyen âge, ce genre de bijou aux mains des rois et des ducs.

Jamais il n'a cessé d'être un des caractères suprêmes du pouvoir pontifical. C'est l'anneau qui représente, gravé en intaille, saint Pierre péchant dans une barque, et qui, pour cette raison, a reçu le nom d'anneau du pêcheur, qui sert à Rome pour sceller les brefs et les bulles*.

L'améthyste

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