‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 52 sur 250 · ANNEAUX ET PENDANTS D'OREILLES ANNEAUX DE CHEVEUX — PENDANTS DE TEMPES · texte numérisé non relu

ANNEAUX ET PENDANTS D'OREILLES ANNEAUX DE CHEVEUX — PENDANTS DE TEMPES

Dans presque tous les pays du monde, Thomme a eu Tidée de se percer les oreilles pour y suspendre des ornements.

Quelque sauvage que paraisse cette coutume, il faut convenir que les pendants d'oreilles ne messeient pas au visage humain, et l'on est quelque peu embarrassé pour établir la part qui revient au goût et celle qui revient à la "barbarie, dans l'invention de ce bijou.

On dit que les premiers habitants de la terre se sont d'abord passé des objets de parure autour des oreilles, comme font encore les enfants lorsqu'ils trouvent deux cerises jumelles. C'est là certainement la part du goût. Mais l'idée d'avoir pratiqué dans la chair humaine un trou, comme dans un mur pour y accrocher un tableau, doit être celle de la barbarie.

Peut-être, cependant, n'est-il pas sage d'en médire, puisque la civilisation s'en est emparée et qu'elle en a fait une règle à laquelle bien peu songent à se soustraire. Et puis presque tout le monde ne considère-t-il pas cette règle comme une obligation envers ses enfants, et même ne la range-t-on pas dans la catégorie des soins affectueux qu'on leur doit. Il faut, du reste, constater que de toutes les coutumes de ce genre, c'est la plus inoffensive. Dans d'autres contrées, la sollicitude paternelle se manifeste d'une façon bien autrement redoutable. Le nègre écrase le nez de ses garçons et le Chinois lettré déforme et t^J^léfie les pieds de ses filles.

Coquetterie pour coquetterie, la petite blessure à l'oreille vaut mieux; elle a cet avantage au moins de ne rien déformer. Amnistions donc l'homme primitif qui Va imaginée; que dis-jel remercions-le,

car, en somme, tout le monde trouve que la boucle d'oreille est un joli bijou qui sied bien; personne n'y voudrait renoncer et, s'il n'existait pas, personne aussi, de nos jours, n'oserait l'inventer.

On se complaît à l'enrichir, mais on ne songe pas à le supprimer. Aux fruits, aux coquillages qui furent les premières parures, ont succédé des objets plus précieux et plus recherchés, et enfin les pendants en or et en pierreries.

Il n'est pas utile de décrire les fiches en bois que portent certaines peuplades, non plus que les rouelles en toutes matières que d'autres sont parvenues à faire entrer et à maintenir dans leurs oreilles, à la suite d'une dilatation et d'une extension considérable qu'ils ont fait subir au cartilage. Certaines de ces rouelles ont jusqu'à quatre ou cinq centimètres de diamètre. Ces excentricités servent seulement à démontrer à quel degré prodigieux de laideur et de faux goût peut atteindre une mode ou un usage, mais elles sont sans intérêt pour notre étude.

C'est l'anneau qui fut le point de départ de la boucle d'oreille. Il était principal dans l'origine, et alors qu'on cherchait à le façonner précieusement; puis il est devenu accessoire par suite de transformations successives, qui l'ont amené à n'être plus qu'un crochet ou une brisure servant à fixer l'ornement à l'oreille.

Les plus anciens pendants d'oreilles que j'aie pu découvrir sont ceux représentés en sculpture sur les énormes monuments de Khorsabad, qui sont conservés au Louvre dans la galerie des antiquités asiatiques.

On y peut voir quatre types principaux.

Le plus simple représente une amphore suspendue à un anneau. 11 est plusieurs fois répété.

Celui qui vient ensuite figure trois avelines également fixées à l'anneau.

Le troisième, de forme cruciale (monument 24), est particulièrement intéressant. On le retrouve ailleurs (m 1 5) avec une variante à la branche du bas de la croix qui est terminée par une aveline.

PENDANT

d'orbi&lb assyrien.

PENDANT d'oreille ASSYRIEN.

ANNEAUX ET PENDANTS

PBNOANT D^ORflLlB AtSYRIBN.

Le quatrième pend aux oreilles bestiales de deux grands taureaux ailés à faces humaines. On ne le retrouve nulle part ailleurs. On remarquera que Tanneau en est orné de stries figurant aussi fidèlement que possible le travail de cordelé.

Il résulte de ce qui précède que Tamphore, l'aveline, ainsi que le cordelé étaient employés, dans leurs travaux, par les bijoutiers assyriens, sous le règne du roi Sargon, du palais duquel proviennent ces sculptures, c'est-à-dire dès le viii' siècle avant notre ère. On serait presque en droit d'attribuer au cordelé une origine encore antérieure, car un bas-relief provenant du palais de Nemrod (x® siècle) représente un personnage orné de grandes pendeloques au haut desquelles l'enroulement de cordelettes semble être figuré. Il est vrai que ce travail, strié sur la pierre, peut aussi être la représentation de cannelures qui furent plus tard très usitées par les ouvriers étrusques, chez lesquels, on se le rappelle, l'art avait été directement importé par les anciens Asiatiques. Nous retrouverons tout à l'heure cette cannelure exécutée en or.

Ces monuments de pierre nous fournissent donc l'origine probable de certaines formes, de plusieurs éléments décoratifs dont les Grecs et les Étrusques se sont emparés, et qu'ils ont ensuite reproduits à satiété.

Dans les sculptures de Khorsabad, on ne rencontre ces bijoux qu'aux oreilles de certaines divinités et à celles de grands personnages, rois et ministres. Les agriculteurs, négociants ou marins n'en ont jamais, les simples soldats non plus. Cependant il existe un grand bas-relief qui représente deux guerriers transportant un chariot de guerre, où l'un d'eux porte la boucle d'oreille à amphore. On est donc en droit de supposer que la boucle d'oreille a pu être en Assyrie une marque de distinction, comme les ordres de chevalerie l'ont été plus tard dans d'autres pays, car il faut voir dans l'amphore, qui a fourni aux anciens un motif de décoration si fréquent, autre chose qu'une fantaisie. Dans les fouilles faites par le docteur Schliemann, sur l'emplacement qu'il croit être celui de Troie, il a été trouvé un bijou où les amphores, au lieu d'être suspendues.

PENDANT

d'oreille assyrien.

sont rangées Tune à côté de l'autre sur le haut du motif principal, comme on pourrait le faire de nos jours sur la tablette la plus élevée

OREILLES DE STATUES TROUVIEbS A CHYPRE.

d'une crédence. La continuité avec laquelle Tamphore reparaît dans les bijoux antiques a une signification qui puise certainement son

origine dans les sentiments de reconnaissance et d'admiration que rinvention du vin avait inspirés à l'humanité. Comme nous l'avons déjà dit au début de cet ouvrage, on était plein du souvenir de ce bienfait et on en célébrait les vertus par la représentation de l'amphore.

La pierre sculptée va nous fournir encore d'autres documents précieux. Je veux parler de deux statues trouvées à Chypre, qui sont conservées dans la salle du rez-de-chaussée consacrée à la Phénicie, au Louvre. Les lobes des oreilles de l'une sont percés au bas de trois trous, dans le sens horizontal; dans chacun des trois est accrochée une perle. En outre de cela, l'ourlet supérieur de chaque oreille sup-

iTvi d'oreille a pende lo^^u es.

ANNEAUX ET PENDANTS

porte quatre perles qui en suivent le contour à l'intérieur et y sont attachées par quatre anneaux qui le traversent.

Deux grands anneaux ovales jumeaux ornent chacun des lobes

Page 1