ANNEAU PASTORAL
Musée de Cluny.
I. On peut voir au Bargello, à Florence, celui de Pîe III et celui de^Paul II. J*en ai vu un troisième à Home dans la bibliothèque du Vatican. Celui dont on voit le dessin est au musée de Cluny et porte le nom de Sixte IV, et \ù South'Kensington n'en possède pas moins de seize. Ces anneau^c sont généralement faits en bronze doré.
ANNEAUX ET BAGUES. 8i
pourpres semés de lions ailés pendent à ses flancs dorés et laissent traîner dans son sillage de feu leurs plis lourds et nonchalants.
Sur le tillac, en grande pompe, la fleur de la noblesse vénitienne. Devant, le Doge, revêtu de sa robe de brocart d'or, haut, debout sur la proue relevée.
Tout autour, au loin, à perte de vue, l'immense cordon humain diapré de mille couleurs qui se déroule, s'agite, brille, éclate dans la lumière comme des étincelles et semble dans l'espace se résoudre en nuées d'or.
Le Doge étend le bras.
Les poitrines battent à l'unisson, les fronts sont radieux, éclairés du même feu patriotique, de la même fierté, du même enthousiasme. Tous les regards sont tendus vers un point unique, la bague, un rien qu'on ne voit pas.
Le Doge fait un mouvement.
Une immense clameur s'élève, formidable. C'est la cité, c'est la reine de l'Adriatique qui proclame avec orgueil et fait connaître au monde, par les salves répétées de son tonnerre humain, ce que la bague a murmuré tout bas, en plongeant dans le flot qui s'est fermé sur elle.
Et, pendant un instant, la grandeur de la Patrie a tenu tout entière dans le petit anneau.
Dans cette même Venise, au xvi* siècle, une autre bague s'appelle Vanneau de la mort. Son chaton sert à renfermer des sucs mortels et des poudres foudroyantes. Elle participe aux mœurs violentes de i'époque jusqu'à devenir empoisonneuse. Plus encore, elle emprunte aux reptiles leur perfidie cauteleuse; comme le scorpion, elle s'arme d'un dard empoisonné que la pression de la main fait mouvoir et qui, dans une étreinte amie en apparence, frappe mortellement.
J'aurais voulu ne dire que du bien de cet intéressant bijou si complètement en dehors des autres, mais la vérité s'impose à l'historien; après avoir dévoilé ses crimes, je dois aussi faire connaître ses vulgarités.
Il devint une arme grossière et traîtresse entre les mains de certains hommes, ainsi que le prouve la bague de paysan bavarois conservée au musée du South- Kensington; il servit à d'autres pour bourrer leurs pipes, horresco re/erens ! Le British Aluseum possède une bague de fumeur en bronze.
J'ai rapporté d'Angleterre les deux dessins qui constituent la
preuve irrécusable de cette double déchéance, et bien à contre-cœur, tant je m'étais habitué en étudiant mon sujet, en le fouillant, en me l'assimilant, à lui attribuer des vertus exceptionnelles, presque surnaturelles, ainsi que l'ont fait les Orientaux. Je ne me lasse pas d'admirer et d'envier chez ces peuples, fils du soleil, le don qu'ils en ont reçu d'animer et de poétiser toute chose, et si j'avais une de ces bagues magiques dont parlent leurs légendes, je m'en servirais pour effacer le souvenir des deux dont je viens de parler. Mais, en ma qualité d'Occidental, je ne dois écouter que la froide raison et reconnaître que, malgré son origine relevée, la bague aussi a eu ses défaillances. Jetons donc un BAouE voile sur ses fautes — elles- sont d'autant pliis
DE PAYSAN BAVAROIS, t t « ii , ,.»
' excusables qu elles ont ete rares — et souvenons-